créée par Michael Lannan
(Etats-Unis, 2014-****)
★★♥
X-files : Aux frontières du réel
créée par Chris Carter
(Etats-Unis, 1993-2002)
[Panorama en 5 épisodes de la série culte des années 90]
3. Une série culte
La dimension totalement inédite de la série « X-files » la transforme très vite à l'époque en phénomène de société. Au fil des saisons, elle atteindra un véritable statut de "série culte", au
même titre que les « Star Wars » et autres « Star Trek ».
Tout dans la série semble la prédestiner à devenir un feuilleton mythique : les histoires à la croisée du fantastique et de la science-fiction, la construction résolument nouvelle de ces
histoires, les personnages complexes et troublants (à la fois archétypaux et bicéphales, à l'image de ces vrais méchants régulièrement titillés par l'envie de faire le bien), le récit principal
de la série dans lequel les personnages principaux sont intimement impliqués ou encore les dialogues grandioses et jouissifs à base de métaphores sibyllines, de références multiples et parfois de
délicieuse ironie. On retiendra entre autres les « Ne faites confiance à personne », « Rien ne disparaît sans laisser de traces », « Tuer Mulder risquerait de transformer en Croisade la religion
d’un seul homme », « Vous pensez que l'homme qui cesse de croire aux miracles cesse aussi de croire en Dieu ? », « Tout ne doit pas mourir, agent Mulder »… Souvenirs, souvenirs !
Le spectateur a toujours envie d'en savoir davantage et un lien intime parcouru de désir se crée entre lui et la série. « X-files » invente d'ailleurs les "accroches de fin de saison", divisant
une intrigue entre le dernier épisode d'une saison et le premier de la suivante, astuce depuis reprise par la plupart des séries, avec plus ou moins de bonheur il faut bien le dire...
Le phénomène du culte sera bien sûr entretenu par les nombreuses publications (livres, magazines, fanzines...) et produits dérivés (à noter qu'« X-files » est la première série à être éditée en
vidéo, puis en DVD dans des coffrets hyper léchés et agrémentés de bonus parfaitement choisis), mais surtout par des communautés qui se créent sur internet, bien au-delà des divers fans-clubs nés
dans de nombreux pays. Les épisodes sont ainsi décortiqués en long, en large et en travers sur les multiples forums et sites internet qui pullulent sur la toile. Un nouveau langage est même créé
pour l'occasion, avec des mots comme "spoilers" (désignant les informations sur des épisodes non encore diffusés) ou bien encore des débats intenses entre "shippers" et "noromos" (soit entre ceux
qui souhaitent une aventure entre Mulder et Scully et ceux qui prônent le "no romance").
(A suivre...)
The X-files, retour sur une série culte :
X-files : Aux frontières du réel
créée par Chris Carter
(Etats-Unis, 1993-2002)
[Panorama en 5 épisodes de la série culte des années 90]
2. Une série révolutionnaire
Si « X-files » n'aurait jamais dû exister, sa
naissance "accidentelle" entamait pourtant une véritable révolution dans le domaine des fictions à la télévision... En matière de séries TV, les aventures de Mulder et Scully s'imposent comme
une rupture évidente : désormais, il y a un avant et un après « X-files ».
D'abord, les règles narratives et scénaristiques jusque-là propres aux feuilletons explosent littéralement avec la série de Chris Carter, qui fait entrer la fiction télévisée dans la modernité.
Celle-ci multiplie en effet les ellipses et les flash-back, imposant par là même un tout nouveau rapport à la chronologie, qu'on ne trouvait guère alors qu'au cinéma ou dans quelques rares
pépites télévisées comme « Twin Peaks ». L'innovation « X-files » est d'ailleurs bien là : chaque semaine, les créateurs de la série relèvent l'étonnante gageure de tourner un véritable film, au
scénario complexe et surprenant, à la réalisation soignée et signifiante, à l'ambiance très particulière et travaillée (une identité propre à la série se dégage des couleurs, des décors et autres
effets visuels employés) et à la distribution bien souvent impeccable.
La série se permet également toutes les audaces : une intrigue principale (la fameuse "mythologie") complexe et trouble dans laquelle le spectateur peut très vite se perdre, des personnages qui
disparaissent puis reviennent au bout de 3 ou 5 saisons, des épisodes entiers construits en flash-back, d'autres épisodes parfois sans les personnages principaux et pourtant tout aussi
passionnants, ou encore des épisodes totalement loufoques et parodiques qui demeurent pourtant parfaitement dans le "ton" de la série (on se souviendra notamment éternellement du « Seigneur du
Magma » dans la saison 3).
De nombreux clins d'œil parcourent en outre les épisodes, que ce soit des références d'une saison à l'autre ou des hommages et autres pastiches à une multitude de choses : la société, la
littérature, le cinéma, voire d'autres séries... Les thèmes exploités par de nombreux épisodes du feuilleton affirment encore plus fortement son côté précurseur : le clonage humain (avant même
que la petite Dolly ne vienne au monde !), le syndrome de la guerre du Golfe (dès 1993-1994 !), la recherche génétique, les nanotechnologies...
Bref ! Le monde des séries a été bouleversé par « The X-files » et la plupart des séries que nous regardons aujourd'hui en descendent très directement, essentiellement dans cette nouvelle façon
de raconter et de mettre en scène les histoires à la télévision qu'elle a su (ré)inventer...
(A suivre...)
The X-files, retour sur une série culte :
X-files : Aux frontières du réel
créée par Chris Carter
(Etats-Unis, 1993-2002)
[Panorama en 5 épisodes de la série culte des années 90]
1. Une série accidentelle
Dès son origine, la série « X-files » (« Aux frontières du réel » lors des premières diffusions françaises) relève de l'exception. Effectivement, sa conception même, de sa mise en route à sa
production, possède des éléments quasiment mythiques, à l'image de ce que deviendra très vite le feuilleton...
