jeudi 22 septembre 2011

[Série] Glee, créée par Ryan Murphy, Brad Falchuk et Ian Brennan


glee.jpgGlee, série créée par Ryan Murphy, Brad Falchuk et Ian Brennan (Etats-Unis, 2009-****)



Note :
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Sans s’en vanter ouvertement, « Glee » est probablement la série la plus « gay » du moment à la télévision… Mais fini les séries explicitement estampillées « LGBT » que l’on pouvait voir fleurir
à l’orée miraculeuse des années 2000 (« Queer as folk », « L word », « Will & Grace », etc.), « Glee » nous fait entrer dans l’ère du « méta-gay » : plus codé que pleinement assumé, l’univers
hyper coloré de la série prêche une sensibilité homosexuelle qui devrait permettre aux spectateurs hétéro-centrés de ne pas se sentir heurtés, quand ce n’est pas de tout simplement passer à côté
de thématiques pourtant audacieusement tendancieuses… Mais la subtile allusion ne permet-elle pas de tout faire passer auprès des âmes les plus rustres ? M’enfin encore faudrait-il que ces « âmes
les plus rustres » se mettent devant leur écran pour regarder « Glee », ce qui n’a rien de vraiment évident en soi…

Alors bien sûr, il y a un personnage ouvertement homo dans « Glee » : il s’agit du jeune Kurt, qui se situerait quelque part entre la « Drama Queen » total lookée (toujours selon les dernières
tendances de la mode, cela va de soi !) et le garçon sensible que l’on pourrait prendre dans ses bras lorsqu’on le sent défaillir devant la cruauté infatigable du monde, malgré sa capacité à
assumer pleinement qui il est ! Mais la « gaytitude » d’une série ne peut pas venir que d’un seul et unique personnage : elle demeure ici plus diffuse, presque sournoise et arcanique, à travers
des personnages qui se « révèlent » en cours de route (deux pom-pom girls qui jouent à broute-minou entre deux tours de chant, une brute épaisse de l’équipe de foot, excessivement homophobe
justement parce qu’homosexuel frustré), d’autres personnages plus subtilement « sensibles » (des « hétéros métro » qui prêtent une attention toute particulière à leur apparence, la coach des
pom-pom girls à la cruauté mythique et aux allures de pur mec hétéro, avec son éternel survêt’ sur le dos) ou même des décors et des ambiances typiquement « arc en ciel » ! Sans compter bien sûr
que l’on est dans une « série musicale », avec des personnages qui chantent et qui dansent, chorégraphies légères ou survoltées garanties à chaque épisode… On ne schématisera pas la teneur d’un
public passionné par les comédies musicales, mais un feuilleton où l’on consacre des shows tout entiers à Madonna, à Lady Gaga ou au « Rocky horror picture show » reste tout de même sacrément connoté !

Côté intrigue, « Glee » ne fait pourtant pas de miracles : elle s’apparente à la série pour ados assez traditionnelle et banale, avec ses petits chassés-croisés amoureux entre les personnages
principaux et son traitement de diverses préoccupations propres à la jeunesse (amour, drogue, alcool, préservatif et rock’n’roll… entre autre !) Là où elle innove peut-être, c’est dans sa mise en
avant de purs marginaux en lieu et place de « héros » : on suit en effet le quotidien des membres du « Glee club », la chorale has-been et ringarde du lycée, véritable repère des loosers et des
bras cassés de l’école, parmi lesquels une black obèse, une blonde idiote, un handicapé en fauteuil roulant… etc. Mais le décalage qu’il existe entre les sujets que la série exploite et la façon
dont elle les traite marque bien plus encore toute son originalité et son intérêt… Chaque personnage ou chaque situation de la série paraît tellement outrageusement stéréotypé que ça en devient
extraordinairement drôle ! La caricature et l’excès permanent de la mise en scène propre à la série en font un divertissement ludique et parodique, dont les tendances loufoques et hystériques
rendent le tout joyeusement convivial… On est hilare devant l’absurde de certains rebondissements, où l’on voit le beau gosse tomber fou amoureux de la grosse moche qui du coup abuse de ses
ardeurs ou lorsque la conseillère d’orientation, chargée d’être un modèle pour les jeunes, se retrouvent surpassée par ses innombrables TOCs… Pourtant, les personnages de la série se révèlent
paradoxalement bien plus profonds que les archétypes qu’ils incarnent : leur simplicité, leur fraîcheur, probablement liée aux acteurs qui les jouent, les rend alors bien souvent savoureux et
attachants…

