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jeudi 19 septembre 2013

[Carte blanche] Yentl, de Barbra Streisand (vu par Not-Zuul)


yentl(Etats-Unis, 1983)



Passez un été "en chanté" avec Phil Siné !



Non content de nous avoir conté ses sensations musicales
devant "Tabou" d'Oshima
, Not-Zuul, dont le blog musical vous tend toujours les oreilles par ici, revient achever cette série de cartes blanches
autour de "l'été en chanté de Phil Siné", en évoquant ses souvenirs devant "Yentl" de
Barbra Streisand...


Voilà ce que c’est que d’être un père veuf bienveillant et d’éduquer sa fille unique en lui apprenant le Talmud alors que son étude est interdite aux femmes... Difficile après tout cela de
convaincre la jeune Yentl de trouver un mari et de se contenter d’une vie de femme au foyer. A la mort de son père, elle prend plutôt la décision radicale de tirer un trait sur sa vie de jeune
fille, de se couper les cheveux et de se travestir en homme pour intégrer une Yeshiva et ainsi poursuivre ses études dans ce cadre strictement réservé aux hommes. Nous sommes dans les premières
années du 20e siècle en Europe et les premières chansons de « Yentl », réalisé par Barbra Streisand elle-même, émerveillent déjà à la fois dans le contexte du film et aussi en dehors pour leur
portée universelle.

« Where is it written ? » ou l’aspiration à la connaissance et surtout à la liberté... Mais oui, où est-il donc écrit qu’on ne doit pas aspirer à
d’autres choses qu’à ce que nous désigne un destin tout tracé ni choisir soi-même sa propre voie ? C’est pourtant tout à fait ce que tentera Yentl en se choisissant le prénom masculin « 
Anshel » pour intégrer l’école de ses rêves. Etudiante passionnée et brillante, on la voit se lancer dans sa nouvelle vie au cours une séquence musicale qui permet discrètement une belle ellipse
de plusieurs semaines dont on partage peu à peu l’euphorie à travers la chanson  « This is one of those moments ». Yentl/Anshel sympathise très vite
avec l’un de ses collègues, Avidgor, dont elle tombe éperdument amoureuse et en prend conscience en chantant « The way he makes me feel »… Ultra
romantique, et pourtant le personnage vient surtout d’échapper à un moment délicat si je me souviens bien : une baignade dans le lac où les jeunes hommes se jettent tous nus dans l’eau, ce
qu’elle aurait bien du mal à faire de son côté sans révéler qu’elle est une femme !

Et elle n’est pas au bout de ses peines puisqu’elle se retrouve à devoir se marier, par amour pour lui, avec celle qui aurait dû devenir la femme d’Avigdor et qu’il souhaite confier à un bon «
ami » pour faire son bonheur à défaut de pouvoir l’épouser lui-même… A travers la chanson « No wonder », Yentl ne peut qu’admirer la belle Hadass,
ménagère parfaite et compagne idéale pour un homme comme Avigdor (à l’opposé parfait du rôle qu’elle s’est choisi de son côté, donc…) et elle aura d’ailleurs le plus grand mal à se refuser à la
jeune femme le soir de leur nuit de noces. Je ne vous en dirai pas plus, sinon que le film est ainsi teinté de moments à la fois amusants et quelque peu dramatiques selon le point de vue des
personnages. Si vous avez écouté les extraits ci-dessus (ou connaissiez déjà « Yentl » !), vous avez remarqué comme les chansons se superposent en fait à l’action du film parfois, le distinguant
peut-être un peu d’une comédie musicale. On y trouve ainsi moult chansons "pensées" que le personnage ne chantera pas réellement mais qui illustrent son ressenti devant une situation, ou
permettent d’accélérer le temps sur un passage de sa vie pour n’en montrer que l’essentiel.

Plus proches du genre de la comédie musicale, certains autres morceaux sont tout de même chantés à l’écran et s'inscrivent dans l'histoire, comme c’est le cas notamment de la chanson finale, «
A piece of sky » qui conclut magistralement l’aventure en laissant le spectateur sur un sentiment merveilleux de liberté (enfin, c’est en tout cas ce que
ça m’inspire personnellement, j’espère qu’il en est de même pour vous ?). Barbra y est fa-bu-leuse et que l'on s'entende bien : il n'y a pas énormément de chanteuses qui ne me cassent pas
littéralement les oreilles en s'exprimant sur ce type de registre... Mais "with all there is, why settle for just a piece of sky" en effet et me voilà à écouter des chansons dont je n’ai pas
vraiment l’habitude, à la fois pour leur propos, dans lequel chacun peut certainement se reconnaître un peu, et pour le plaisir de repenser à ce film que je n’ai pas revu depuis environ 15 ans.
J’espère d’ailleurs que mes souvenirs sont fiables pour ce qui sort du cadre de ses belles musiques ! Oh, aurais-je omis de préciser que celles-ci ont été composées par nul autre que Michel Legrand ? Décidément, comment ne pas être enchanté devant « Yentl » ?



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lundi 9 septembre 2013

[Carte blanche] La musique dans l'oeuvre de Sono Sion (vu par Alex Torrance)


sono_sion.PNGPassez un été "en chanté" avec Phil Siné !



Avec son pseudonyme en hommage à des personnages de Kubrick (ceux d'"Orange mécanique" et de "Shining"), Alex Torrance alimente un ciné-blog au nom
tout aussi référencé : l'"Overlook Cinema"
! Il y parle avec passion et talent de ses dernières toiles et des films qui l'ont marqué. Il vous offre aujourd'hui dans le cadre de "l'été en chanté" une analyse de la musique dans les films d'un de ses cinéastes préférés :
Sono Sion...



Dans le cinéma japonais, les réalisateurs les plus prolifiques sont aussi ceux qui se renouvellent le plus dans leur style, comme c’est le cas pour le grand Sono Sion. Ce dernier, fort connu pour
son outrance, est aussi à l’origine de films un peu plus « populaires » ou, à l’inverse, très expérimentaux. Dans ces cas, l’un des rares points communs que l’on pourrait attribuer à
ses œuvres de même paternité serait l’utilisation minutieuse d’une musique qui colle toujours on ne peut mieux à l’image, quelle que soit l’intention recherchée par le cinéaste. Il devient alors
très intéressant de se pencher sur le lien qui unit le cinéma de Sono Sion et la musique qui lui donne le ton...



Commençons par le commencement : « Ore wa Sono Sion da ! » Essai cinématographique d’une demi-heure, ce premier film reste assez limité en termes de musique. Les quelques
morceaux de classique que l’on entend – lorsque ce ne sont pas les hurlements du réalisateur – sont enregistrés avec les moyens du bord et sont certainement là pour provoquer une envolée lyrique
un peu limitée par la qualité. Dans la décennie suivante, les genres musicaux se succèdent et les expérimentations prennent de l’ampleur : de la voix incessante de Keiko dans « Keiko
desu kedo », nous ne retiendrons pas grand-chose en matière de musique. Toutefois, dans les premiers « films à histoire » du cinéaste réalisés dans la même décennie –
« Jitensha Toiki et Heya » (« The Room ») –, c’est le début d’une certaine diversité. Un peu de folk à tendance country pour le premier, tandis que le second ne disposera que
d’un seul et unique thème de jazz – qui n’apparaitra que trois ou quatre fois (le film s’attardant davantage sur les bruits du monde extérieur). La musique n’a donc pas encore sa place dans le
cinéma de Sono.



Le 21ème siècle est un véritable tournant artistique pour Sono Sion, qui mettra fin à ses films purement expérimentaux. En d’autres termes, le cinéma de ce dernier s’ouvre à une audience
légèrement plus grande avec un premier bon long-métrage (même si  « Heya » avait tout de même de nombreuses qualités) : « Utsushimi ». La musique, qui rappelle à
tout instant les reportages que l’on peut voir à la télé, s’inscrit dans une logique implacable – le film étant bel et bien construit comme un faux-documentaire. Premier choix judicieux en
matière de musique. Toutefois, c’est avec « Suicide Club » que Sono Sion accède à la fois à la notoriété et à cette idée – que l’on retrouvera dans d’autres de ses films – de la musique
dans le film (à proprement parler puisque les personnages l’entendent eux aussi). Nous retrouvons ainsi un groupe de jeunes filles qui chantent de la « j-pop » et semblent autant
dérouter le spectateur par leurs paroles que les jeunes lycéens qui se suicident.