A la base, la série, sortie de l'imaginaire d'un seul homme : Chris Carter, n'aurait bien sûr jamais dû exister. Lorsqu'il présente son projet de fiction "pour faire peur aux gens avec prise
permanente sur la réalité", Carter, qui vient de sortir traumatisé de chez Disney, n'affronte que le scepticisme des responsables de la Fox. Il obtient quand même l'accord pour produire un
"pilote", sur lequel il aura le champ libre (avec un budget moyen) et qui convaincra de lancer la série. La même année, la chaîne Fox mise tout sur une série désormais oubliée, « Brisco County »,
mêlant western et science-fiction, qui sera bien entendu un flop...
Pendant ce temps, Carter peut produire en toute tranquillité la première saison des « X-files », faisant fi des recommandations de la Fox, qui souhaitait notamment que ses personnages aient une
vie sexuelle. Contraint de tourner des scènes de Scully avec son petit copain du moment, il les fait allègrement sauter lors du "final cut" avant diffusion des épisodes. La série y gagne ainsi en
efficacité et surtout en identité, l'asexualité apparente des personnages au long de la série ajoutant bien sûr à la tension sexuelle discrète et fondamentale qui unit Mulder et Scully,
véritables amants au fruit jamais consommé... jusqu'à la saison 7, annonçant d'ailleurs le début de la fin, soit dit en passant !
Avec des budgets plutôt limités pour le format (durant les deux premières saisons tout du moins), Carter réussi une série d'une qualité inégalée encore aujourd'hui, grâce à diverses astuces qui
dénotent une profonde volonté de produire quelque chose de neuf et de créatif. Ainsi, le tournage est délocalisé à Vancouver dans le but de faire plus que ce qui aurait été possible à Los
Angeles, les effets spéciaux sont parfois créés à partir de rien mais toujours redoutablement efficaces, le tout rendu possible par une équipe inventive et déterminée.
A la fin de la première saison, les scores d'audience sont corrects mais sans plus. Selon les critères actuelles de la Fox, la série n'aurait pas été reconduite. Mais à l'époque, il fallait bien
remplir les cases encore vides de la grille de programmes et une seconde saison est commandée. Si une troisième suivra, c'est seulement grâce à l'engouement du public européen, où le feuilleton
est déjà largement diffusé ! La série n’explosera vraiment aux Etats-Unis qu'à partir de la troisième saison, devenant alors LA série phare de la chaîne.
« X-files » est ainsi souvent le fruit de décisions presque "accidentelles". Il est intéressant d'évoquer aussi la naissance du thème musical principal du feuilleton, résultant d'une mauvaise
manipulation du compositeur Marc Snow, laissant retomber par inadvertance ses coudes sur son clavier. Les fondements même de la "mythologie" au sein du feuilleton, au début le la deuxième saison,
ont également été rendus possibles "par accident", grâce la grossesse imprévue de Gillian Anderson (l'interprète de l'agent Scully) : au lieu de suivre les conseils de la Fox, qui voulaient
remplacer l'actrice par une autre (mon Dieu !), Carter décide de faire subir au personnage un enlèvement, dont les répercussions parcourront l'ensemble de la série, impliquant par la même
occasion Scully dans la quête jusque-là propre à Mulder... A noter que l'actrice Gillian Anderson a difficilement été imposée par Chris Carter, les responsables de la Fox souhaitant quelqu'un de
plus sexy, plus grand, plus blond... on a forcément du mal à imaginer le résultat qu'il en serait sorti.
(A suivre...)
The X-files, retour sur une série culte :
Adapté d’un roman de Jonas Gardell, « Don't Ever Wipe Tears Without Gloves » (« Torka aldrig tårar utan handskar » dans la langue de Bergman) est une mini-série suédoise composée de trois
épisodes d’une heure environ. C’est aussi un pur émerveillement, tant la fougue qui innerve d’un bout à l’autre le feuilleton vous prend aux tripes et vous emporte dans des océans d’émotions
fortes, traversées autant de rires que de larmes… Si les « années Sida » vécues par la communauté gay – au sein de laquelle ont été dénombrées les premières victimes – ont déjà été portées à
l’écran, qu’il soit grand (« Les nuits fauves », « Les témoins »…) ou petit («
Nés en 68 »…), les voir situées dans le Stockholm des années 80
a quelque chose de frais et d’inédit ! On suit ainsi le terrible destin de Rasmus qui quitte sa province natale pour venir faire ses études dans la capitale, mais surtout pour vivre enfin
pleinement sa sexualité, dans une communauté homosexuelle de plus en plus libérée… Il fera la connaissance d’un groupe d’amis haut en couleurs et tombera amoureux de Benjamin, avec qui il vivra
sa plus belle histoire d’amour, jusqu’à ce que la maladie ne s’en mêle…
Si l’intrigue se resserre autour de l’histoire tragique et émouvante de Benjamin et Rasmus, les autres personnages ne sont pas en reste : toujours très bien écrit et caractérisé, chacun sait nous
toucher à sa façon, ce qui rend justement cette série éminemment
bouleversante ! Notre rapport aux personnages se crée ainsi assez naturellement, presque comme une évidence, et l’on passe par mille sentiments en leur compagnie, partageant leurs bonheurs et
leurs peines. La série aurait pu commencer joyeusement en décrivant la libération des mœurs des homosexuels et s’achever dans le tragique pur en s’appesantissant sur les nombreux morts emportés
par le virus du Sida, mais par un vrai petit miracle elle sait au contraire maintenir un équilibre funambulesque entre le rire et les drames, jusqu’à mêler les deux, notamment dans un enterrement
final tout bonnement incroyable… On peut prendre aussi pour exemple la visite de Benjamin, le témoin de Jéhovah introverti, à Paul, le gay exubérant : alors que le premier venait pour offrir la
révélation de Dieu au second, c’est ce dernier qui « révèle » au premier qu’il est homosexuel, rendant le passage tour à tour hilarant, à travers la situation incongrue, puis bouleversant, devant
