de Ang Lee
(Etats-Unis, Taiwan, 1993)
★★♥
Hulk (2003)
L’odyssée de Pi (2012)
Didier
d’Alain Chabat
(France, 1996)
[Chronique publiée dans le cadre des "critiques retrouvées" du jeune Pandawan, dont vous trouverez les autres billets via l'index des contributeurs]
Un chien devient un être humain… Pourquoi ? Quelle importance, puisqu’il s’agit avant tout d’une simple idée de cinéma, signée, scénarisée et réalisée par Alain Chabat, pour faire un film super
sympa ! Et d’ailleurs, le tout(ou ?) fonctionne à merveille… La cohérence du scénario pourrait d’ailleurs en étonner certains (ah, les chiens !)
Certes, le film n’est pas un chef-d’œuvre… mais il est fait avec une telle sincérité, un tel amour du spectacle et du spectateur, qu’il en devient très attachant – au moins autant que le très beau labrador qu’incarne en version humaine Le Nul – et atteint parfois un très haut degré de jubilation drolatique…
La « (pa)patte » Nuls, bien que plutôt effacée, demeure en tant que « label » de qualité (y’a donc du bon pour les fans !) et l’histoire, souvent drôle, quelquefois plus émouvante (si si !), ne
lasse pas et prend même un rythme très agréable…
Le casting n’est par ailleurs pas en reste, puisque Jean-Pierre Bacri nous offre un très bel « anti-rôle » de bougon et Alain le Chat(bat) fait « hyper bien » le chien ! Quant à la mise en scène,
bien que très classique, elle s’applique à varier les plaisirs avec originalité et cocasserie (le Bacri-Bouledogue ou l’entraînement de l’équipe de foot avec le « chien-homme » resteront sûrement
dans les annales !)
« C’est bon de rire parfois » et de ne pas trop réfléchir semble au fond clamer ce premier film pas si « bête » du tout, même si le héros en est un chien…
Young Pandawan (mars 1997)
Trois couleurs :
Bleu
de Krzysztof Kieslowski
(Suisse, Pologne, France, 1993)
Premier volet de la trilogie française « Trois couleurs », en référence au drapeau national et à la devise de notre patrie (étrangement imbriqués pour un Bleu liberté, un Blanc égalité et un
Rouge fraternité), « Bleu » suit le parcours de Julie (subtile Juliette Binoche !), qui vient de perdre son mari et sa petite fille dans un accident de voiture. De son renoncement au monde à son
retour à la vie, on constate très vite que Kieslowski prend le contre-pied du « cahier des charges » qu’il s’était pourtant imposé : loin de tout travail attendu ou scolaire sur la « liberté »
censément illustrée ici, le cinéaste impose une complexité assez fine, en dépit de l’apparente simplicité de ses images… En effet, de quelle liberté parle-t-on lorsque l’on pense au personnage de
Julie : être débarrassée de sa « charge » familiale alors que tout semblait pourtant respirer l’amour dans son foyer ? la liberté de refaire sa vie alors qu’elle cherche plutôt à la fuir
désormais ? la liberté d’être désagréable avec les autres ou au contraire de les aider malgré l’injustice que l’on a subi ? la liberté de choix entre la vie et la mort finalement ? Les pistes
demeurent ouvertes et se multiplient à l’envie dans une œuvre fascinante et passionnante, d’une richesse rare et pourtant d’une fluidité presque évidente…
A vrai dire, tout le cinéma de Kieslowski se retrouve condensé dans « Bleu » : c’est finalement par l’économie - de mots, de mouvements, d’effets… - que le cinéaste réussit à en dire le plus !