Dans cette « transcendance » de bande-originale, qui vient alors se glisser dans l’intrigue au point de lui être indispensable, nous retrouvons deux autres longs-métrages plus
« grand public » : « Into a Dream » et « Kikyu Club, Sono go ». Dans le premier, le thème principal « Yume no naka e » vient carrément fournir la
trame de base au réalisateur, qui semble apporter une image à chaque phrase du morceau au point de nommer son œuvre du même « Yume no naka e » (« Into a Dream », en japonais).
Tout au long du film, les personnages chantent le morceau, pendant que le protagoniste comprend le lien entre ce simple morceau populaire et sa propre vie. Dans « Kikyu Club, sono go »,
c’est encore autre chose : les personnages chantent eux aussi un thème à de nombreuses reprises dans le film, mais le morceau d’Arai Yumi « Kageriyuku Heya » a davantage
l’apparence d’un message porteur d’espoir pour des personnages nostalgiques depuis la mort de leur ami. Lorsque le moment final retentit, cette fois-ci interprété par la chanteuse, on prend ainsi
conscience de la puissance du film. De la manière plus anodine, c’est aussi un morceau de musique populaire qui est utilisé dans « Exte » – d’ailleurs réalisé dans une démarche plus
commerciale qu’à l’accoutumée. L’accordance musique/film fonctionne donc encore…



« Strange Circus » marque la notion de musique dans le cinéma de Sono Sion. Tandis que l’univers du réalisateur japonais se précise autour d’un monde sombre et glauque, nous assistons
aussi à l’explosion de toute une mélomanie jusqu’alors dissimulée par le cinéaste, qui a déjà dix films derrière lui. C’est le début d’une maturité et, par la même occasion, d’une puissance plus
destructrice qu’à l’accoutumée. Dans ce long-métrage, la violence est sublimée par la musique de Bach, Liszt ou Debussy. Du classique sur de l’amoral ? Kubrick et bien d’autres l’ont déjà
fait, certes. Cependant, rares sont les réalisateurs à user de la musique de sorte que celle-ci soit en alchimie totale avec les images : Bach n’a rarement été aussi beau que dans la
descente aux enfers de la protagoniste de « Strange Circus ». À partir de ce film, on s’aperçoit notamment que la musique peut sublimer l’ultra-violence au point de la rendre
extrêmement poétique. De façon similaire, la musique joviale composée par Sono pour l’occasion accentue plus la terreur qu’elle ne l’atténue… Ainsi « Himizu » tourne autour du
« Requiem » de Mozart et de l’« Adagio pour cordes » de Barber, qui lui assignent alors un registre plus dramatique malgré une apparente brutalité dans les images.












Ensuite, c’est Mahler qui donnera le ton à quelques uns des films suivants : la 1re symphonie dans « Cold Fish » – où la violence atteint des sommets de lyrisme et de sang –, la
5ème dans « Guilty of Romance » et l’« adagio » de la 10ème dans « The Land of Hope ». Au-delà du simple thème musical, ces symphonies apportent véritablement leur
empreinte à chaque œuvre de Sono, au point qu’il devient alors difficile de les écouter par la suite sans penser aux bas-fonds de « Guilty of Romance » et son Izumi déchirée, récitant
un poème ; au « climax » époustouflant de « Cold Fish » ou à la danse d’hiver en zone irradiée de Chieko, dans « The Land of Hope ». Tous ces grands moments
musicaux donnent ainsi le ton à des scènes d’anthologie, qui marquent l’esprit comme seules peuvent le faire celles qui sont orchestrées par Sono Sion. Avec tout cela, on peut donc dire de la
musique qu’elle a permis à Sono Sion d’atteindre des sommets de maîtrise…



Enfin, la musique chez ce réalisateur a aussi contribué à faire de « Love Exposure » une grande fresque cinématographique, donnant tout particulièrement un rythme à ces quatre heures
qui défilent à toute allure. Les partitions de cette bande originale sont des plus diverses. C’est d’ailleurs grâce à ce très long-métrage que nous parvient enfin une légende du rock
« underground » japonais : « Yura Yura Teikoku ». Trois thèmes différents, que l’on entend maintes et maintes fois, suffisent à séduire. Par ailleurs, le morceau
« Kudo desu » renvoie vers la notion de musique dans le film : la secte de l’Eglise Zero l’entonne lors d’une « réunion ». Autrement, c’est le second mouvement de la 7ème
symphonie de Beethoven qui se charge d’apporter la puissance aux scènes dramatiques, déjà portées par le brillant couple d’acteurs. Bach, Debussy, Liszt Saint-Saëns, Beethoven, Mahler : Sono
Sion se serait-il servi des plus grands pour devenir lui-même une immense figure du cinéma japonais ?



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lundi 2 septembre 2013

[Carte blanche] Musique classique et musique de films (par Cachou)


musique_cinema_garden_state.jpgPassez un été "en chanté" avec Phil Siné !



Sur son blog "Les lectures de Cachou", l'auteure de notre carte blanche du jour nous parle avec passion de ses lectures, certes, mais
aussi de ses dernières toiles! Grande lectrice, mais tout autant cinéphile, Cachou y partage avec force sa boulimie de culture... et nous fait l'honneur de nous expliquer ici, dans le cadre de
"l'été en chanté", sa conviction que les musiques de films sont devenues la musique
classique d'aujourd'hui !



Avez-vous eu l'occasion de voir la bande-annonce de “A Single Shot” ? Elle est quasiment entièrement sans paroles et les images se
succèdent sur une mélodie au violon au rythme obsédant. Je suis tout de suite tombée sous le charme de ce morceau. En creusant un peu, j'ai appris qu'il s'agissait d'un passage du Fratres d'Arvo Part que je ne connaissais pas. J'ai trouvé chez lui ce qui me manquait chez Philip Glass (voir par exemple la B.O. de "The Hours"
de Stephen Daldry), une simplicité et une retenue superbes qui laissent éclater la pureté des deux instruments utilisés, piano et violon.

Ce n'est pas la première fois que je découvre un morceau grâce à une bande annonce ou un film. Je dois même dire que ces derniers ont permis de garnir au moins la moitié, sinon les deux tiers de
ma CDthèque. Mon cœur balance toujours autant entre les B.O. de “Garden State”, de “500 Days of Summer” ou encore de “Great Expectations”, qui m'ont permis de découvrir The Shins, Iron &
Wine, The Temper Trap ou encore Tori Amos. Mais si ces CD-là sont constitués de chansons populaires que les spectateurs finiront peut-être par rencontrer d'une manière ou d'une autre (à la radio,
à la télé, dans un magasin, etc.), il est une autre musique qu'on croise de moins en moins souvent, si ce n'est au cinéma. Je veux parler de la musique classique.

Si vous n'êtes pas nés dans une famille vous incitant à jouer d'un instrument de musique (ou simplement amatrice de musique classique) ou si vous n'avez musique_cinema_the_fall.pngpas fréquenté une école offrant
une éducation (correcte - je considère encore et toujours que les chansons de Gilbert Montagné et de Céline Dion que nous chantions au cours de musique ne constituaient pas un enseignement
musical valable) (détail véridique) en la matière, vous avez peu de chance de tomber sur un morceau de musique classique, si ce n'est en regardant un film ou une série. Même les publicités ont
abandonné la chose en cours de route et il n'existe plus beaucoup de radios non spécialisées diffusant du Bach ou du Beethoven hors émissions consacrées à l'un ou l'autre des compositeurs qui ont
réussi à rester dans la mémoire collective (combien ont été oubliés en cours de route?).

Dès lors, une grande partie de notre éducation à l'histoire de la musique classique se fait grâce au cinéma. Certains morceaux prennent du sens pour nous parce qu'ils accompagnent des images nous
marquant pour toujours. En ce qui me concerne, il y a par exemple l'incroyable deuxième mouvement de la 7e symphonie de Beethoven qui illustre magistralement les images de Tarsem Singh dans la
séquence introductive de "The Fall" :








 


D'autres me reviennent en tête comme la Symphonie n°25 de Mozart utilisé au début de “Romeo + Juliet”, la “Sarabande” de Handel que l'on retrouve dans la superbe B.O. de “Barry Lyndon” ou encore la “Gymnopédie n°1”, un morceau d'un de mes compositeurs préférés, Erik Satie, qui passe dans “La famille Tenebaum”,
film d'un de mes réalisateurs préférés, Wes Anderson.



Mais je suppose que tout cela, vous avez déjà eu l'occasion de le constater sans moi. Là où je voulais en venir, c'est que non content de nous éduquer musique_cinema_double_vie_veronique.jpgmusicalement, le cinéma est également le lieu de la création d'une nouvelle musique classique qui, se démarquant du courant moderniste et parfois un peu complexe à suivre quand l'on n'a
pas une éducation musicale pointue - voire universitaire -, permet aux compositeurs souhaitant créer des morceaux ambitieux de les diffuser largement et, bêtement, de se faire connaître. C'est
ainsi que sont nés certains des plus beaux ensembles musicaux que j'ai pu entendre, de la B.O. de l'“Orgueil et
préjugés” de Joe Wright
à celle de “La leçon de piano” de Jane Campion, respectivement composées par Dario Marianelli et Michael
Nyman. Avec une palme toute spéciale à Zbigniew Preisner et, entre toutes ses B.O. magnifiques, celle de “La
Double Vie de Véronique
” de Krzysztof Kieslowski, dont voici un extrait éblouissant (dans un film non moins éblouissant) (Véronique y assiste avec ses élèves à un spectacle de marionnettes
et se retrouve complètement fascinée par le marionnettiste alors que tout le monde regarde les marionnettes) :











Alors, la musique de film, la nouvelle musique classique de notre époque ?


Retrouvez Cachou sur son blog !

