la prise de conscience soudaine de Benjamin…
« Don't Ever Wipe Tears Without Gloves » sait aussi ne pas se cantonner au seul sujet qu’il prétend décrire – l’épidémie du Sida dans le Stockholm des années 80 – pour proposer des thématiques
bien plus larges et capables de toucher tous les publics : le rapport à la famille ou à la religion, plus encore lorsque l’on est différent et parfois rejeté par ses proches, est traité avec une
belle subtilité et parfois avec une cruauté terrible ! Demeurant toujours immensément généreux et
humain, le feuilleton traite bien sûr avec tact le rapport à la maladie : le rapport aux autres lorsque l’on se sait malade, le rapport des autres face aux malades (qui explique notamment la
dureté du titre, que l’on peut traduire par « n’essuie pas les larmes – sous entendu des personnes contaminées – sans gants » – autrement dit sans te protéger), ou encore des choses moins
évoquées habituellement comme la tentation du suicide… Loin de tous les clichés, certaines séquences lancent même comme des échos aux problématiques plus contemporaines : lorsque Rasmus meurt et
que ses parents veulent organiser l’enterrement sans l’avis pourtant le plus légitime de Benjamin, son amant, on comprend pourquoi la législation – comme au hasard le mariage pour tous – demeure
une nécessité absolue pour régler des situations très concrètes…
Si la beauté et la grâce qui traversent cette série magistrale doivent beaucoup à la force et au magnétisme de leurs superbes interprètes – Adam Lundgren et Adam Pålsson forment un couple tout en
charme et en douceur –, on pense aussi à la puissance d’une mise en scène plutôt futée et soignée. Si elle connaît quelques menues maladresses, sa dramaturgie éclatée, mêlant l’enfance et
l’avenir au présent des personnages, reste sa signature la plus visible et affirme un peu plus l’anticonformisme plein de ferveur de cette œuvre originale et sincère !
Présentée à la dernière édition du festival "Séries Mania" au Forum des images, la série y a obtenu le Prix du
public !
Et si les morts revenaient soudainement à la vie, sans explications précises et surtout sans avoir conscience d’être mort ? Comme par miracle, en somme… C’est le présupposé de la série du
cinéaste Fabrice Gobert, révélé par l’excellent « Simon Werner a disparu
» en 2010. Mais contrairement aux visions toutes américaines de morts-vivants aux chairs décomposées et n’ayant que l’envie de bouffer leurs congénères encore vivants dans un monde
post-apocalyptique, les ressuscités de Gobert ressemblent plus au film du même nom signé Robin Campillo en 2004 et dont la série s’inspire justement… Ici, les morts sont revenus à la vie dans
l’état exact où ils étaient avant de mourir, ayant gardé l’âge qu’ils avaient même s’ils sont morts depuis dix ans et possédant surtout toutes leurs capacités cognitives, même s’ils n’ont aucun
souvenir de ce qui leur est arrivé au cours de leur « absence » : ils essaient alors tant bien que mal de reprendre le cours de leurs existences, même si les vivants, eux, ont bien souvent
continué à vivre et se retrouvent bien embarrassés face à ces « revenants » qu’ils avaient transformé en simples souvenirs…
Car en effet, « Les revenants » interrogent avec une intense acuité les rapports que les vivants entretiennent avec leurs morts. Confrontés au retour des défunts, ceux qui sont restés doivent
alors revenir sur leur souvent difficile travail de deuil et trouver alors quelle réaction avoir devant ce retour inattendu… Si une mère ne peut qu’accueillir à bras ouverts sa petite fille morte
dans un accident de bus, qu’en est-il de sa sœur jumelle, qui devra de nouveau partager son foyer avec ce double d’elle-même qui n’a pas grandi ? Comment une femme remariée doit répondre au
retour de son fiancé tant aimé, qui s’est suicidé le jour même de ses noces ? A travers diverses situations intenables, Fabrice Gobert passe en revue les réactions que l’on pourrait avoir devant
ces évènements impossibles : se suicider ou vouloir tuer l’autre, ne pas croire en ce retour ou lui vouer au contraire une foi inébranlable… autant de comportements psychologiques qui montrent la
multiplicité de l’humanité. Emotionnellement, la série sait se montrer forte et pertinente, rendant vraiment chaque épisode passionnant à suivre…
Si le dernier des huit épisodes qui composent cette première saison de la série procède à une accélération de l’histoire, semblant faire prendre un peu artificiellement une tournure étonnante à
l’ensemble pour le dramatiser plus encore (mais en était-il besoin ?), on demeure sous le charme de cette série réellement novatrice à la télévision française. Et même si on a un peu peur que les
nombreuses questions posées peinent à l’avenir à trouver des réponses satisfaisantes, elles n’en donnent pas moins son rythme à un scénario fascinant et hypnotique…
Mais ce qui rend l’ensemble si fascinant, plus encore peut-être que l’écriture intelligente de la série (maniant habilement les ellipses et les flash-back), demeure probablement sa mise en scène
incroyablement belle et virtuose… S’inspirant des atmosphères lynchiennes à la « Twin Peaks » (la présence d’un « American Diner » au beau milieu de ces montagnes françaises semblent d'ailleurs
un hommage évident au feuilleton américain), Fabrice Gobert réussit à conférer à sa série une ambiance pleine de mystères, alternant images douces et cotonneuses et contextes parfois plus froids
et crus, appuyée en outre par un casting impeccable : Anne Consigny, Clotilde Hesme, Guillaume Gouix, etc… Mouvements de caméra superbement fluides, cadrages hyper méticuleux, décors naturels
parfaitement exploités, montage intrigant, hors champs parfaitement calculés (même s’ils pallient probablement à un budget insuffisant pour mettre en scène certaines séquences chocs) : on demeure
admiratifs devant l’intelligence d’une réalisation qui nous fait croire à une histoire fantastique, dont l’ambition demeure des plus réjouissantes dans la création de genre à la française !