Dans une série musicale, les séquences de numéros chantés s’avèrent bien entendu l’un des éléments les plus déterminants du show… Dans « Glee », la façon dont ces scènes sont interprétées ou
mises en scènes se révèle assez aléatoire et inégale. Si le choix des chansons, bien souvent issu de la variété mainstream sirupeuse, peut parfois décevoir, leur insertion dans la narration se
révèle malheureusement assez artificielle ou ennuyeuse à de nombreuses reprises… Mais lorsque c’est réussi, on peut jubiler encore longtemps après que l’épisode se soit terminé ! Les numéros les
plus réussis sont d’ailleurs la plupart du temps ceux qui sont improvisés dans la « vraie vie », c'est-à-dire en-dehors des planches et des devoirs propres aux cours qu’ils ont au « Glee club ».
Si ces numéros sont plus rares que les autres, ils font néanmoins tout le sel et le bonheur de cette plaisante comédie musicale télévisée, que l’on regarde à chaque fois avec beaucoup de plaisir,
malgré son manque de rigueur qui lui donne finalement un air charmant de joyeux bordel improvisé !































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mercredi 21 septembre 2011

[Critique] Fright Night 3D, de Craig Gillepsie



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Fright Night 3D, de Craig Gillepsie (Etats-Unis, 2011)



Sortie le 14 septembre 2011



Note :
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Remake du « Fright Night » des années 80 (plus connu en France sous le titre un peu moins percutant « Vampire, vous avez dit vampire ? »), cette version signée Craig Gillepsie surfe sur la vague,
pour ne pas dire l’océan, de productions adolescentes dérivées de l’effet « Twilight », c’est à dire en gros des « teen movies » avec des vampires… ou des loups-garous… ou même les deux !

Mais loin de la niaiserie dans laquelle les films dérivés de la saga littéraire de Stephenie Meyer ont fait sombrer le mythe des suceurs de sang, « Fright Night » donne un coup de fouet au genre
et lui apporte, osons le dire pour le bon mot, un peu de « sang neuf » ! Même s’il ne révolutionne en rien ce genre d’histoire, autant d’un point de vue purement narratif qu’à propos de la vie et
des mœurs de nos amis les vampires, le film a au moins le mérite de rester fidèle à la légende, en imposant une violence et les effets gore nécessaires à ce type de récit… Et là où « Fright Night
» se fait un peu plus remarquer, c’est dans ses petits « à côté » humoristiques et parodiques, que l’on croirait tout droit sortis de l’irrésistible série télé « Buffy contre les vampires » : on
s’amuse notamment de tout le matériel duquel s’affublent les personnages pour « chasser » le vampire (pieux taillés artisanalement, arbalète, eau bénite… et même des balles d’argent, que le
méchant vampire se prend sans effet en rappelant à la belle héroïne qui vient de lui tirer dessus qu’elle se trompe de mythologie !) Un personnage célèbre et égocentrique, montant des spectacles
autour des vampires, assure également avec brio la partie comique de l’entreprise…

Du coup, même s’il est loin d’être un grand film, « Fright Night » s’avère typiquement le film sympa du moment, pur « plaisir coupable » pour tout amateur de film d’horreur parodique qui se prend
vraiment pas la tête… Les acteurs sont sympas (on notera la prestation diabolique de Colin Farrell), l’histoire est bien menée (surtout que le scénario a le mérite de ne pas trop s’appesantir sur
la difficulté du jeune héros de faire comprendre à son entourage que son voisin est un vampire), certains plans sont saisissants (une séquence automobile assez puissante, des giclées de sang
purement jouissives…), et surprise suprême, le rendu 3D est plutôt correct : s’il ne présente toujours pas vraiment un grand intérêt, on note que le cinéaste a quand même compris qu’un tournage
en relief nécessitait notamment de ne pas changer de plan ou de profondeur de champs toutes les trois secondes… On note même certaines séquences très réussies, comme le plan aérien survolant la
ville au début du film (chaque maison se détache merveilleusement vu d’en haut) ou comme ces jolies étincelles flottant dans l’espace après qu’un vampire se soit enflammé et dispersé en cendres.