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samedi 24 août 2013

[Carte blanche] Des bribes de musiques de films remontent à la surface... (par David Tredler)


tred_il_etait_une_fois.pngPassez un été "en chanté" avec Phil Siné !



Sur son « impossible blog » d'authentique cinéphile parisien, David Tredler nous fait vivre ses trépidantes mésaventures de
spectateurs, entre les émerveillements passionnés qui ponctuent sa cinéphilie et les énervements contre les trop nombreux spectateurs indélicats... A la façon des billets de son blog si personnel et dans le cadre de notre série d'été « en chanté », il accepte aujourd'hui de nous raconter un
échantillon des nombreuses émotions que la musique évoque pour lui dans une salle de cinéma...


Quelle est donc la première note de musique entendue dans une salle de cinéma… quel âge avais-je… C’était probablement celle accompagnant le célèbre logo Disney. A moins que ce ne fût le
roulement de tambour de la Fox. Les entrées en matière musicales des studios hollywoodiens font partie intégrante de l’imaginaire musical que l’on associe au grand écran, parce qu’on les a
entendues des dizaines, des centaines de fois. Mais il est des notes de musique dont il n’a pas nécessité des centaines d’écoutes pour qu’elles se logent pour longtemps dans notre mémoire. Des
notes de musique dont je me souviendrai probablement toute ma vie. Des notes indissociables d’une image. Des notes qui font parcourir un frisson à travers moi et qui n’ont pas le même sens ni la
même puissance sans les images qui les accompagnent. Il est celles qui sont iconiques et avec lesquelles il semble que l’on a passé notre vie. Mais les entendre dans une salle de cinéma est d’une
saveur bien plus grande. Je m’en suis rendu compte en allant traîner du côté de la Cinémathèque Française lorsque celle-ci a consacré une rétrospective tred_moissons_ciel.jpgde son œuvre à Steven Spielberg. Même si je
connaissais déjà par cœur la filmographie de Spielberg, il y en avait tant que je n’avais jamais vu sur grand écran, ou pas depuis l’enfance, que je n’ai pu résister à aller m’y promener.

La musique de John Williams m’a fait l’effet d’une madeleine de Proust lorsque les notes de « Jurassic Park » ont retenti dans l’enceinte de la salle Langlois. Celles des « Aventuriers de l’Arche
Perdue » m’ont fait trépigner de jubilation sur mon fauteuil. Ce genre de musique me prend telle une bourrasque à chaque fois que je replonge en salle dans un film qui a accompagné mon enfance et
mes premiers pas de cinéphile. Mais il y a plus fort que le facteur nostalgie. Plus fort que les sons des souvenirs de l’enfance. Il y a le choc de la découverte.

Cette petite musique qui résonne à vos oreilles et se glisse dans le paysage d’un film que vous découvrez sur grand écran, lorsqu’il règne une alchimie indéfinissable entre un plan et une note,
entre une séquence et un mouvement, ou une chanson. Cet instant d’osmose parfaite, je le chéris entre tous lorsqu’il se produit sous mes yeux, à mes oreilles, alors que je suis calé dans mon
fauteuil de cinéma et absorbé par ce grand écran doué de vie.

Je pourrais en citer tant de ces instants cinématographiques suspendus, ces tred_harry_lime.jpginstants où
le temps semble ralentir et où le cœur s’emballe. Je revois Orson Welles, caché dans un coin de rue sombre, révélé à Joseph Cotten par une lumière inattendue. Alors qu’un chat se frotte contre
ses jambes, que de joyeuses notes de guitares méditerranéennes se font entendre. La caméra zoome sur le visage d’Orson, qui s’était fait attendre pendant plus de 40 minutes dans le film, et se
trouve enfin révélé, alors que l’air de guitare, collé au sourire malin de Welles et à la surprise de l’apparition, rend cette scène du « Troisième homme » mémorable.

J’entends d’ici l’air de Tôru Takemitsu, dans ces premières minutes de « Dodes’kaden » qui nous font découvrir un jeune homme s’imaginant conduire sa propre locomotive au milieu des taudis de son
quotidien, cet air si doux, si entraînant et où pointe cependant l’amertume qui parcourt le film d’Akira Kurosawa.

J’entends aussi poindre la musique des films de Terrence Malick, le « Gassenhauer » de Carl Orff alors que Martin Sheen et Sissy Spacek vivent à tred_badlands.pngl’écart de la société et jouent aux sauvages dans la
nature texane, ou le « Carnaval des animaux » de Camille Saint-Saëns qui sublime les images entre chien et loup des « Moissons du Ciel », où la grimace déçue de Sam Shepard répond aux yeux perdus
de Richard Gere.

Je me revois, écrasé et ébahi par l’attente de l’arrivée du train dans la séquence d’ouverture d’ « Il était une fois dans l’Ouest », quand le bruit du vol des mouches laisse la place à cet air
d’harmonica si emblématique, au moins aussi emblématique que les sifflements en rythme des prisonniers de guerre du « Pont de la rivière Kwai » que j’ai pour la première fois entendus sur grand écran il y a quelques
semaines à peine
.

Je sens encore les tambours cogner dans ma poitrine, lorsque la salle s’est éteinte et que sur cet immense écran noir a retenti la musique de Maurice Jarre, celle de « Lawrence d’Arabie ». 
Je les sens toujours cogner en moi, ces tambours, en me remémorant Peter O’Toole observant de son regard azur l’immensité d’un désert que les tambours imaginés par Jarre ont rendu palpable. Plus
les tambours cognaient, plus je me voyais là, au côté de Lawrence, dans cette chaleur infinie.

Je me rappelle l’excitation sans commune mesure lorsqu’après l’apparition des logos de la 20th Century Fox et de Lucasfilm, après le fameux « A long time ago, in a galaxy far, far away », les
premières notes que John Williams a créé pour George Lucas et sa saga « Star Wars » ont retenti en ce jour d’octobre 1999 en préambule à « La menace fantôme », après une si longue attente.

Je revois le temps s’arrêter lorsque Tony Leung et Maggie Cheung se tred_chungking.jpgcroisèrent
dans une ruelle pluvieuse de Hong Kong et que soudain se fit entendre cet air de musique de Shigeru Umebayashi depuis à jamais associé à « In the mood for love » de Wong Kar Wai.  Wong Kar
Wai, à qui l’on doit également l’une des plus belles entrées à l’écran, lorsque la serveuse Faye Wong de « Chungking Express » écoute à fond « California Dreamin’ » des Mammas & Pappas et que
la silhouette d’un policier se profile dans le flou. Celui-ci se rapproche alors que l’on entend « All the leaves are gone… and the sky is grey… ». Arrivé au comptoir, le flic en uniforme retire
sa casquette et lance un sourire à Faye Wong : Tony Leung déjà, dans une apparition indissociable de la chanson des Mammas & Pappas, comme le sourire d’Orson Welles est à jamais associé à ce
petit air de guitare…
De tels instants cinématographiques où la musique a su cristalliser une image, j’en garde précieusement des centaines dans mon imaginaire, prêts à ressortir dès que j’entends la bonne note de
musique…



Retrouvez David Tredler sur "l'impossible blog ciné" !































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jeudi 15 août 2013

[Carte blanche] Sexe intentions, de Roger Kumble (vu par Gaspard Granaud)



sexe_intentions.jpg
(Etats-Unis, 1999)



Passez un été "en chanté" avec Phil Siné !



Sur son site Pop and films, Gaspard Granaud nous propose des lectures éminemment cinéphiles, généralistes mais aussi spécialisées, notamment dans
la culture LGBT. Il élargit même ses sujets bien au-delà du cinéma : musique, séries, expos… mais aussi des rubriques plus personnelles et audacieuses, où il parle « beaux mecs », « porn culture
» ou même « style de vie », évidemment gay ! Un site original et plein de surprises, tenu par un garçon libre et décomplexé qui nous fait l’honneur de
participer à notre été « en chanté », en évoquant avec humour et délice le film culte
« Sexe intentions », à la bande son déterminante et au casting appétissant…