Perspective :
- Simon Werner a disparu… de Fabrice Gobert
Saison 1 disponible en DVD et Blu-Ray chez 20th Century Fox
Si l’horreur de qualité a eu plutôt tendance à déserter les salles de cinéma ces dernières années, force est de constater qu’elle commence à gagner du terrain à la télévision. Certes, les
programmes sont tous diffusés sur des chaînes du câble, visant une audience modeste et un public de niche, n’empêche que leur succès est réconfortant, d’autant qu’il s’agit généralement de séries
soignées et originales : « Masters of horror », « True Blood », « The Walking
Dead »… et aujourd’hui « American Horror Story », dont la première saison sort justement en DVD en France, nous donnant ainsi l’occasion de nous y intéresser plus avant !
Imaginée par les créateurs de « Nip/Tuck » ou « Glee »,
attendez-vous à être vraiment surpris par « American Horror Story », autant par sa qualité visuelle impeccable que pour son histoire sombre, addictive et vraiment novatrice ! Soyez ainsi prêt à
l’inattendu et à des choses rarement montrées sur le petit écran… La série ose notamment construire un vrai climat d’horreur, malsain et inconfortable, où se mêlent tout autant le gore qu’un
érotisme diffus et souvent pervers !
Admirablement portée par des effets spéciaux vertigineux et une mise en scène proprement virtuose, très souvent digne du cinéma, la première saison d’« American Horror Story » nous enferme pour
douze épisodes frénétiques dans une maison de caractère spacieuse, remplie de fantômes et d’esprits que l’on découvrira au fur et à mesure, hantant toutes les pièces de la demeure, avec une
prédilection bien sûr pour les recoins sombres, tel qu’un cave ou un grenier… Mais loin de s’en tenir aux clichés les plus éculés sur les maisons hantées, d’un plancher qui craque à des murs qui
saignent façon « Poltergeist » ou « Amityville », les créateurs de cette série fascinantes prennent soin de renouveler complètement les règles du genre !
La surprise la plus déstabilisante vient peut-être des apparitions des fantômes, qui possèdent une telle matérialité qu’on ne sait jamais s’ils appartiennent au monde des morts ou à celui des
vivants. De cette ambiguïté naît justement tout le caractère intrigant et insaisissable de la série… Même si sa force provient aussi de son accumulation d’intrigues et de drames, qui se nouent
dans un épisode tout en perdurant encore et encore dans les suivants, participant à une stratification incessante des scénarios, emboîtant façon « gigogne » tout un tas d’histoire avec une
habileté et une subtilité assez rare, surtout à la télévision !
La complexité narrative de la série, joliment maîtrisée, se permet en outre tout un tas d’audaces assez folles, notamment dans les allées et venues entre le passé et le présent, rendant la série
diablement excitante : il faut dire que l’intrigue couvre près d’un siècle de la vie de la maison, avec son lot de meurtres en pagailles et de revenants n’ayant pour le coup jamais quitté les
lieux jusqu’à aujourd’hui… Mais ces récits proliférant sont amenés avec une intelligence assez fine tout au long de la saison, créant bien sûr des rebondissements saisissants et haletants (le
principe même d’une série télé !), mais donnant en sus l’occasion d’une énumération d’horreurs qui réjouira avec vigueur tous les fans du genre : mensonges, trahisons, adultères, avortements,
suicides, meurtres par balles, à l’arme blanche, à la pelle, par noyade… que sais-je encore ? Et entre un corps coupé en deux et une pendaison, il y a bien sûr la présence de cet homme couvert de
latex, mystérieuse et inquiétante allégorie des pulsions humaines, ajoutant du malaise au malaise et de l’inconfort à l’inconfort… Un climat psychanalytique s’installe ainsi entre les séances de
thérapie que le père de la famille venant d’emménager dans la maison offre à ses patients : mais lui-même piégé par ses désirs et plutôt impulsif, on se demande vite qui est le plus malade entre
le docteur et ceux qu’il traite…
Renouvelant ainsi avec conviction le mythe des maisons hantées, « American Horror Story » s’érige en série éminemment excitante et déterminante dans le domaine de la création télévisuelle ! Elle
se paie même le luxe d’un casting trois étoiles, parmi lequel on prend plaisir à retrouver Frances Conroy (la Ruth Fischer de « Six Feet Under ») dans le rôle d’une vieille
gouvernante qui devient jeune et sexy quand un homme concupiscent pose le regard sur elle, ou encore Jessica Lange dans le rôle d’une voisine complètement tarée, ancienne résidente de « la maison
des meurtres »…
La première saison se conclut sur une fin ouverte mais cohérente (avec en prime un hommage à « Rosemary’s baby »), même si un sentiment de frustration pourra venir d’une saison
deux (dont la diffusion a commencé aux Etats-Unis) qui délaisse complètement le décor et les personnages de cette maison hantée pour s’intéresser à une toute autre histoire… d’horreur, bien
évidemment !
Bonus DVD : outre ses douze épisodes démentiels, le coffret de la saison 1 comprend le commentaire audio de l’épisode pilote par Ryan Murphy,
un making of instructif de la série, un documentaire où les acteurs parlent de leurs personnages, un autre sur la conception du générique (qui fait d’ailleurs son petit effet !) et une visite
clin d’œil de la maison (et de ses fantômes) par un groupe de touristes en manque de sensations fortes… Complet et intéressant !