 



Mise en perspective :



- Twilight, Chapitre 2 : Tentation, de Chris Weitz (Etats-Unis,
2009)



- Twilight – Chapitre 3 : Hésitation, de David Slade (Etats-Unis,
2010)



- Morse : Let the right one in, de Tomas Alfredson (Suède, 2009)



- Mords-moi sans hésitation, de Jason Friedberg et
Aaron Seltzer (Etats-Unis, 2010)































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lundi 19 septembre 2011

[Sortie DVD] Le gamin au vélo, de Jean-Pierre et Luc Dardenne



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Le gamin au vélo, de Jean-Pierre et Luc Dardenne (France, Belgique, Italie, 2011)



Sortie en DVD le 21 septembre 2011 chez Diaphana



Note :
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Grand Prix au Festival de Cannes 2011




Le cinéma des frères Dardenne impose toujours un peu les mêmes figures, autour desquelles il tisse des histoires en apparence simples et banales, et qui parviennent pourtant toujours à nous
prendre aux tripes et au cœur… Dans « Le gamin au vélo », on fait la connaissance de Cyril, 12 ans, qui comme beaucoup des personnages des Dardenne doit vivre et subir une filiation lourdement
problématique : une mère inexistante et un père fuyant et irresponsable, qui le rejette et s’est d’ailleurs débarrassé de lui en le plaçant dans un foyer… On le voit courir inlassablement après
un vélo, seul lien qui lui reste encore au père et qu’on ne cesse de lui reprendre… On comprend très vite sa faille à ce garçon, ce besoin d’amour débordant qu’il ne peut ni combler ni même
expliquer ! Un manque d’affection qui le condamne à s’endurcir et qui l’emporte peu à peu sur une mauvaise pente imminente… Le contexte social et le portrait sombre de l’humanité est décidément
toujours bien à l’œuvre dans ce cinéma sans concession !

Heureusement, le jeune Cyril va rencontrer Samantha par le plus grand des hasards. Et comme le hasard fait bien les choses, cette coiffeuse de la cité va très vite s’attacher à lui et accepter
dans un premier temps de le prendre chez elle les week-end. Elle va tacher du mieux qu’elle peut de comprendre Cyril, de le respecter en dépit de ses problèmes, et de lui apporter surtout la
chaleur humaine qu’il réclame sans le dire… « C’est chaud » énoncera-t-il sèchement en parlant de la respiration de Samantha sur son épaule : sans expliciter le bien-être que cela lui procure, on
sent cependant que c’est là un moment agréable… Les échanges entre le garçon et cette jeune femme ont l’air d’une simplicité désarmante, mais ils sont en réalité filmés avec une subtilité infinie
et ce que l’on voit à l’écran est souvent le résultat d’un vrai travail d’orfèvre et de nombreuses répétitions…

Ce que les réalisateurs belges parviennent à faire de leurs acteurs est d’ailleurs tout bonnement éclatant et lumineux ! Le jeune débutant Thomas Doret possède un naturel convainquant et une
gouaille expressive, qui n’est pas sans rappeler Jean-Pierre Léaud en Antoine Doisnel dans « Les 400 coups »… On retrouve en outre quelques habitués du cinéma des frères Dardenne : Jérémie
Renier, en père encore plus défaillant que dans « L’enfant », ou encore Olivier Gourmet, dont la présence clin d’œil devrait ravir ses fans. Mais la surprise vient probablement avant tout de
Cécile de France, première star au sein de l’âpreté habituelle de leur cinéma : elle est parfaite dans le rôle entre force et sensibilité de Samantha, prête à sacrifier son couple pour sauver cet
enfant difficile qu’elle ne connaît pas… Un dévouement et un attachement presque mystérieux et inespéré, qui offre au personnage une aura et une grandeur noble et profondément humaine !