Comme pour chacun de ses films, on assiste à une véritable leçon de cinéma, jusque dans des « détails » de mise en scène. Le réalisateur a expliqué lui-même la difficulté d’un simple plan : celui
d’un morceau de sucre que le personnage de Julie trempe dans son café avant de le laisser tomber dedans. De longues heures de préparation pour trouver le bon morceau de sucre, qui s’imbibe de
café en 5 secondes, plutôt qu’en 3 ou en 10 : une durée de plan de 10 secondes aurait été trop longue alors que 3 aurait été trop courte ! Il fallait 5 secondes pour faire comprendre au
spectateur ce détail, sur lequel Julie se concentre, comme pour oublier le monde et les êtres qui l’entourent… Son personnage est absent au monde et la mise en scène le montre par tous ces menus
détails : un homme agressé qui vient chercher secours dans son immeuble, une vieille dame qui essaie de porter une bouteille à bout de bras dans le container pour le verre… Julie détourne à
chaque fois le regard, pour mieux ne pas les voir. La vie lui a tout pris, elle ne veut donc plus rien lui donner.
Cela n’est qu’un exemple, quand l’intelligence infinie et la profondeur philosophique discrète du cinéma du réalisateur polonais déborde en réalité de toute part ! Les images sont toujours fortes
et puissantes, de par justement leur dépouillement même : Julie qui va à la piscine pour qu’on ne la voit pas pleurer dans l’eau, un écran de télé qui montre des gens épris de liberté sauter à
l’élastique dans le vide (sauter dans le vide, simuler la mort, pour mieux retrouver goût à la vie ?), Julie qui laisse un chat faire à une famille souris ce que le destin a fait à la sienne pour
ensuite s’en dédouaner sur une voisine qui veut bien nettoyer le carnage à sa place… Au début du film, juste avant l’accident, un jeune homme joue au bilboquet et réussit son coup au moment même
où la voiture se crashe dans un arbre : le bonheur des uns doit-il être équilibré par le malheur des autres ? Il y a aussi tout ce bleu, partout, tout le temps, magnifiquement rendu par une
photographie maîtrisée : le bleu comme le blues, le bleu à l’âme, le bleu des coups que la vie nous donnent… Et puis cette symbolique de la partition inachevée : le mari de Julie était un grand
compositeur et travaillait sur une musique importante… La partition est jetée, puis retrouvée, puis jouée mystérieusement à la flûte par un vagabond, avant d’être complétée par Julie et
l’assistant de son mari… La vie continue, coûte que coûte, pour ceux qui restent.
La confusion des
genres
d’Ilan Duran Cohen
(France, 2000)
C’est la confusion dans la vie sentimentale d’Alain, 40 ans et avocat. Il égrène les aventures, laisse filer les inconnu(e)s dans son lit, et surtout hésite toujours entre filles et garçons,
jeunes ou vieux… bref ! il est indécis en amour… Une collègue à la Cour, amoureuse de lui, déprime à l’idée qu’il ne l’aime pas, mais il lui propose pourtant de l’épouser et d’avoir des enfants,
comme pour lui faire plaisir… Le simulacre de leurs fiançailles, puis de leur mariage, est d’ailleurs à se tordre de rire !
Car oui, « La confusion des genres » est une comédie. Mais pas une comédie comme les autres… Le rire y est varié et surtout subtil. Il est humain, aussi, car la notion de sentiment n’est ici
jamais mise à l’écart… Il possède aussi un certain cynisme, mais un cynisme joyeux, rendu joyeux par la conscience distanciée des personnages sur leurs existences absurdes et dérisoires. Et
quelle galerie de personnages nous propose là Ilan Duran Cohen ! Ils ont tous l’air fous et névrosés, mais finalement tellement proches de la plupart des mortels que nous sommes… Autour d’Alain
vibrionnent ainsi Laurence, qu’il va épouser, mais aussi le jeune Christophe, qu’il a pris sous son aile et avec lequel il va vivre juste après s’être marié avec Laurence. Entre-temps, il aura
été troublé par le beau ténébreux Marc, son client qu’il voit en prison, qui l’incite à aller parler à son ex-fiancée Babette, avec laquelle Alain finira aussi par avoir une aventure… Tout
tourbillonne ainsi dans un fracas d’émotions et dans une circulation alerte et incessante du sentiment amoureux !