Saison 1 disponible en DVD chez Sony
« The Big C » désigne le mot « cancer », qui va bouleverser l’existence de Cathy Jamison, femme de 40 ans qui apprend qu’elle souffre d’un mélanome de stade 4 et qu’elle n’en a du coup plus pour
très longtemps à vivre… Refusant le traitement qui l’épuiserait sans espoir de guérison, elle remet toute sa vie en cause, change de comportement, profite du moment présent, faisant du coup
s’interroger son proche entourage sur ce changement de personnalité, d’autant que Cathy ne parvient pas à leur annoncer sa maladie…
Le personnage de cette femme est vraiment intelligemment traité tout au long de la première saison de « The Big C », qui la montre tantôt fragile ou bouleversée, tantôt euphorique et décomplexée,
toujours prête à mordre la vie à pleines dents pour profiter du temps qu’il lui reste à vivre ! C’est justement son dynamisme et sa fantaisie qui porte toute la série avec conviction, d’autant
plus que le personnage est incarné par une actrice vivante, espiègle et joliment naturelle : Laura Linney… Sa force dramatique nous permet de nous attacher à Cathy en un clin d’œil et à vibrer
bien volontiers avec elle au fil des épisodes, que l’on trouve toujours bien trop courts… Il faut dire que la série est construite sur le format d’une sitcom de 22 minutes, ce qui limite
forcément le moindre ralentissement.
Mais ce qui se révèle le plus incroyable dans « The Big C », c’est cette faculté à nous divertir et à nous faire rire avec un sujet aussi grave… Grâce aux perspectives bien souvent décalées que
se donne Cathy sur cette nouvelle (courte) vie qui commence pour elle, le ton flirte constamment avec la comédie : et même si l’on rit parfois un peu jaune, l’humour se révélant souvent assez
noir et grinçant lorsque la maladie se rappelle à notre bon souvenir, cette atmosphère carrément décomplexée permet vraiment à la série de briller au-dessus du lot, en imposant finalement une
certaine audace…
On est en outre profondément touché par la tragédie de Cathy, surtout qu’elle passe quasiment toute cette première saison à se débattre seule avec le cancer… Son impossibilité de l’annoncer à son
mari (avec qui elle est temporairement séparée) ou à son fils (dans une phase de rejet parental) finit même par créer un effet comique de répétition, puisqu’à chaque fois qu’elle est sur le point
de parler, un élément l’empêche malencontreusement… D’autres personnages hauts en couleurs l’entourent également, qu’il s’agisse de son frère, véritable « clochard volontaire » agissant pour la
préservation de l’environnement, ou de sa voisine d’en face, vieille peau qui se révèlera bien plus humaine d’épisode en épisode…
En traitant finalement une véritable tragédie dans la vie d’une femme avec un constant décalage provoquant parfois une tonalité comique farfelue, « The Big C » parvient à rendre la perspective de
mourir comme une chance inouïe de profiter enfin du monde et des gens qui nous entourent ! On rit souvent, mais on demeure aussi ému devant un traitement humain et réaliste du drame… A l’instar
de l’une des plus belles séries de tous les temps, « Six Feet Under », cette série vraiment originale
évoque en fin de compte la mort pour mieux nous parler de la vie… ce qui la rend pour ainsi dire à la fois belle, précieuse et puissante !
Bonus DVD
Disséminées sur les trois DVD qui composent la première saison de la série, plusieurs featurettes permettent d’accéder à un bêtisier, à un mini-documentaire sur les personnages et à des
entretiens avec les différents acteurs.
[Film chroniqué en échange d'un DVD]
Quoi de neuf docteur ? (Growing
Pains)
créée par Neal Marlens
(Etats-Unis, 1985-1992)
Note :
Je me souviens de l’heure du goûter en revenant du collège à l’aube des années 90, à regarder tantôt « la première chaîne », tantôt Antenne 2, à manger des pim’s devant le « Club des ratés » ou
des chocos « tout choco » devant « Giga » ou l’une des nombreuses autres émissions concurrentes contre l’invincible Dorothée qu’avait pu lancer le service public en ce temps-là… Parmi les
nombreuses séries que l’on pouvait trouver à cette heure-ci dans ces programmes pour jeunes ados vintages (enfin « vintages » aujourd’hui, pas à l’époque, hein… on était même top tendance alors
!), l’une d’entre elle retenait toute ma maigre capacité d’attention et m’astreignait à une ponctualité sans failles devant ma télé lorsqu’elle était programmée : il s’agissait de « Quoi de neuf
docteur ? »
C’est en tombant sur le coffret à tout petit prix de la première saison que je me suis replongé avec plaisir dans cette série culte (en tout cas pour moi…), véritable petite madeleine proustienne
de ma folle jeunesse où la télé était ma seule amie… (oui, maintenant, c’est le cinéma : j’ai grandi, du coup c’est normal que mon seul ami soit plus grand aussi…) Ce fut d’ailleurs une vraie
joie de constater que je ne m’étais pas trompé à l’époque, puisque la série a plutôt bien vieillie et qu’elle demeure tout à fait plaisante et divertissante encore aujourd’hui… à moins que ce ne soit l’effet d’une
nostalgie passéiste à la « c’était quand même rudement mieux avant, les programmes qu’on regardait quand on était petit », qui me monte soudainement au cerveau ?