La bande-annonce au cinéma m'avait rendu fou. C'était, avant même d'avoir vu le film, le début d'une obsession. L'ouverture sur « 6 Underground » de Sneaker Pimps (groupe qui dès lors allait
rythmer toute mon adolescence), la promesse d'une histoire de manipulation, de sexe et d'amour, un avant-goût de Sarah Michelle Gellar dans un rôle de « bitch » comme on ne l'avait jamais vue, la
révélation Ryan Phillippe (fantasme de toute une génération grâce à ce film), Joshua Jackson dans un second rôle gay (et décoloré en blond, la mode très «homo » de l'époque – mon meilleur ami
ambigu et moi-même nous étions nous-mêmes fait cette couleur, on ne se refait pas) : tout était réuni pour me donner la claque que j'attendais depuis longtemps au cinéma. Et ce teasing : « In the
game of seduction, there is only one rule : never fall in love »...
sexe_intentions_love_scene.jpgLe film est sorti en 1999, j'approchais de mes 14 ans. Nous étions allés le voir en groupe. On en était
ressorti les yeux mouillés en criant au chef d'œuvre. Alors que l'un des garçons de la bande avait acheté l'affiche pour (dixit ses propres termes de l'époque) : « Se lever le matin en mettant la
tête dans les seins de Sarah Michelle Gellar », nous nous étions tous procuré la bande originale dès qu'elle était arrivée chez le disquaire du coin. Si « Sexe Intentions » (« Cruel intentions »
en VO) est devenu le film culte de toute une génération, il le doit à son adaptation audacieuse et irrévérencieuse des « Liaisons dangereuses » de Pierre Choderlos de Laclos, entre comédie
lorgnant de façon assumée vers la parodie (les personnages sont volontairement des caricatures poussées à l'extrême – le séducteur qui a finalement un cœur, la peste frustrée, la vierge qui
s'éprend du bad boy, la fille niaise des beaux quartiers...), thriller teen manipulateur et love story. Mais l'excellente bande originale dont il a bénéficié y est aussi pour beaucoup. On peut le
voir des dizaines de fois, avec toujours le même plaisir et la même excitation. On a envie de le partager. C'est entêtant comme une belle chanson pop.
sexe_intentions_kathryn.jpgLes amoureux du métrage seront
les premiers à vous le dire : le film est de ceux qui marque au fer rouge quand on le voit en ayant 15 ans. Il comporte tout ce qui nous fait vibrer à cet âge là : des ragots, du sexe et de
l'amour. Nombreuses sont les répliques que l'on se surprend à connaître encore aujourd'hui par cœur (à noter la traduction libre dans la VF qui diffère de l'originale avec cette citation : «
L'amitié cela s'entretient. Et l'inimitié encore plus »). Quand les souvenirs remontent, on réalise que les images les plus fortes, issues du film et gravées dans nos têtes, vont obligatoirement
de pair avec la musique. L'ouverture avec les tombes qui défilent puis l'apparition, dans la fameuse Jaguar Roadster 1956, de Ryan Phillipe au son de « Every You Every Me » de Placebo. Le baiser
lesbien baveux entre Sarah Michelle Gellar et Selma Blair avec en fond « Coffee & TV » de Blur. Le lancement de « Lovefool » des Cardigans en guise de séduction espiègle au bord de la
piscine. La tension sexuelle dans cette même piscine entre Ryan Phillippe et Reese Witherspoon. Deux mains qui se rapprochent dans une voiture où se joue « Praise You » des Fatboy Slim. Une
première fois comme toutes les filles en ont rêvé sur le « Colorblind » des Counting Crows. La lecture d'un journal intime en guise de révélation quand résonne la mélodie émouvante de « You could
make a killing » d'Aimee Mann. Et enfin l'apothéose avec la « Bitter Sweet Symphony » de The Verve quand vient l'heure de la vengeance finale, ô combien jouissive, libératrice.
sexe_intentions_baiser_lesbien.jpgSi tant de scènes
de « Sexe Intentions » ont marqué, c'est qu'on a rarement vu des images ornées de façon si judicieuse, avec goût, parfaitement en phase avec la génération à laquelle le film s'adressait. On s'en
souvient, avec nostalgie, comme de notre propre adolescence. A force d'écouter la bande originale, on n’arrêtait plus de fantasmer (Combien de mâles hétéros se sont tripotés sur le baiser lesbien
? Combien de gays en ont fait de même sur Ryan Phillippe ? Combien de filles ont mouillé leur culotte lors de l'hyper sensuelle scène de sexe durant laquelle le personnage de Sebastian est à la
fois si impliqué, tendre et fervent ? - des milliers, assurément), on avait envie de faire comme eux (rouler avec du Placebo dans la voiture, savourer un coup de pute à l'ennemi(e) ou penser à
l'être aimé avec The verve dans les oreilles), on espérait (qui n'a jamais pris un escalator en rêvant que se trouverait en haut ce sale bâtard au grand cœur qui viendrait nous déclarer sa flamme
?). La musique de « Sexe Intentions » constituait à elle seule une sorte de journal intime, donnant inlassablement envie de revenir au film, de le regarder pour la 50ème fois (et plus pour les
fans hardcore - et il y en a).
sexe_intentions__ryan_escalator.jpgOutre la bande
originale sortie dans le commerce (et sur laquelle ne figurent pas les titres de la bande-annonce ni certains morceaux du film, comme « Lovefool » des Cardigans), plusieurs titres instrumentaux,
composés par Ed Shearmur (après que John Ottman ait été remercié, ses titres étant, à raison, considérés comme trop classiques et cheesy) permettent au long-métrage de Roger Kumble de tenir le
rythme, de maintenir le souffle. Si on ne s'ennuie pas une seconde devant « Sexe Intentions », c'est parce qu'il y a toujours une chanson ou une mélodie pour nous accrocher, nous intriguer.
Chaque personnage a en quelque sorte son propre thème musical. Au départ, les déambulations de Sebastian sont accompagnées par des sonorités sexy et chics, mélange d'instruments classiques et de
beats typiques des années 1990. On retrouve cette fusion dans les scènes où Sebastian s'illustre avec Kathryn. Cette dernière est celle qui bénéficie des pièces instrumentales aux plus vives
palpitations, vicieuses comme des serpents, palpitant comme une haine incontrôlable des autres et de soi-même. Les personnages gays et leurs petites affaires un peu « dirty » héritent d'un son
plus rock. L'hyper naïve Cécile est accompagnée par des sons volontairement désuets et euphoriques. Enfin, les passages mettant en scène Sebastian et Annette sont plus tendres, mélancoliques,
avec un piano qui prédomine. Chaque thème colle, là aussi, parfaitement avec ce qui est raconté à l'écran. Exemple avec l'une des premières scènes : Sebastian est chez sa psy. La musique est
malicieuse, annonçant la chute perverse durant laquelle le Docteur Regina Greenbaum découvrira que Sebastian a manipulé sa fille et mis des photos d'elle, nue, sur Internet. La musique s'emballe
quand la cruelle farce est révélée, nous faisant partager la jouissance intérieure de Sebastian. Puis surgit le personnage d'une belle inconnue, Clorissa. Guitares conquérantes, pénétrantes même,
traduisant les intentions du beau blond à qui personne ne semble pouvoir résister. Alors qu'il repart vainqueur, la mélodie se fait plus douce, guillerette, traduisant la satisfaction du
challenge une fois de plus relevé. Chaque scène est orchestrée avec la même minutie. Et le spectateur d'être complètement avec les personnages, porté par la sensation de ressentir les mêmes
émotions, les mêmes pulsions qu'eux.
sexe_intentions_kathryn_seb.jpgTout en images et en
musique, « Sexe Intentions » est la madeleine de Proust de ma génération (et, qui sait, je l'espère, de celle des passées et des suivantes). Un film qui reste en tête et une musique qu'on a dans
la peau. Chacun sa croix (attention à ne pas abuser de celle, mythique, appartenant à la Merteuil de la fin des années 1990 ;)

Retrouvez Gaspard Granaud sur son site "Pop & films" !































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vendredi 2 août 2013

[Carte blanche] Nino Rota, Federico Fellini et "Les nuits de Cabiria" (vu par Dom)


nuits_de_cabiria.jpgPassez un été "en chanté" avec Phil Siné !



Fan de David Lynch, apprenti cinéaste (et romancier à l'occasion), Dom
est aussi un éminent ciné-blogueur sur "Silence... Action!" Il se livre pour Phil Siné à une analyse d'un morceau de la musique de Nino Rota sur le
film de Fellini : "Les nuits de Cabiria"...



C'est de notoriété publique : la musique joue un rôle primordial au cinéma, capable de sublimer une scène ou au contraire, d'anéantir tous les efforts du réalisateur. On peut reconnaître la
grandeur d'une musique de film par sa capacité à évoquer à elle seule certaines scènes de l'oeuvre. Au fil de la mesure, de la mélodie qui s'envole, les acteurs reprennent vie, les décors se
reconstituent, et l'émotion revient aussi. Il suffit parfois d'entendre un air seulement, une poignée de notes sifflotées ici ou là, dans les transports en commun ou au bureau et ça y est, le
film nous reprend dans ses bras. C'est un morceau de cette trempe sur lequel je souhaite exprimer maladroitement ma passion ici, « Le Notti di Cabiria » de Nino Rota, composé pour le
film éponyme de Federico Fellini et que je vous recommande d'écouter dès à présent :













Nino Rota et Federico Fellini, un véritable mariage, et pour le meilleur seulement : la mort du compositeur en 1979 mettra fin à une longue et fantastique collaboration, ayant débuté dès le
deuxième long métrage de Fellini, « Les Inutiles ». Réalisé en 1957, « Les Nuits de Cabiria » a tendance à rester dans l'ombre du chef d'oeuvre « La Strada »,
sorti trois ans auparavant. Se déroulant à Rome, ce petit bijou met à nouveau en scène Giulietta Masina dans le rôle d'une prostituée qui cherche l'amour, le vrai, celui qui a la main sur le
coeur et non sur le portefeuille. Une des forces du morceau « Le Notti di Cabiria » réside dans ses variations, ses changements de ton et de rythme qui reflètent parfaitement le
parcours de la malchanceuse et sympathique Cabiria.