Contrastant avec la noirceur et la fermeté traditionnellement de mise chez les auteurs de l’insoluble « Rosetta », ces derniers se lâchent d’ailleurs carrément d’un point de vue émotionnel avec «
Le gamin au vélo ». Sans parler non plus d’optimisme béat, on peut cependant observer une étonnante progression vers la lumière dans leur mise en scène et leurs choix artistiques… Pour la
première fois, le film a été tourné en plein été et quasiment intégralement de jour. On observe aussi une forme de « laisser aller » dans l’utilisation de certains « artifices » de réalisation :
dans un « cinéma du réel » où un plan correspond généralement à une séquence entière, on surprend ainsi ici et là la présence d’un contrechamps ou d’un léger découpage… Mais le plus surprenant
s’avère peut-être l’utilisation totalement inédite d’une musique extradiégétique, unique mais ponctuant le film à pas moins de quatre reprises ! "Il nous a semblé que, à certains moments, la
musique pouvait agir comme une sorte de caresse apaisante pour Cyril", avouent les cinéastes : on assiste alors à la naissance d’une forte émotion, d’une douceur, d’une connivence, qui nous met
finalement en empathie totale avec ces personnages superbes et attachants…



 



Bonus DVD :



Durant 30 minutes, Jean-Pierre et Luc Dardenne nous proposent un « Retour à Seraing », en revenant in situ sur cinq lieux du tournage du film. Ce prétexte est une belle occasion de les entendre
parler de leur travail, de leur façon à la fois précise et réfléchie de mettre en scène, avec une recherche constante de l’économie de plan, un travail énorme avec les comédiens, un refus du
pathos trop facile ou un droit à « essayer » des choses, dans une humilité confondante de la part des lauréats de deux palmes d’or et de tant d’autres prix prestigieux…
Un second entretien de 18 minutes permet à Cécile de France de raconter son expérience du tournage, décrivant une parenthèse unique et enrichissante dans sa carrière, ayant changé du tout au tout
sa façon d’appréhender le cinéma, désormais plus en retenue…
Près d’une heure de bonus passionnants, en somme…































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dimanche 18 septembre 2011

[Critique DVD] Stake Land, de Jim Mickle


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Stake Land, de Jim Mickle (Etats-Unis, 2010)



Sortie en DVD & Blu-ray le 4 Octobre 2011



Note :
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Encore un film de « survie » dans une ambiance post-apocalyptique, pourrait-on d’abord se dire en lisant le synopsis de « Stake Land ». Il est vrai que cette histoire en forme de road movie, dans
lequel un gros dur affublé d’un jeune garçon part en quête d’un « nouvel Eden », seul lieu prétendument épargné par l’épidémie de vampirisme qui s’est répandue au point de ravager à tout jamais
la face du monde tel que nous le connaissions, rappelle à s’y méprendre de nombreux autres films aux thématiques plus ou moins similaires… On pense notamment au sublime « La route » (mais en moins bien quand même !) qui aurait rencontré les vampires de «
Daybreakers ». Le personnage de Martin, ado qui doit apprendre à tuer
les monstres de ce nouveau monde après avoir vu mourir ses parents, rappelle également le héros de « Zombieland », pour ne pas citer un bon nombre d’autres productions du même
acabit…

Pourtant, « Stake Land » tient largement « La route », justement ! Au beau film de John Hillcoat, celui de Jim Mickle emprunte cette atmosphère ouatée et une photographie soignée… La mise en
scène de Mickle alterne d’ailleurs la douceur d’un « journal de route » contemplatif (la voix off du jeune homme, encore un peu innocente, nous guide dans cet univers ravagé) et la nervosité d’un
vrai film d’action aux effets gores  et brutaux rudement bien réalisés ! Certaines scènes sont d’ailleurs impressionnantes, à commencer par des lancers de vampires depuis les airs par des
fanatiques sur une ville « protégée », où la population désarmée se croit en sécurité…

Mais outre sa réussite esthétique et narrative incontestable, « Stake Land » se permet aussi l’audace d’une incursion politique plutôt subtile et stimulante… Car le cinéaste ne montre pas la
déshumanisation du monde qu’à travers les vampires, sauvages et bestiaux, il décrit aussi des humains qui se révèlent encore plus cruels et sadiques que les affreuses créatures qui peuplent
désormais la planète… L’homme demeure toujours un ennemi redoutable pour l’homme, semble nous dire en substance Jim Mickle, particulièrement s’il est américain ! Car « New Eden », cet endroit
rêvé où les héros espèrent trouver un jour la paix, est tout simplement situé au-delà de la frontière des Etats-Unis : le clin d’œil final est en cela plutôt amusant, lorsque les survivants sont
convaincus d’être parvenu au paradis devant un panneau leur souhaitant la « bienvenue au Canada »… Comme quoi sauver sa peau ne tient parfois qu’au fait de fuir les horreurs de son pays !