Mais qu’est-ce que c’est que « Quoi de neuf docteur ? », finirez-vous par me demander d’un ton pressant, vous qui avez peut-être oublié cette merveille ou qui ne l’avez peut-être même pas connu,
tant je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaîîîître… Eh bien il s’agit de ce que l’on appelait en ces temps immémoriaux d’une « sitcom » (l’ancêtre de la
télé-réalité, si l’on veut, sauf que ça n’a absolument rien à voir !), dans laquelle on assistait aux mésaventures quotidiennes truculentes de la famille Seaver, avec le père psychiatre à
domicile, la mère ayant repris depuis peu son métier de journaliste, et leurs trois enfants sans quoi tout ça manquerait cruellement de vie : Mike l’affreux, Carole l’intello et le jeune Ben…
Au gré des épisodes, le feuilleton nous délivre avec un humour franc et sincère de véritables tranches de vie, aux situations plutôt simples et souvent assez réalistes… Les personnages étant
parfaitement caractérisés et ne se limitant pas à une psychologie de surface, il se dégage la plupart du temps une vraie émotion de ces petites situations de la vie quotidienne, qui peuvent tout
aussi bien être drôles ou plus graves, évoquant parfois la mort avec une belle finesse… Et si la famille Seaver respire globalement l’amour et la complicité malgré ses multiples chamailleries, le
ton n’en est pas pour autant niaiseux ou glorifiant une image de la famille parfaite ! Bien au contraire, on se prend même à s’attacher à chacun des personnages, justement parce qu’ils sont bien
plus complexes et profonds que ce qu’ils semblent a priori…
Mais si cette famille nous paraît aussi « vraie » et proche, c’est probablement aussi parce qu’elle bénéficie d’un casting judicieusement trouvé… Entre l’espièglerie du jeune premier Kirk Cameron
(incarnant l’aîné Mike) et l’humour pince-sans-rire d’Alan Thicke (le psychanalyste de père), le potentiel de comédie humaine des acteurs relève parfois de la pure magie ! Au fil de la série qui
comptera sept saisons, c’est un pur bonheur, tendre et complice, que de voir grandir les acteurs et leurs personnages, dont le cercle s’élargira d’ailleurs au fur et à mesure, avec un nouvel
enfant en cours de route et même l’apparition (et révélation !) d’un certain Leonardo DiCaprio dans les derniers épisodes… ça vous dit quelque chose ?
Reste que mon petit plaisir vintage ne pouvait durer qu’une saison, seule les 22 premiers épisodes ayant été édités en DVD pour le moment, laissant les 144 suivants doucement dériver dans nos
oublieuses mémoires… mais qu’attendent les éditeurs vidéos ou la TNT pour sortir de l’ombre cette série injustement abandonnée dans les années 90 et désespérément introuvable depuis ?!
Glee, série créée par Ryan Murphy, Brad Falchuk et Ian Brennan (Etats-Unis, 2009-****)
Note :
Sans s’en vanter ouvertement, « Glee » est probablement la série la plus « gay » du moment à la télévision… Mais fini les séries explicitement estampillées « LGBT » que l’on pouvait voir fleurir
à l’orée miraculeuse des années 2000 (« Queer as folk », « L word », « Will & Grace », etc.), « Glee » nous fait entrer dans l’ère du « méta-gay » : plus codé que pleinement assumé, l’univers
hyper coloré de la série prêche une sensibilité homosexuelle qui devrait permettre aux spectateurs hétéro-centrés de ne pas se sentir heurtés, quand ce n’est pas de tout simplement passer à côté
de thématiques pourtant audacieusement tendancieuses… Mais la subtile allusion ne permet-elle pas de tout faire passer auprès des âmes les plus rustres ? M’enfin encore faudrait-il que ces « âmes
les plus rustres » se mettent devant leur écran pour regarder « Glee », ce qui n’a rien de vraiment évident en soi…
Alors bien sûr, il y a un personnage ouvertement homo dans « Glee » : il s’agit du jeune Kurt, qui se situerait quelque part entre la « Drama Queen » total lookée (toujours selon les dernières
tendances de la mode, cela va de soi !) et le garçon sensible que l’on pourrait prendre dans ses bras lorsqu’on le sent défaillir devant la cruauté infatigable du monde, malgré sa capacité à
assumer pleinement qui il est ! Mais la « gaytitude » d’une série ne peut pas venir que d’un seul et unique personnage : elle demeure ici plus diffuse, presque sournoise et arcanique, à travers
des personnages qui se « révèlent » en cours de route (deux pom-pom girls qui jouent à broute-minou entre deux tours de chant, une brute épaisse de l’équipe de foot, excessivement homophobe
justement parce qu’homosexuel frustré), d’autres personnages plus subtilement « sensibles » (des « hétéros métro » qui prêtent une attention toute particulière à leur apparence, la coach des
pom-pom girls à la cruauté mythique et aux allures de pur mec hétéro, avec son éternel survêt’ sur le dos) ou même des décors et des ambiances typiquement « arc en ciel » ! Sans compter bien sûr
que l’on est dans une « série musicale », avec des personnages qui chantent et qui dansent, chorégraphies légères ou survoltées garanties à chaque épisode… On ne schématisera pas la teneur d’un
public passionné par les comédies musicales, mais un feuilleton où l’on consacre des shows tout entiers à Madonna, à Lady Gaga ou au « Rocky horror picture show » reste tout de même sacrément connoté !
Côté intrigue, « Glee » ne fait pourtant pas de miracles : elle s’apparente à la série pour ados assez traditionnelle et banale, avec ses petits chassés-croisés amoureux entre les personnages
principaux et son traitement de diverses préoccupations propres à la jeunesse (amour, drogue, alcool, préservatif et rock’n’roll… entre autre !) Là où elle innove peut-être, c’est dans sa mise en
avant de purs marginaux en lieu et place de « héros » : on suit en effet le quotidien des membres du « Glee club », la chorale has-been et ringarde du lycée, véritable repère des loosers et des
bras cassés de l’école, parmi lesquels une black obèse, une blonde idiote, un handicapé en fauteuil roulant… etc. Mais le décalage qu’il existe entre les sujets que la série exploite et la façon
dont elle les traite marque bien plus encore toute son originalité et son intérêt… Chaque personnage ou chaque situation de la série paraît tellement outrageusement stéréotypé que ça en devient
extraordinairement drôle ! La caricature et l’excès permanent de la mise en scène propre à la série en font un divertissement ludique et parodique, dont les tendances loufoques et hystériques
rendent le tout joyeusement convivial… On est hilare devant l’absurde de certains rebondissements, où l’on voit le beau gosse tomber fou amoureux de la grosse moche qui du coup abuse de ses
ardeurs ou lorsque la conseillère d’orientation, chargée d’être un modèle pour les jeunes, se retrouvent surpassée par ses innombrables TOCs… Pourtant, les personnages de la série se révèlent
paradoxalement bien plus profonds que les archétypes qu’ils incarnent : leur simplicité, leur fraîcheur, probablement liée aux acteurs qui les jouent, les rend alors bien souvent savoureux et
attachants…
Dans une série musicale, les séquences de numéros chantés s’avèrent bien entendu l’un des éléments les plus déterminants du show… Dans « Glee », la façon dont ces scènes sont interprétées ou
mises en scènes se révèle assez aléatoire et inégale. Si le choix des chansons, bien souvent issu de la variété mainstream sirupeuse, peut parfois décevoir, leur insertion dans la narration se
révèle malheureusement assez artificielle ou ennuyeuse à de nombreuses reprises… Mais lorsque c’est réussi, on peut jubiler encore longtemps après que l’épisode se soit terminé ! Les numéros les
plus réussis sont d’ailleurs la plupart du temps ceux qui sont improvisés dans la « vraie vie », c'est-à-dire en-dehors des planches et des devoirs propres aux cours qu’ils ont au « Glee club ».