cabiria_masina.jpg



Le morceau s'ouvre sur un rythme jazzy et guilleret, invitant à la danse. On est pris dans une allégresse typiquement fellinienne, burlesque et enivrante. Rapidement, on atteint le merveilleux
thème symphonique décliné sous divers arrangements au cours du film. Nino Rota joue sur un thème court et entêtant, à la mélancolie douce, qu'il enrichit avec la simplicité d'un orchestre
réduit. Que l'on connaisse le film ou non, il est difficile de ne pas s'émouvoir face à cette envolée de violons, accompagnée par une harpe discrète. Cette séquence d'une grande sensibilité
s'évanouit au profit des instruments d'ouverture. Guitare, trompette, contrebasse et batterie reviennent pour prolonger la promenade romaine. Il suffit de fermer les yeux pour se retrouver au
bras de Cabiria dans ses errances nocturnes. En douceur, le rythme s'accélère et les accents italiens se manifestent plus fortement avant de retrouver le coeur émotif du morceau. C'est la
délicate mélodie contrastant avec les parties les plus rythmées qui met un terme à cette musique qui pourrait très bien fonctionner comme une boucle, à la manière du destin de la protagoniste.
Le talent de Nino Rota réside ici dans sa capacité à accompagner l'héroïne sur la juste mesure, lui offrant un thème émouvant qui évite les travers du pathos. « Le Notti di Cabiria »
caractérise autant l'univers entourant Cabiria que l'agitation en son for intérieur, où la joie et les peines se pourchassent jusqu'à l'aube. Nul doute que l'impact du film serait réduit sans
cette dimension musicale fondamentalement classique, sobre, mais si idéale.



Retrouvez Dom sur son blog
































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mercredi 24 juillet 2013

[Carte blanche] La petite musique de Hong Sang Soo (vu par Thomas Fioretti)


Passez un été "en chanté" avec Phil Siné !



Fou de pénis tennis et 273ème du classement national sénior de Fleuret, Thomas Fioretti est aussi cinéphile et oeuvre pour le ciné-site le plus "independencia" de la webosphère! Pour notre série d'été, il nous offre un article passionnant sur la musique dans les films de Hong Sang
Soo...



Jouer petit pour voir grand



Le refrain est connu, Hong Sang Soo refait toujours le même film. En écoutant sa petite musique, nos oreilles attentives (et nos yeux clairvoyants) nous disent l’inverse. Contrairement aux lâches
qui peuplent ses films, Hong ouvre à chaque fois la page d’un grand  journal réécrit sans cesse pour lui-même, résolu à s’améliorer pour devenir un homme meilleur et un meilleur cinéaste.



hong_sang_soo.jpg



#1 Comptine et le conte cruel



La musique, on le sait, ne joue pas un rôle majeur dans les films de Hong Sang Soo. Elle est une ponctuation morale dans le grand chapitre de ses romances alcoolisées.



S’il est en revanche quelque chose qu’a toujours gardé HSS dans son système narratif, c’est la réversibilité de toute chose. De la première partie de son œuvre, "La Vierge mise à nu par ses
prétendants" (2000) en est sans doute l’emblème le plus brillant. Soo-Jung travaille comme assistante du cinéaste Yoong-Soo. Elle croise Jae-Hoon, un vieil ami du lycée de Soo-Jung, qui s’avère
vite attiré par la jeune fille malgré son inexpérience. Soo-Jung plaît aussi à Yoong-Soo, mais la belle se refuse toujours aux hommes. Le récit fonctionne comme un miroir déformant la psychologie
humaine. Deux faces d’une même pièce rejouée différemment pour brouiller toute caractérisation certaine. “Ne change rien pour que tout soit différent” dit Godard dans les "Histoire(s) du cinéma"
(1998). Telle pourrait être la morale du cinéaste sud-coréen, lui qui est souvent accusé de répéter inlassablement le même film depuis ses débuts, avec des combinaisons différentes (dans le
désordre : alcool, femmes, dilemmes moraux, parfois en même temps).



Une petite comptine ouvre chaque chapitre de "La Vierge..." Écoutez les premières notes du seul thème musical du film en cliquant ici.



La ritournelle est semblable à celle d’un pianiste amateur répétant ses gammes. À la longue, elle saoule, car c’est l’ivresse que cherche le cinéaste: Hong Sang Soo ne cherche, pour celui qui s’y
accroche, qu’à faire tourner les têtes; il tient à épuiser le spectateur dans ses questionnements moraux fuyants. L’accuser de paresse, c’est confondre l’inactivité et la couardise de ses héros
avec le rythme frénétique de ses tournages (15 films en 17 ans, soit près d’un film par an). La comptine est à la fois un leurre à la cruauté de la fable qu’est "la Vierge" et un exercice de
variation à la fois modeste et troublant. Écoutez l’amateurisme forcé de l’interprétation - elle sonne comme une mauvaise reprise musicale qu’on pourrait trouver sur Youtube.



#2 Piège et rupture



À partir de "La Femme est l’avenir de l’homme" (2004), HSS change de compositeur en prenant Jeong Yong Jin - qui signe la musique de tous ses films depuis. Un saut à la fois dans le style et dans
la vitesse d’exécution des actions. Les percussions claviers et la résonance des cloches qui ouvrent "Conte de cinéma" (2005) offrent la tonalité d’un jour nouveau.



hong_sang_soo_bis.pngJeong
Sang au désespoir dans "Conte de cinéma" (2005)



Le changement s’accompagne à l’image dès les premières secondes où un zoom arrière rapide introduit l’action. HSS le répète à outrance dans cette première partie. À la fin du premier épisode (le
suicide raté des deux amants), un zoom arrière du soleil couchant vers Jeong Sang doublé de son cri du désespoir est ponctué par une petite ritournelle enjouée au piano. Le raccord musical, sur
la sortie de spectateurs d’une salle de cinéma alors que la musique continue en sourdine, montre que nous avons été piégés : le zoom serait donc un procédé introduit dans un faux film; un film
qui serait l’idée que se fait Hong de son nouveau style, encore mal assumé en 2005. L’usage du travelling optique, recadrage et montage permanent de son sujet, fera dès lors l’objet d’une
utilisation de plus en plus fine et maîtrisée à partir de "Like You Knew It All" ("Les Femmes de mes Amis", 2009). Ce procédé “méta” est d’ailleurs repris entre le premier et le deuxième segment
d’"Oki’s Movie" (2010) où la musique de fin de la première partie continue devant le défilé générique sorti d’un ordinateur, devant lequel un jeune réalisateur montre son film de fin d’étude au
professeur : vient-on simplement d’assister à la projection d’un film? Chez Hong Sang Soo, l’affirmation est toujours suspendue ou contredite par la littéralité de ses images, et plusieurs
réalités s’y côtoient sans cesse. Il n’est guère de cinéma aussi réaliste et labyrinthique que celui du maître sud coréen. Labyrinthique parce que ses structures révèlent leurs beautés après
mille détours; réaliste parce qu’il n’est pas de morale possible sans renversement des choses par leur dispositif et l’échec qu’il ressort d’un tel lessivage moral (en cela, Hong est bien
différent d’un naturalisme du temps qui passe observé chez d’autres cinéastes venus d’Asie).



#3 Vitesse et épuisement



"The Day He Arrives" (2011) marque une nouvelle étape dans le parcours de HSS. C’est un faux retour en arrière vers le noir & blanc de "La Vierge..." On y songe puisqu’il s’agit aussi d’un
film où les situations se répètent. C’est d’abord l’histoire d’un retour, celui de Seong-ju dans son Séoul natal, où il rend visite à un ami. Il ne peut s’empêcher d’aller chez son ex-petite amie
et promet après une nuit passée avec elle à pleurer et souffrir sur leurs sorts respectifs de changer et ne plus jamais la revoir. Mais lorsqu’il quitte la maison, il est contraint de revivre
toujours la même journée, enfer comparable à Bill Murray dans "Un Jour Sans Fin" (Harold Ramis, 1993).



hong_sang_soo_ter.jpg



Le calvaire de Seong-ju dans "The Day He Arrives" (2011)



Dans la bande annonce (en couleurs) et cette scène extraite du film, c’est aussi une des toutes premières fois qu’une petite musique vient accompagner l’action à l’image (à écouter ici).



La plupart du temps chez Hong, la musique s’efface au profit du rythme des dialogues. La précision de la direction et de la mise en scène sont elles-même suffisantes à amener une musicalité. De
son dernier film "In Another Country" (2012), j’avais dit à Cannes que les films d’HSS étaient “comme de fragiles boites à musique
qui diffusent une ritournelle agréable mais parfois capiteuse, susceptible de s’enrayer, sujets au bon vouloir des doigts tournant la manivelle”.



L’usage le plus étonnant d’une musique chez Hong-Song Soo reste pourtant dans "Oki’s Movie", où il reprend au début de chaque segment la
marche de "Pomp & Circumstance" d’Elward Elgar
.