 



Mise en perspective :



- La route, de John Hillcoat (Etats-Unis, 2009)



- Daybreakers, de Michael & Peter Spierig (Etats-Unis, 2010)



- Bienvenue à Zombieland, de Ruben Fleischer (Etats-Unis, 2009)



 



Au cours des précédents jours du Saigneur































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samedi 17 septembre 2011

[Critique] Alice, de Jan Svankmajer



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Alice, de Jan Svankmajer (Grande-Bretagne, Allemagne de l’Ouest, Suisse, Tchécoslovaquie, 1988)



Note :
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Si la matière d’« Alice » est directement tirée des livres de Lewis Carroll, le titre original du film (« Neco z Alenky », que l’on pourrait traduire par « Quelque chose d’Alice ») nous rappelle
qu’il s’agit plus d’une inspiration que d’une fidèle adaptation… Pourtant, les choix du réalisateur tchèque le rapproche étonnamment de « l’esprit » de l’œuvre originale, bien plus par exemple
que l’adaptation niaiseuse de Disney ou que la médiocre et récente
version d’un Tim Burton
.

Le film de Svankmajer fascine bien sûr d’abord par sa forme et ses incroyables techniques d’animation « vintage », souvent faites de bric et de broc, dont l’aspect typiquement artisanal, parfois
maladroit, possède un charme fou… Le film ne repose que sur un seul être humain, la jeune interprète du personnage d’Alice, qui évolue dans un univers de créatures étranges, toutes animées image
par image. Ce procédé confère au film un statut très particulier, qui vaudrait presque à lui seul la peine de découvrir cette petite rareté cinéphilique…

Sauf qu’« Alice », c’est beaucoup plus que ça ! Par ses créations uniques et hors norme, le cinéaste transforme le conte de Lewis Carroll en véritable cauchemar éveillé… Il ose d’ailleurs sans
complexe utiliser la cruauté et la violence propres aux contes de fées originels pour orienter son film vers des perspectives quasiment horrifiques, quitte à effrayer plus d’un enfant au passage,
très certainement… On y voit notamment un lapin blanc empaillé dont la « garniture » s’écoule constamment par sa peau décousue comme du sang et dont les dents affûtées claquent avec effroi. Mais
ce n’est pas le pire : des tas de carcasses animales et de squelettes dansants s’animent à l’écran, des scènes au surréalisme souvent dérangeant s’enchaînent à un rythme rapide, qui nous fait
aller de surprises en hallucinations assez incroyables… On pense notamment à ce plancher troué sous lequel évolue des dizaines de chaussettes « empaillées », dont l’une va d’ailleurs hériter de
véritables yeux qu’elle finira par se coudre entièrement ; on pense également à ces constantes transformations des objets ou des décors, dans une drôle d’atmosphère où règne en maître l’absurde
et la répétition, jusqu’aux frontières de la psychiatrie…

Entre surréalisme et psychanalyse (le désir freudien n’est jamais loin), « Alice » nous emporte finalement dans l’onirisme pur, construisant proprement tout le film comme un rêve de la fillette,
avec les dérives et les incohérences que cela suppose, mais surtout les séquences ambiguës, symboles probables de la réalisation du « ça » pulsionnel. Le film nous montre au bout du compte la
représentation des pulsions et des frustrations cachées d’Alice dans son sommeil et demeure peut-être en cela l’adaptation la plus fidèle au roman qu’il n’ait jamais été donnée de voir à ce jour…































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vendredi 16 septembre 2011

[Sortie DVD] Tomboy, de Céline Sciamma



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Tomboy, de Céline Sciamma (France, 2011)