Si ces numéros sont plus rares que les autres, ils font néanmoins tout le sel et le bonheur de cette plaisante comédie musicale télévisée, que l’on regarde à chaque fois avec beaucoup de plaisir,
malgré son manque de rigueur qui lui donne finalement un air charmant de joyeux bordel improvisé !
Borgia, série créée par Tom Fontana (France, 2011)
Note :
Quand un producteur (ou un distributeur, diffuseur, tout ce que vous voulez…) doute du programme audiovisuel qu’il est censé vendre au public, il va alors tout tenter pour se mettre la critique
(voire parfois une partie du public) dans la poche, quitte pour cela à commettre des dépenses folles dans des supports promotionnels insensés ou des soirées thématiques un peu débiles, ce que
l’on nomme des « évènementiels » quand on veut un peu se la jouer… Et généralement plus il doute, plus il va mettre le paquet !
Il se trouve que j’ai justement été invité ces jours-ci par Canal + (via une agence de com, cela va sans dire !) à découvrir « l’événement de la rentrée » sur la chaîne cryptée, le tout dans un
lieu tenu secret jusqu’à la dernière minute, et où l’on m’emmènera en taxi… Environ 50 euros au compteur plus tard (c’est là que l’on voit que les compagnies de taxi se servent bien quand elles
travaillent avec une société, le taxi du retour démarrera d’ailleurs sa course à 12 euros !), j’arrive au lieu dit et on m’annonce après tous ces mystères un peu vains que je vais assister à la
projection des deux premiers épisodes de « Borgia », qui sera diffuser à partir d’octobre… Bon, pourquoi pas, allons-y, me dis-je, me demandant toujours pourquoi on m’avait invité alors que mon
sujet favori tourne plutôt autour du grand écran… et d’autant plus que tous les autres blogueurs invités écrivaient plutôt sur les séries, l’univers geek ou évènementiel, justement.
Sauf qu’avant la projo, il a fallu quand même passer par une sorte de buffet réception, avec champagne et petits fours certes (ça, c’est toujours bon à prendre !), mais surtout avec une mise en
scène kitsch et outrée à mort, qui faisait un brin « too much » : comité d’accueil habillé en curés ou en nonnes sexy, décorum religieux en carton pâte, bougies dégoulinantes de cire un peu
partout, écrans plasma et gadgets technologiques ludiques mais surtout plein de vanité… Après la dégustation d’une hostie en chocolat blanc (nettement meilleur que le pain azyme), il était enfin
possible d’accéder à la salle de projection, où l’on m’apprit cependant que l’on m’avait filmé à l’insu de mon plein gré pendant mon voyage en taxi, pour voir ma réaction devant un appareil photo
plein de clichés douteux abandonné sur mon siège que jamais je ne trouvai… Si la salle avait l’air plutôt joyeuse, dans l’ensemble, de s’être ainsi faite piégée et manipulée, je commençais à
trouver l’atmosphère de cette absurde mise en scène assez pesante et pénible, sans compter que le procédé de filmer les gens à leur insu me paraissait douteux et intrusif : une terrible atteinte
à mon intégrité venait d’être franchie… Sans compter que l’utilisation de ces images reste encore incertaine.
A l’issue de la projection, un sac plein de cadeaux nous attendait encore : un beau (et gros) livre sur le travail de David Lachapelle (un cadeau de moins à acheter pour Noël !), le dossier de
presse sur papier glacé très épais et rangé dans une boîte classieuse (quand des films magistraux me font bien plus d’effet avec un dossier de presse modestement imprimé sur quelques feuilles A4
agrafées les unes aux autres), un carton à fermeture aimantée contenant divers goodies à l’effigie – religieuse – de la série (dont un « chapelet clé USB » qui ne pénètre dans aucun port USB de
mon environnement technologique !) Bref ! Tout un tas d’éléments pour mieux « acheter » l’opinion de leurs « influents » invités, comme ils nous appelaient pour nous caresser dans le sens du
poil… Sauf que ce genre d’afféteries ne marche pas avec Phil Siné, qui ne se laissera jamais corrompre pour vous donner son avis, mes chers et fidèles lecteurs !
Quant à la série « Borgia » en elle-même, je ne sais pas si c’est à cause de tout ce tralala, mais elle m’a paru bien fade au final… Le style y est pompeux, le scénario très bavard et verbeux,
les décors semblent parfois assez cheap (malgré les moyens astronomiques engagés : un comble !), le casting n’est pas des plus glorieux (certains acteurs sont même plutôt mauvais, osons le dire
!), la mise en scène manque cruellement d’audace et suit un schéma très plan-plan et « télévisuel »… Sans compter le vrai problème de l’ensemble, qui est cette volonté purement gratuite de
toujours vouloir être dans la provocation sans jamais y parvenir : ce n’est certainement pas deux ou trois scènes un peu porno chic ou gore qui vont suffire à convaincre un public moderne, qui
aura déjà vu ça mille fois, d’autant plus que ces pseudo provocations n’apportent absolument rien à ce feuilleton infiniment vain et définitivement sans intérêt… et je vous interdis de dire que
je suis de mauvaise foi en disant ça ! « N’ayez pas foi en eux », comme l’annonce le slogan de la série à propos des Borgia, mais ayez un peu foi en moi !