C’est typiquement l’illustration d’une musique triomphante utilisée pour désamorcer ironiquement la modestie de ce qui lui succède. Jouée au piano dans un petit air nu à la fin de la partie
“After The Snowstorm”, elle gagne en mélancolie, en douceur. C’est toute l’intelligence de Hong que de savoir faire des variations avec toute chose.



Mais c’est aussi, quoi qu’on pense du manque d’évolution de son œuvre, à la fois une marque de modestie et de souveraineté. Les ratures inscrites ainsi sur son journal tentent de tout changer en
ne changeant rien. Elles sont aussi là pour espérer que chaque jour permette d’accepter d’être identique pour être différent, de voir petit pour rester grand.



Retrouvez les articles de Thomas Fioretti sur Independencia !































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mercredi 10 juillet 2013

[Carte blanche] Les chansons dans la saga James Bond (vu par CTCQJ)


saga_james_bond_bis.jpgPassez un été "en chanté" avec Phil Siné !



Carte blanche musicale de l'agent secret CTCQJ, qui tient au jour le jour les "Chroniques pseudos culturelles d'un zouave" à propos de cinéma, mais aussi de
musique et de football : éclectisme et espièglerie assurés !




La saga James Bond m'a fait découvrir le cinéma dès mon plus jeune âge et je suis encore aujourd'hui un accro à l'agent britannique. Il y a tellement de choses passionnantes à raconter sur ces
films, reflets de leurs époques, constamment renouvelés et jamais démodés. Commençons dès lors à faire péter le champagne pour les 50 ans de 007 fêtés lors de la sortie de « Skyfall » à l'automne
dernier avec un florilège de morceaux bondiens, l'une des caractéristiques de cette saga si charismatique. S'il ne fallait en choisir que sept, voici donc un very best of signé CTCQJ.



007. A VIEW TO A KILL (des Duran Duran)



Le deuxième plus gros succès commercial (dépassé par "Skyfall") pour un thème bondien se place numéro 1 dans un paquet de pays. Il faut dire qu'en 1985, les Duran Duran sont au sommet de la
gloire et vendent des albums par camions à un public majoritairement féminin. "Dangereusement Votre" est également le dernier film avec Roger Moore où il fait face à Christopher Walken, excellent
bad guy en businessman létal.



006. WE HAVE ALL THE TIME (de Louis Armstrong)



Voici l'ultime enregistrement de Louis Armstrong avant sa mort. Une dernière pépite tout en légèreté pour l'un des meilleurs James Bond ("Au Service Secret De Sa Majesté" avec Georges Lazenby),
brillant. Étonnamment, ce n'est pas ce morceau que l'on entend durant le générique au début du film puisque c'est une composition que l'on peut considérer comme le second thème de 007 de John
Barry qui est mise à l'honneur.



005. GOLDENEYE (de Tina Turner)



On croyait la saga morte après l'échec au box-office des films avec Timothy Dalton (pourtant fameux) d'autant plus que l'Histoire en avait marre de la saga_james_bond.jpgGuerre Froide. Martin Campbell en profite pour réaliser un film de haute volée qui met en scène les
soubresauts de la fin de l'Union Soviétique. Les décors sont géniaux, l'histoire sympa, la BO d'Eric Serra totalement étrange et les personnages très charismatiques. A l'image de cette chanson de
Tina Turner écrite par Bono et The Edge de U2, c'est sombre et dérangeant mais 100% "bondien".



004. FROM RUSSIA WITH LOVE (de John Barry)



Il existe trois versions de ce thème, l'une sans paroles, l'autre de Matt Monro et une version chantée en français. Je garde celle du générique qui est absolument géniale et correspond
parfaitement au style James Bond des années 60. De plus, la vidéo d'ouverture transpire l'opulence et le cinéma sixties. On en redemande !



003. LIVE AND LET DIE (de Paul McCartney)



Morceau désormais culte, Paul McCartney met le feu en concert (au sens propre) avec "Live And Let Die", le film le plus 70's de la saga. Dire que pour les français de plus de 45 ans, c'est
d'abord la chanson des "Dossiers de l’Écran"... Ouch !
C'est à l'époque la première fois que John Barry ne s'occupe pas de la BO, il est remplacé par George Martin, producteur des Beatles, pour donner une ambiance sonore proche des séries télé de
l'époque à l'image de "Starsky & Hutch". Le cocktail est savoureux et bien funky. De quoi la rendre inoubliable pour le meilleur Bond avec Roger Moore.



002. GOLDFINGER (de Shirley Bassey)



LA voix de James Bond c'est elle, car en plus de "Goldfinger" elle a aussi chanté pour "Moonraker" et "Les Diamants Sont Éternels". Une diva à la voix incroyable dont le principal acte de
bravoure est ce thème. Classique !



001. YOU KNOW MY NAME (de Chris Cornell)



"Casino Royale" a marqué le renouveau de la saga avec brio et Chris Cornell incarne en partie ce changement. Le générique est splendide à regarder, accompagné par ce morceau foutrement rock aux
lyrics d’enfer: "The coldness burns through my veins, you know my name." Avec Daniel Craig, ça charcle et Cornell nous le fait savoir ! C'est la première fois que la production décide de mettre
en avant des tonalités bien rock en choisissant le chanteur d'Audioslave et Soundgarden à la voix si particulière.



BONUS : J'ai beaucoup hésité à placer "Skyfall" d’Adèle qui en plus d'être un succès commercial et marketing est une très belle chanson. On ressent toute l'atmosphère "bondienne"
avec les cuivres enivrants et la voix charmeuse d'Adèle qui rappelle Shirley Bassey. Étant encore trop récente, j’ai décidé de ne pas l’inclure dans ce fameux top 7.
Pour le prochain 007 qui sera sûrement l'avant dernier avec Daniel Craig, la production fait le forcing pour reconduire Sam Mendes à la réalisation. Il n'est jamais arrivé qu'un même homme
travaille sur deux Bond de suite mais son boulot sur "Skyfall" a été exceptionnel (sans compter le milliard d'euros dépassé au box-office). Idem pour le thème musical qui pourrait également être
interprété par Adèle. Mais nous sommes encore loin du début de la production de "Bond 24". Comme souvent « wait and see »…

We have all the time in the world
Just for love
Nothing more
Nothing less
Only love



Retrouvez CTCQJ sur son blog !































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lundi 1 juillet 2013

[Carte blanche] Tabou (Gohatto), de Nagisa Ôshima (vu par Not-Zuul)



tabou.jpg
(Japon, 1999)



Passez un été "en chanté" avec Phil Siné !



Carte blanche "enchantée" de Not-Zuul, qui propose des coups de coeur musicaux quotidiens sur son blog méli-mélomane !

Vous souvenez-vous par hasard du film « Gohatto » (parfois intitulé « Tabou » chez nous puisque c'est tout à fait la traduction du terme japonais de son titre) réalisé à la toute fin des années
90 par Ôshima Nagisa ? Inexplicablement, cela fait des années que j'essaie d'en parler autour de moi et personne ne semble l'avoir vu. Parce que c'est un film japonais ? Mais enfin, s'il est
resté à l'affiche plusieurs semaines dans ma province, c'est qu'il a eu son petit succès pourtant, il aurait même été présenté au festival de Cannes à l’époque de sa sortie ! Plus rare encore (et
miraculeux !), son scénario avait été édité en version bilingue dans la Petite bibliothèque des Cahiers du cinéma, ce qui en fit jadis mon tout premier livre écrit en japonais. Bref, malgré tout
cela et en dépit de la renommée de son génial et sulfureux réalisateur ou de la présence au casting de Kitano Takeshi, « Tabou » ne semble pas avoir franchement marqué son public… Sauf moi donc,
notamment à cause de ses étranges musiques composées par Sakamoto Ryûichi (« Furyo ») : indissociables des images du film dans mon esprit, elles avaient littéralement imprégné mes souvenirs.
 
Le générique de début lance un thème musical que l'on n'aura de cesse de retrouver par la suite, décliné selon le contexte sur divers instruments, plus ou moins variés et appuyés : celui du personnage central, Sôzaburô. Alors que l’on assiste lors de la première scène du film à quelques combats d'entraînement car le Shinsengumi (la milice
officielle du shôgun dans la période trouble du Kyôto de 1865) recrute de jeunes soldats, la musique n’intervient pour la première fois que lorsque c’est au tour de Sôzaburô de démontrer son
habileté au sabre. Pour accompagner le gros plan sur son visage pâle et androgyne, le thème au piano seul délivre quelques notes subtiles et mystérieuses et le personnage capte ainsi
immédiatement l'attention des autres protagonistes comme celle du spectateur. Les capitaines qui s'apprêtent à l'accepter au sein de leur troupe semblent à la fois fascinés et méfiants face à ce
jeune éphèbe au regard glacial qui s'avère être un sabreur de talent. Son recrutement, ainsi que celui de son futur amant, Tashiro, est le point de départ d'un scénario qui explore pêle-mêle la
question de l'homosexualité au sein de la milice et ses différentes actions militaires en cette période de grands bouleversements politiques.
 