La finesse du film s’incarne assez vite dans les dialogues savoureux et plein d’esprit qu’échangent les personnages, et où l’on reconnaît la patte typiquement littéraire d’un cinéaste qui est
aussi un excellent romancier… Leurs conversations nous emportent du rire à la mélancolie, de l’amour à la cruauté, dans une ronde toute romanesque du désir, incarnée par une ribambelle d’acteurs
tous plus beaux et merveilleux les uns que les autres ! Pascal Greggory porte le film avec une aisance qui lui semble si naturelle, quand Nathalie Richard joue le dépit amoureux avec une ironie
touchante… Le craquant Cyrille Thouvenin devient le parfait jeune amant, Julie Gayet se révèle une Babette pleine de surprises et son ex-fiancé taulard est un Vincent Martinez instinctif et
magnétique ! En prison, on y croise même Alain Bashung, dans un rôle tout à fait inattendu…
Mais outre l’humour et l’amour, « La confusion des genres » porte aussi en lui les promesses de belles avancées sociales, vers une société peut-être plus tolérante et ouverte sur la complexité
des êtres… Un homme n’est-il finalement pas une femme comme les autres, et inversement ? Ce mélange des « genres » pose d’ailleurs presque innocemment des questions intrinsèques à la sexualité, à
la notion de couple, à la multiplicité du désir… et même à l’homoparentalité, entre autre, avec cette fin autour d’une mère dépourvue d’instinct maternel, contrairement au jeune amant du père,
qui ne peut résister à prendre l’enfant dans ses bras… Beau, fin, brillant : Ilan Duran Cohen charme et surprend avec fougue et élégance !
Hardware
de Richard Stanley
(Etats-Unis, Grande-Bretagne, 1990)
Extension d’un moyen métrage qu’il a réalisé en amateur (« Incidents in an expanding universe »), « Hardware » permet à Richard Stanley de mettre en scène son premier long métrage (il en
réalisera un second, « Le souffle du démon », puis se contentera de courts-métrages, dont le plus récent se trouve dans le film à sketchs « The Theatre Bizarre »). S’ouvrant sur une citation pas très joyeuse de l’Evangile selon
Saint Marc (« Nulle chair ne sera épargnée »), le film propose une vision très pessimiste du futur, où un couple vit comme il peut, elle dans un appartement hyper sécurisé (notamment contre les
pauvres ou un voisin libidineux), lui en revendant divers objets, qu’on lui ramène notamment de zones interdites et radioactives, qui ressemblent à d’immenses déserts…
Si elle n’est pas franchement originale, même pour l’époque, la description de l’avenir apocalyptique présente dans « Hardware » n’a rien non plus de honteuse. Elle colle à des problématiques
autour d’un monde irradié par le nucléaire, dans une ville surpeuplée où la population étouffe et où les autorités cherchent à contrôler la natalité par tous les moyens possibles (taxes pour les familles nombreuses, stérilisation des hommes…
etc.) Il se trouve que l’homme du couple de « héros » ramène un crâne de robot qu’il a racheté en guise de cadeau à sa copine. Celle-ci va en faire une sculpture (apparemment, c’est son dada !),
mais le robot original va reprendre vie de façon assez autonome et l’on comprend qu’il s’agit en fait d’une machine issue d’un projet militaire secret destiné à éradiquer la population…
La mise en scène de Richard Stanley réserve quelques moments réussis (une douche sensuelle du couple avec l’homme qui arbore un bras « cyborg », quelques attaques du robot, une once de gore…),
voire une ou deux séquences plus ou moins drôles (une pub à la télé proposant des promos sur des « steaks non irradiés » !), mais l’ensemble ennuie tout de même un peu par des longueurs bien
palpables et des moyens réduits visibles à l’écran… On assiste en quelque sorte à un « Terminator du pauvre », qui aujourd’hui apparaît assez cheap et ridicule. Il faut dire que la mise en place
de l’intrigue est bien trop longue et que le robot se réveille bien tardivement dans l’intrigue, d’autant que ses actions demeurent assez limitées… Mais si « Hardware » pèche par un scénario mal
construit ou un montage parfois imbitable, on pourra rester fasciné par l’instauration d’une véritable ambiance, autant visuelle (huis clos sombre et feutré dans un appartement, éclairages
rouges, étincelles…) que sonore (musique souvent omniprésente et aux nappes sonores persistantes jusqu’à un finale quasi-opératique !)