Sortie DVD le 21 septembre 2011 chez Pyramide Vidéo



Note :
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Sans contrefaçon




Le nom « Tomboy » désigne en anglais un « garçon manqué ». C’est le cas de Laure, cheveux courts et vêtue comme un petit garçon, qui déclare se prénommer Michael aux autres enfants du quartier où
elle vient d’emménager avec sa famille… C’est l’été, le temps de l’insouciance, et Laure trouve ainsi l’opportunité rêvée de vivre son fantasme de transgression des genres. Heureux celui qui ira
voir le film de Céline Sciamma vierge de toute information sur l’intrigue, la révélation sur son sexe effectif tardant un peu au début, laissant supposer au spectateur qu’il se trouve bel et bien
devant l’histoire d’un « vrai petit garçon »… Cette surprise et ce trouble de la découverte demeure néanmoins en partie gâché par la façon dont « Tomboy » est « vendu » : son synopsis et la bande
annonce contiennent d’emblée le secret. Mais difficile de parler du film sans l’évoquer, en vérité, tant il est le cœur même de son sujet ! N’empêche que cet effet de style impose une vraie idée
de cinéma, cet art de manipuler son spectateur, et laisse très clairement apparaître la jeune cinéaste comme une figure à suivre dans le paysage filmique contemporain !

Passé les scènes de jeux et de vie entre les enfants, dont la capacité à faire sourire ou à émouvoir devrait attendrir la plupart des papas et des mamans présents dans la salle, il faut
reconnaître que ce que laisse Céline Sciamma apparaître à l’écran est tout simplement impressionnant. Elle filme les jeunes acteurs, dont on sait combien la direction est souvent rendue bien
difficile et casse-gueule, avec une justesse et une acuité proprement admirable ! Véritable cinéaste de l’observation, elle parvient à baigner l’écran d’une vérité confondante : non pas pour
livrer un cinéma proche du documentaire, mais bel et bien pour tendre vers un cinéma du réel, touchant avec une grâce sensible la notion de vrai et les profondeurs de l’âme… Tout en suivant
continuellement le fil de sa fiction, sans jamais laisser s’installer l’ennui, elle parvient à nous plonger littéralement dans le monde de l’enfance, à la fois à hauteur du regard d’un enfant,
mais aussi, et surtout, AVEC les yeux d’un enfant ! Ce qui en soi fait déjà de « Tomboy » un film remarquable et merveilleux…

Seulement le film ne s’arrête pas là et se permet d’explorer un grand et vaste sujet, qui plus est avec une finesse et une intelligence inespérée : celui de la question du genre et de
l’opposition masculin / féminin dans notre civilisation. Déjà dans son premier film (« Naissance des pieuvres » en 2007), la cinéaste interrogeait le désir sexuel marginal à travers les corps de
jeunes adolescentes attirées par les filles. Cette question semble ainsi s’imposer au cœur de son cinéma et l’ambiguïté du corps de Laure / Michael, mais aussi de ses désirs et de ses sentiments,
s’immisce en plein dans « Tomboy ». Exactement comme la cinéaste, l’enfant entre deux sexes observe attentivement et méticuleusement les autres, pour mieux les imiter ensuite… Puisque Laure veut
« être » Michael, alors il lui suffira peut-être de cracher ou de se battre comme un garçon pour que cela puisse être. Le film pose extrêmement bien la question à la face du spectateur (qu’est-ce
qu’être un garçon ou une fille ?), pour mieux lui prouver que tout ne passe finalement que dans les attitudes et les comportements… N’est-ce pas notre culture, et non nos attributs sexuels, qui
déterminent au fond notre rapport au monde en temps qu’homme ou en temps que femme ? C’est ce que tend à prouver brillamment la réalisatrice ! Elle démontre assez cruellement que tout nous
renvoie à un déterminisme du corps et que notre identité est alors condamnée par la société, la « civilité », à suivre cette directive physique et primitive : la séquence assez dure où le groupe
d’enfants exige de voir le véritable sexe de Laure après qu’ils aient appris qu’elle n’était pas ce Michael qu’elle prétendait être se révèle à cet égard exemplaire… L’évolution humaine n’est
ainsi toujours pas venue à bout de cette donnée éminemment bestiale : on naît nu et la seule chose que les autres voient en nous au moment de notre naissance est notre sexe… Le fameux « c’est une
fille » ou « c’est un garçon », qui semble la préoccupation majeure des jeunes parents. La première chose que les autres verront en nous par la suite et tout au long de notre vie sera encore
notre appartenance à un sexe défini, mâle ou femelle, nous renvoyant sans concession vers notre nature purement animale et reproductive. « Tomboy » nous prouve pourtant qu’il peut être si simple
de changer le regard des gens sur ce point : mais le trouble que l’on génère alors n’est par supportable par les autres, qui exigent inévitablement un retour de l’ordre et de la convention…
Heureusement pour Laure, l’enfance est pleine de ressources et permet de se réinventer malgré tout, loin des jugements bornés de leurs aînés : c’est le sens possible de l’ultime scène du film,
qui reprend l’une des toutes premières, celle de la rencontre entre Laure et son amie Lisa, comme si tout recommençait à zéro, mais cette fois-ci le mensonge en moins… La première fois en garçon,
la seconde comme une fille, mais Lisa semble toujours prête à l’aimer, quel que puisse être son sexe : voilà ce que devrait être très exactement la modernité des relations humaines !