Le premier aspect prendra assez vite le pas sur le second alors que tout le monde s’interroge de plus en plus sur ce qu’implique la présence de Sôzaburô dans le groupe. Celui-ci, conscient du
trouble qu'il provoque chez ses collègues, devra affronter d'une part la convoitise maladive de multiples amants et d'autre part les moqueries, le rejet ou les tentatives de conversion à
l'hétérosexualité (!) de la part des autres hommes du groupe... Toutefois, comme on le soupçonnait depuis sa première apparition à l’écran, on aura vite fait de remarquer aux variations de
la musique thème, très belle « Gohatto Opening Theme », que le jeune homme est loin d'être innocent ou naïf dans l'histoire. Au contraire, on devine
qu'il joue la séduction, insistant par exemple pour garder sa frange d'adolescent (qui le rend plus jeune et sans doute aussi un peu plus féminin aux yeux des autres) et amplifiant volontairement
les rumeurs à son sujet, notamment en feignant la soumission face à ses amants au cours de combats dont l’issue n’aurait pourtant dû faire aucun doute. A d’autres occasions en revanche, il
procède à des exécutions avec une froideur implacable et ne fait preuve d’aucune fragilité lorsqu’il avoue à l'un de ses lieutenants qu'il n'est entré dans la milice que pour avoir l'autorisation
de tuer en toute légitimité… Peu à peu, Sôzaburô sème la discorde au sein de son unité et le doute plane sur ses motivations jusqu’à une scène finale qui m’avait fait forte impression à l’époque.
C’est en effet la même musique, triste et teintée de mystère, qui accompagne toute la fin du film indifféremment de ce qu’il se passe à l’écran. S’y succèdent pourtant des séquences très
différentes les unes des autres : de réflexion, de dialogues ou de combat… dans cette ambiance presque onirique, l’ensemble m’avait paru de toute beauté.

Finalement, en dehors du thème principal qui a sa propre mélodie, les compositions énigmatiques de Sakamoto Ryûichi qui parcourent le film sont ainsi plutôt des musiques d’ambiance, qu’on serait
bien incapable de fredonner mais qui s’avèrent redoutablement efficaces et laissent un souvenir diffus. Je songe par exemple à une scène au cours de laquelle Sôzaburô reste à l’auberge tandis que
l’un de ses espions est chargé de prendre en filature un groupe d’hommes louches : une musique indescriptible rythmée au métronome semble sonner dans le vide et cela rend son attente (et la
nôtre) assez interminable (surtout qu’on avait bien raison de s’inquiéter du retard du pauvre bougre…). Le compositeur a de plus cherché à réconcilier ici le contexte historique avec des
sonorités et constructions musicales parfaitement contemporaines. Le résultat est parfois saisissant, comme lorsque le jeune homme arrive au temple : l’atmosphère se fait mystique et
traditionnelle, entre percussions sourdes et instruments à cordes, mais évoque aussi peut-être par petites touches des chants d'oiseaux dans le jardin (dans mon esprit tordu en tout cas…). Quoi
qu’il en soit, alternant ainsi les occurrences d’une musique thème centrale aux multiples variations, les ambiances discrètes et aussi les silences parfois (le contraste des trois prenant tout
son sens à l’écran), la musique de « Tabou » me laisse un souvenir aussi implacable que le sous-texte du film lui-même me laisse quelque peu perplexe... Ça n’est pas une OST que je réécouterais
volontiers sur disque, mais parce qu’elle est si parfaitement complémentaire avec les images du film qu’elle accompagne, il s’agit sans aucun doute d’une véritable et très belle bande originale.



Retrouvez Not-Zuul sur son blog !































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samedi 8 septembre 2012

[Carte blanche] My Shark Attacks Summer (by Not-Zuul)


Le "Shark Attacks Summer" de Phil Siné l'ayant rendu grandement enthousiaste, Not-Zuul, qui
d'habitude se passionne pourtant plutôt pour la musique - ne ratez pas à ce sujet son super blog très éclectique et aussi passionné que passionnant -,
a bien voulu délivrer un compte rendu trépidant et surprenant de son "Shark Attacks Summer" perso, avec visionnage intensif - et visiblement jouissif - de moult films de requins ! Un billet
complet et plein d'humour, que Not-Zuul a l'extrême sympathie de bien vouloir publier ici même, en totale exclusivité...



14My Shark Attacks
Summer



Carte blanche de Not-Zuul



Blog : Le blog de Not-Zuul



Si certains pensent peut-être que les films d’attaque de requin sont un peu Alien version « dans l’eau » et le premier qui tombe dedans a perdu, saviez-vous que ces films réservent en fait à
leurs spectateurs une belle diversité de cadres, d’intrigues et d’ambiances ? Mais si : des décors estivaux classiques à des choses plus étonnantes, des scénarios convenus aux idées les plus
improbables, de la galerie de touristes lambda à celle des experts de la mer, on navigue bel et bien entre deux eaux. A travers des atmosphères très différentes, le film de requin nous entraîne
ainsi sans transition du film d’horreur anxiogène efficace au gros nanar hilarant (malgré lui ?) et il est shark attacks summerimpossible de ne pas y trouver quelque chose d’intéressant à se mettre sous la dent. My Shark Attacks Summer, c’est donc une
découverte totale de cette branche du cinéma dans mon cas : du téléfilm aux grands classiques du genre, les révisions ont commencé au lancement du premier article de Phil Siné annonçant le thème
de l’été. L’invitation était trop alléchante et en effet, comment ne pas finir mordu des films de requins ?

Pour ce qui est des décors tout d’abord, comme la plupart des films ont tiré leur inspiration du chef d’œuvre incontesté et précurseur « Les dents de la mer » de Spielberg, ils placent en général leur intrigue sur les
plages ensoleillées de stations balnéaires à la saison haute ou sur les plages des côtes américaines, aux Bahamas, au Mexique, etc. Ces destinations de vacances sont alors idéales pour montrer à
l’envie des ribambelles de jeunes 13éphèbes bronzés et de jolies nymphettes en (ou sans) bikini.
Mais on y croisera aussi bien d’autres protagonistes pour qui l’été n’est pas synonyme de congés : on pense par exemple aux doctorants en pleine étude de terrain pour compléter leur mémoire de
thèse, aux propriétaires de parcs d’attraction ou de restaurants, ou encore aux autorités locales et autres océanographes, équipes scientifiques et spécialistes en tous genres largement
représentés dans tous les films pour donner des avis d’experts qui ne seront ensuite pas pris en compte par les dirigeants (élus, officiels ou chefs d’entreprise avides) pour limiter les
accidents…

Avec ces nouveaux acteurs, les plages estivales couvertes de vacanciers font place à une toute une autre variété de paysages. « Killing Sharks » par exemple s’installe ainsi bien loin des
côtes, sur une plateforme pétrolière et 06dans des décors industriels sous-marins. Il s’est d’ailleurs
peut-être inspiré en cela de « Peur bleue » ou d’autres films dont l’action se déroule
aussi dans des complexes scientifiques construits en pleine mer. On ne profitera pas longtemps non plus des belles plages californiennes de « Malibu Shark Attack » qui sont inondées dès le début
du film par un tsunami, laissant les sauveteurs en maillot rouge se débattre dans un décor recouvert par les eaux et trouver refuge tant bien que mal dans des véhicules et bâtiments dévastés…
Mais il suffit parfois tout simplement d’isoler ses personnages en pleine mer pour installer une belle ambiance anxiogène. L’océan lui-même dans son immensité passe ainsi de cadre estival
idyllique à source de panique totale notamment pour les pauvres héros du film « The Reef
» qui en sont réduits à nager jour et nuit au hasard parmi les requins et dans l’espoir un peu insensé d’atteindre une terre ferme désespérément invisible à l’horizon… Et que penser sinon de «
Raging Sharks » et sa scène d’ouverture explosive dans l’espace, ses vaisseaux
17extraterrestres et ses aliens en promenade au fond des eaux des
Bermudes ! Le shark movie se révèle décidément plus varié et étonnant qu’on ne pourrait le croire.

Surtout que les prédateurs les plus redoutés de la mer ont aussi tenté quelques sorties plus surprenantes. C’est le cas par exemple du squale vengeur des « Dents de la mer 4 : la revanche » qui s’aventure jusque dans les eaux
tempérées des Bahamas où aucun requin de son espèce n’avait encore mis l’aileron. D’autres iront se perdre dans les eaux douces des marécages de Louisiane (pourquoi pas ? La preuve dans « Swamp
Shark » ou « Shark 3D ») ou carrément dans les canaux de Venise (« Shark in Venice », car oui : les fameux requins de la mer Adriatique, c’est bien connu…). Et on n’évoque là que des films dans
lesquels les requins vivent et se déplacent 22dans l’eau, car il existe aussi dans ce cinéma d’autres espèces
de squales émergeant du décor aux endroits les plus inattendus. Mes préférés sont sans conteste les requins des sables de « Sand Sharks », film très justement baptisé en français « Les dents de
la plage », mais il existerait aussi à l’extrême opposé un mystérieux « Snow Shark : Ancient Snow Beast » (les dents de la neige ?) que j’aurais tellement voulu voir de plus près. Peut-être cet
hiver ?