Petits
meurtres entre amis
de Danny Boyle
(Grande-Bretagne, 1994)
Sortie en DVD et Blu-Ray chez Filmédia le 18 septembre 2013
Bon allez, avouons-le, vingt ans après, le premier long métrage de Danny Boyle a quand même pris un petit coup de vieux… Mais il reste pourtant assez plaisant à revoir et assez emblématique, au
fond, de ce qui a fait le « style Boyle » au fil de sa carrière. On y reconnaît en effet bien sa patte, notamment dans la mise en scène endiablée (et légèrement tape-à-l’œil ?) et le montage très
« clipesque ». La bande originale rythme elle aussi plutôt bien l’ensemble, qui accuse malheureusement quelques baisses de régime ici et là et patine un peu en son milieu…
Mais qu’importe ! Le film est toujours assez frais et spontané dans son approche, et son humour noir demeure judicieusement efficace ! Le cynisme du scénario par rapport à ces trois colocataires
« amis », à qui l’appât du gain (une valise pleine d’argent sous le lit de leur nouveau colocataire tout juste décédé) va peu à peu faire tourner les têtes, reste furieusement réjouissant,
notamment dans sa mise à mal résolument « moderne » (à l’époque) de l’amitié et de la confiance en l’autre… Une belle histoire d’amitié qui tourne en pur jeu de massacre, c’était le pari génial
de ces « Petits meurtres entre amis », qui ont permis de faire exploser de nouveaux talents dans le monde du cinéma britannique ! Outre Danny Boyle, dont le style s’affirmera franchement dès le
film suivant (« Trainspotting »), on y découvrait une belle brochette de jeunes acteurs talentueux : Kerry Fox, Christopher Eccleston (excellent dans ce rôle de timide qui devient un meurtrier
froid et calculateur), et Ewan McGregor, dont c’était d’ailleurs le premier grand rôle !
Le DVD qui sort aujourd’hui a ceci d’intéressant qu’il contient un making of très instructif du film : « Creusez votre propre tombe ». Son titre est d’ailleurs parfaitement choisi, tant il dresse
un portrait pas toujours flatteur et heureux d’un plateau de tournage ou surtout des problèmes financiers et artistiques qu’un producteur peut parfois (souvent ?) avoir, spécialement sur un
premier film…
Autres films de Danny Boyle :
(Danemark, 2000)
Passez un été "en chanté" avec Phil Siné !
Sitôt après avoir érigé son fameux « Dogme » comme nouveau modèle de vertu cinématographique avec « Les idiots », Lars von Trier s’amuse à le faire exploser avec son film suivant, dont le genre
même – la comédie musicale – se révèle incompatible avec les « règles » de « l’école » qu’il venait de créer un peu pompeusement, comme celles de refuser l’artifice et de se contenter de capter
les images et les sons sans les retoucher ensuite… Avec « Dancer in the dark », il se vautrera bien sûr dans la post-synchro, notamment pour les séquences chantées ! Une « auto-trahison », en
somme, très symptomatique du cinéaste, aussi espiègle qu’expérimentateur de formes, ce qui ne pouvait lui permettre de se brider très longtemps avec un ensemble de règles strictes, si ce n’est
pour mieux les contourner…
Dernier volet de sa trilogie « Cœurs d’or », après « Breaking the waves » et « Les idiots », « Dancer in the dark » raconte une nouvelle fois le calvaire d’un personnage que l’on pourra
considérer comme « naïf » ou « pur » en fonction du regard que l’on porte sur lui. Ici, nous suivrons le destin de Selma, une émigrée tchèque et mère célibataire, morale et intègre, bien décidée
à se débrouiller seule et sans abuser de qui que ce soit… Si l’on ajoute qu’elle devient peu à peu aveugle et qu’elle travaille très dur pour pouvoir payer une opération à son fils pour lui