The Walking Dead, série créée par Frank Darabont (Etats-Unis, 2010-****)
Sortie en DVD et Blu-Ray le 5 juillet 2011 chez E-One / Aventi
Note :
Un policier traverse des paysages dévastés et une casse automobile aux allures de cimetière à la recherche d’essence, puis tombe devant une fillette au visage en décomposition, qu’il finit par
tuer d’une balle dans la tête… Ainsi commence la première saison de « The Walking Dead », l’une des séries les plus audacieuses et révolutionnaires de l’année : soit dans le vif du sujet !
Flash-Back juste après un générique à la musique et aux images d’apocalypse joliment inquiétantes : Rick Grimes, l’adjoint au shérif d’une petite ville de Georgie, sombre dans le coma après une
fusillade au cours d’une arrestation musclée… Quand il se réveille, il se retrouve seul dans un hôpital et découvre progressivement que le monde a radicalement changé : désormais, ce sont les
morts qui font la loi !
L’originalité de la série vient ainsi d’abord de sa construction dramatique : on comprend en même temps que le personnage principal les nouveaux enjeux d’un monde post-apocalyptique, sans foi ni
lois, dans lequel des hordes de zombies peuvent venir vous dévorer à tout instant… Mais les survivants ne se font pas non plus toujours de cadeaux entre eux ! Retrouvant bientôt sa femme et son
fils au sein d’un groupe qui tâche de survivre du mieux qu’il peut, Rick Grimes offre aussi une perspective inédite dans le traitement des histoires de morts-vivants : là où les films de George
A. Romero, par exemple, offrent depuis les années 60 un court épisode de la survie d’un groupe dans un monde de désolation, « The Walking Dead », de part son concept même de série télé, se permet
le luxe de faire exister ses personnages dans la durée… Même si les morts gouvernent désormais le monde, c’est du côté des vivants que Frank Darabont choisit ainsi de traiter cette aventure,
comme c’est le cas du comic book à succès dont elle est librement adaptée.
Il s’avère passionnant alors de s’attacher à un groupe de personnages réguliers, devant constamment lutter dans un monde devenu hostile et surtout se dépatouiller, voire transiger, avec leurs
restes d’humanité ou de constructions sociales… Si pour la plupart des survivants le monde a changé, certains soutiennent pourtant que non et que c’est toujours la loi du plus fort qui domine,
simplement il règne juste un peu moins d’hypocrisie désormais… De jolies émotions et autres perspectives philosophiques émanent alors de tout ça, avec un précepte majeur qu’un homme intègre et
juste comme Rick Grimes cherche à toujours placer au-dessus de tout : « on ne tue pas les vivants » ! Garder son humanité dans un monde mortifère, voilà l’enjeu qu’il faut à tout prix conserver
devant soi…
Ces personnages, qui incarnent de véritables archétypes auxquels on pourra parfois s’identifier ou qui nous paraîtront tour à tour héroïques ou lâches, émouvants ou inquiétants, durs ou
sensibles, sont par ailleurs tous impeccablement interprétés ! Les trois acteurs de tête, formant un triangle amoureux subtil et chargé, sont extra : Andrew Lincoln dans le rôle du shérif
adjoint, Sarah Wayne Callies dans celui de sa femme et Jon Bernthal dans celui de son ancien collègue et ami, devenu l’amant de sa femme pendant qu’on le pensait mort… On imagine aisément toutes
les tensions et passions que pourront alimenter ces trois-là dans la suite de la série ! Steven Yeun est cool et sympa dans le rôle d’un ancien livreur de pizza débrouillard, Jeffrey DeMunn
parfait en vieux grigou protecteur, et on est très heureux de retrouver la superbe Laurie Holden, que l’on avait tant aimé sous les traits de Marita Covarrubias dans la série « X-files »…
Chapeauté par le démiurge Frank Darabont, on sent la série « The Walking Dead » promise à un grand avenir à la vue des six épisodes hallucinants qui constituent cette première saison. Il faut
dire que son casting et ses créateurs paraissent tous sincèrement impliqués dans le projet et que ses moyens semblent être suffisamment colossaux pour ne rien avoir à envier à une production
cinématographique ! Filmée en extérieurs la plupart du temps, avec des changements de décors réguliers, sur lesquels les plans larges sont d’ailleurs légions, la série expose une qualité de
maquillages et d’effets spéciaux souvent impressionnante… Une vraie gageure pour le petit écran, surtout que la violence qu’exige une fiction horrifique sur les zombies n’est en aucun cas
édulcorée ici : giclées de sang, horde de morts-vivants carnassiers, démembrements de cadavres… rien de tout cela ne vous sera épargné, pour le ravissement des fans du genre !
Bonus DVD :
Une avalanche de bonus émaille déjà le coffret DVD de cette première saison… Outre un making of correct et une analyse de la saison épisode par épisode plutôt intéressante, on retrouve diverses
featurettes d’un intérêt assez aléatoire, quelque part entre clin d’œil humoristique et témoignages persos. On retient notamment une conférence lors d’une convention de fans, des conseils pour se
déguiser en zombie, des « rencontres » avec certains acteurs ou l’auteur de la bande dessinée originale, ou encore un reportage au sein de « l’école des zombies », dans laquelle les figurants
apprennent à marcher et à se comporter comme des morts-vivants « typiques »… Un ensemble plutôt complet, en somme, qui fera bonne figure dans votre vidéothèque !