 



Bonus DVD :



Dans un entretien de 18 minutes, la réalisatrice Céline Sciamma explicite sa démarche sur « Tomboy », un second long métrage qu’elle souhaitait filmer dans l’urgence : 3 semaines d’écriture, 3
semaines de casting et 3 autres de tournages ont donné au film une intensité unique et une belle spontanéité. Alors qu’elle évoque la « fabrication » de « Tomboy » avec une intelligente
cohérence, on la voit sur le tournage en train de diriger les enfants, dans un mélange de conviction et de complicité… Un supplément DVD éclairant !
Signalons en outre que le DVD comprend un sous-titrage pour les sourds et malentendants, élément suffisamment rare pour être salué.































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jeudi 15 septembre 2011

[Critique] Présumé coupable, de Vincent Garenq



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Présumé coupable, de Vincent Garenq (France, 2011)



Sortie le 7 septembre 2011



Note :
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L’affaire d’Outreau, l’un des plus sombres et sinistres dérapages de la justice française, on en avait déjà entendu parlé en long, en large et en travers dans une surcharge médiatique, autant
lorsque l’on considérait les faits comme atrocement vraisemblables (parce que la vérité sort toujours de la bouche des enfants ?) que lorsque la vérité sur le mensonge qui a fait vivre un
horrible calvaire aux accusés pendant des années a enfin éclatée… Les faits sont finalement exemplaires et permettent de composer l’une des erreurs judiciaires les plus impressionnantes que le
cinéma même n’aurait jamais été capable d’inventer : comme quoi, la vérité a du bon, parfois !

C’est ce qui impressionne d’ailleurs le plus à la vue de « Présumé coupable » : ce pouvoir de sidération qu’exerce cette mise en accusation non pas d’une personne mais de treize, toutes accusés
d’actes pédophiles sur les mêmes mineurs ! L’emballement de la justice, reflet d’une opinion publique au jugement trop hâtif, est judicieusement incarné par ce jeune juge, encore inexpérimenté,
qui se laisse aveugler par l’horreur des faits et ne voit même pas qu’aucune preuve n’existe et que les témoignages ne concordent pas… Incapable de reconnaître son erreur à la fin, il se cache
derrière l’administration et la « mécanique » de la justice : honteux, lâche et pathétique… Reconnaître n’être qu’un exécutant, c’est nier son statut d’être humain et se laisser aller aux heures
les plus sombres de l’Histoire, comme au temps du nazisme pour ne citer que le plus universellement signifiant…

Porté par une mise en scène pudique mais intensément mélodramatique, le film de Vincent Garenq se révèle finalement par bien des aspects une belle démonstration sur la fragilité de la vie. En
suivant cet huissier accusé à tort et en nous faisant vivre au plus près sa déchéance au fil des années, « Présumé coupable » nous montre combien un homme peut facilement passer de tout à rien…
Philippe Torreton est un monstre d’humanité pour incarner cet homme détruit par un système fou et malade : on le voit tout perdre – son emploi, sa femme, ses enfants – et se laisser dépérir,
amaigri et suicidaire, croupissant au fond de sa prison… Ce film fort et percutant s’attaque finalement à un tabou majeur de notre civilisation – la pédophilie – dont la portée émotionnelle
parvient même à corrompre la bonne marche de la justice !



 



Mise en perspective :



- Omar m’a tuer, de Roschdy Zem































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