Outre leur milieu naturel, la variété des requins eux-mêmes ne laisse pas en reste car le grand requin blanc des « Dents de la mer 3 » n’est pas la seule vedette de ce cinéma-là. La plus belle brochette
de spécimens apparaît probablement dans « Shark 3D », dans lequel deux sadiques s’amusent à relâcher des requins bouledogues, marteau, makos, tigres ou encore les petits squalelets féroces sur de
pauvres étudiants en vacances dans le Bayou pour tourner des snuff movies pourris inspirés des émissions de la chaîne américaine Discovery channel. Il arrive sinon que les scénaristes créent
leurs propres espèces au besoin. Sous couvert de doter l’armée d’un protecteur naturel des eaux territoriales alentours, on se permettra donc quelques manipulations génétiques tels que les
requins du programme militaire « Blue Demon » et leur dispositif intégré de destruction qui s’avèrera fort utile... On mènera aussi des expériences sur les requins pour tenter de faire progresser
09 bonusla médecine et c’est ainsi qu’un effet secondaire
dotera les cobayes de « Peur bleue » d’une intelligence décuplée. Mais mon petit
chouchou dans cette cour des squales génétiquement modifiés reste le croisement d’un requin et d’un poulpe comme nouvelle arme sous-marine que nous a offert le téléfilm « Sharktopus » de Syfy, probablement inspiré du film « Apocalypse dans l’océan rouge » de 1984
dont le « Monster Shark » (en VO) est également une chimère, capable de se reproduire toute seule qui plus est…

Si on en est là, alors pourquoi ne pas tenter également de croiser requins et humains ? C’est cette idée qui donnera naissance à l’improbable (mais vrai) « Sharkman », qui nage, marche debout, court et grimpe même aux arbres ! Dire que malgré tout
cela, il reste un petit joueur à côté de « Super Shark » qui lui aussi marche (allongé sur ses nageoires) et même vole mais sans manipulation génétique aucune : ce sont ses superpouvoirs naturels
de requin préhistorique, of course. Les deux adversaires du combat « Mega Shark vs. Giant Octopus » sont aussi deux créatures ancestrales sorties de leur hibernation forcée pour finir par
s’affronter et établir une fois pour toutes qui est la plus grosse... Après tout, il suffirait donc bel et bien de laisser faire la nature parfois, comme le prouve aussi la belle histoire des «
Aventures de Shark Boy et Lava Girl », dans lesquelles un petit garçon élevé par des requins qui parlent façon « Le monde de Némo » ou « Festin de requin » développe des branchies, un aileron et
sillonne les flots bien armé de ses petites dents affûtées. Dommage en revanche que l’on n’ait eu aucune explication (ou je n’ai rien compris ?) à la présence du fameux Twix des mers, la superbe
vedette du film « L’attaque du requin à deux têtes » (2-Headed Shark Attack) car on ne saura pas s’il s’agissait là d’une mutation, d’une espèce disparue ou d’un prochain stade de l’évolution
morphologique du requin.
 
Comme il peut arriver qu’on se retrouve par accident ou par malchance dans la ligne de mire de l’un de ces redoutables prédateurs, on retiendra aussi du 26film d’attaques de requin quelques trucs de survie indispensables. Paniquer, crier, faire du bruit ou s’agiter attire les squales, c’est prouvé notamment par les héros de « Malibu
Shark Attack » ou « The Reef » où l’on nous conseille aussi d’éviter le crawl (et ses
éclaboussures) pour tenter de fuir. De toute façon, vous ne pensiez pas sérieusement pouvoir distancer un requin à la course, si ? Quand on pense qu’il suffit parfois de ne pas bouger du tout
pour s’en sortir : testé et approuvé par l’héroïne affolée de « Spring Break Shark Attack » qui passe 5 bonnes minutes dans une eau ensanglantée avec deux requins qui lui tournent autour mais
s’en sort sans une égratignure. Mais certes, en général, on cherchera plutôt spontanément à s’éloigner et dans ce cas, avoir un bateau n’est pas forcément la solution : le bruit du moteur et les
ondes attirent visiblement les requins également. C’est ce qui amènera notre ami à deux têtes à délaisser un bateau au moteur coupé pourtant rempli de chair fraîche pour se laisser attirer sur la
côte par un bête piège à base d’ondes électromagnétiques, ou le requin vengeur des « Dents de la mer 4 » à dévorer un avion plutôt que son pilote… Vous
pensez qu’il vous faut juste un plus gros bateau ? D’autres ont eu cette idée mais si vous tombiez sur une maman mégalodon comme celle de « Shark Attack III », elle ne ferait littéralement qu’une bouchée de votre embarcation quelle
qu’elle soit.

Mais peut-être étiez-vous chasseurs dans l’âme en fait et plutôt tenté par une petite traque en haute mer, comme les héros de « Deep Blood » ? Sans prétendre d’expertise en la matière, je dirais
tout de même qu’attirer votre proie avec un gros appât bien juteux n’est peut-être pas une bonne astuce, a fortiori depuis un hélicoptère. Les héros de « La mort au large » et tant d’autres ont essayé pour un piètre résultat. Notez aussi
que pour certains spécimens de grande taille, comme nos amis des films « Megashark vs. Giant 02Octopus » ou « Super Shark », même les avions de ligne sont un dessert de choix, inutile donc de rechercher la sécurité en altitude ! Dans tous les cas, garder une arme chargée à
portée de la main pendant la chasse peut être sécurisant mais reste dangereux car le coup peut partir par exemple si le requin tente de renverser votre bateau. C’est ce que nous démontre
brillamment le jeune héros de « Spring Break Shark Attack », ou comment se blesser bêtement tout seul alors que l’héroïne va descendre dans une eau infestée de requins affamés et en ressortir
indemne pour la deuxième fois, elle… Mais il y a pire que ça. Il y a ma scène préférée de « Cruel Jaws » où un groupe de jeunes débiles a la riche idée de
tirer sur un requin au pistolet après s’être aspergés d’essence par accident... Si je me souviens bien, une femme fait quelque chose de comparable dans « Les dents de la mer : 2e partie » et on ne voyait vraiment pas cette scène venir !
Enfin, pour terminer sur la thématique des bateaux, je ne saurai que trop vous conseiller de ne pas sauter d’un yacht en même temps que tous vos potes sans avoir descendu d’échelle au préalable :
les héros d’« Open Water 2 » en font l’expérience (attention gros spoiler) ou comment s’entretuer bêtement entre amis alors qu’il n’y a même pas de requin dans le film, non mais vraiment !!

J’espère vous avoir convaincu que les films de requins sont vraiment fun. Certains films ne font sûrement pas exprès d’être drôles mais on ne se lasse pas de revoir encore et encore le même
scénario se répéter, voire carrément les mêmes images mais j’ai bien ri lors des explosions finales de « La mort au large » comme de « Cruel Jaws » ! Certains le font exprès en revanche, ou du moins
on l’espère parce que la scène où le requin de « Swamp Shark » se débarrasse de la bombe censée le tuer en la recrachant droit sur un méchant qu’on avait occulté durant tout le film est hilarante
! Et 21puis peut-être qu’on est un peu sadiques aussi au fond
et qu’on aime voir de bonnes scènes de décapitation inattendues mais bien sanglantes comme celle de mon mort préféré, toujours dans « Swamp Shark », ou encore des gens se faire déchirer en deux
par surprise par un squale à deux têtes ? En tout cas, si d’aventure on s’attache finalement plus aux héros qu’aux requins, alors on veut savoir comment les premiers parviendront à échapper aux
seconds, et là non plus, on ne reste pas longtemps sur les dents. On s’amuse au contraire à comparer les explosions, électrocutions, incinérations (dans l’eau, absolument…) et autres moyens
incroyables de se débarrasser d’un requin façon MacGyver avec une corde et un hydroglisseur, ou encore un T-shirt et une bonbonne d’essence… Enfin, il peut arriver parfois que le film ne soit pas
du tout drôle ni raté et qu’on ait au contraire une vraie bonne surprise du début à la fin. Ma plus belle fin (garantie sans spoiler) est ainsi celle de mon shark movie préféré de l’été : «
The Reef ». Les apparitions du requin de ce film, loin de l’image habituelle du mangeur
d’homme assoiffé de sang, sont de toute beauté, très bien amenées et on sent qu’il ne s’agit pas cette fois d’une maquette ni d’une créature numérique. Et même si on s’attend un peu au dénouement
final et qu’on regrette peut-être un chouïa qu’il arrive ce qui doit arriver, c’est sûrement mon côté WWF qui parle mais de mon point de vue, le film finit tout de même extrêmement bien.

En deux mots, chacun des films que j’ai vus cet été réservait son lot d’idées astucieuses ou parfaitement idiotes qui ne manquent jamais de faire réagir le spectateur, en bien comme en mal et on
n’est certainement pas au bout de nos surprises en dévorant cette cinématographie-là. A propos de thématique estivale, aurais-je omis de préciser que le 4e volet de la saga « Les dents de la mer
» était un film de Noël ? CQFD ;)































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