éviter à son tour de perdre la vue, on comprendra que l’on nage en plein mélo. Même le meurtre que Selma se retrouve « obligée » de commettre, malgré sa dureté et son extrême violence, est filmé
comme un acte angélique, répondant aux supplications de la « victime »… Victime qui n’en est d’ailleurs pas vraiment une, tant elle est à l’image de la plupart des personnages du film, qui
véhicule une image sombre et vile de l’humanité, contrastant ainsi avec « l’innocence » de Selma, allant jusqu’à refuser de se défendre alors qu’elle est condamnée à mort, simplement parce
qu’elle a fait une promesse à celui qui l’a justement trahi… « J’écoute mon cœur », dira simplement Selma. C’est le mystère de ces « cœurs d’or », inspirés à Lars von Trier par un conte pour
enfants dont l’héroïne l’a toujours fasciné, au point qu’il pourrait sans doute dire, à l’image d’un Flaubert avec sa « Madame Bovary » : « Selma, c’est moi ! »
Bien sûr, le cinéaste charge la mule et le mélodrame social au maximum, de façon presque excessive, pour faire pleurer dans les chaumières mais aussi pour jouer avec les limites du cinéma. Son
image « caméra à l’épaule » aux couleurs ternes souligne une nouvelle fois la tristesse et la laideur du monde qu’il décrit. Et cette fois-ci, il s’attaque à l’Amérique ! Sans jamais y avoir mis
les pieds (il a une peur panique de l’avion), il la voit comme un « mythe », mais un mythe qu’il faudrait au fond détruire tant il respire le mal… Son portrait des Etats-Unis dans « Dancer in the
dark » (entièrement filmé au Danemark !) est celui de l’exploitation de l’homme par l’homme (notamment dans l’usine où travaille Selma), du mensonge et des trahisons. Il décrit un pays où l’on
rend les étrangers coupables malgré eux, puisqu’il faut bien des bouc émissaires : l’exemple de Selma est appuyé mais recevable. Mais il montre surtout un pays où le meurtre est légitimé par
l’Etat, un pays où le désir de vengeance supplée à la justice véritable : Lars von Trier termine alors son film en brutal réquisitoire contre la peine de mort !
Pourtant, la vision du réalisateur n’est pas complètement sombre. D’abord parce que des personnages semblent vouloir aider, sincèrement et gratuitement, le personnage de Selma : un amoureux
transi et un peu bêta sans doute, qui l’attend tous les jours après le travail malgré les systématiques refus polis de celle-ci, et surtout Cvalda (fabuleuse et audacieuse Catherine Deneuve, une
nouvelle fois là où on ne l’attend pas !), une employée de l’usine qui paraît comme un « ange gardien » bienveillant pour Selma… Ensuite parce que le film s’enchante à travers les fantasmes de
l’héroïne : passionnée de comédies musicales hollywoodiennes (superbes scènes où elle va au cinéma et que Cvalda lui décrit le film à l’écran alors que sa vue baisse : d’abord en parlant puis en
mimant les mouvements des danseurs sur ses mains, à cause d’un spectateur qui exige le silence), elle va peu à peu s’imaginer dans un film où l’on chante et où l’on danse, transformant
progressivement « Dancer in the dark » en une forme de « tragédie musicale » aussi belle que bouleversante !
Le premier morceau chanté intervient assez tardivement dans le film (il faut attendre environ 40 minutes), mais c’est sans doute parce que la tragédie n’est pas encore assez prégnante et nouée,
et que l’héroïne n’a pas encore besoin de « réenchanter » sa vie misérable… Bien que ce soit souvent à deux doigts, et la première chanson semble vouloir démarrer à plusieurs reprises,
interrompues à chaque fois de justesse, avant de partir pour de bon ! Chaque chanson démarre par les bruits du quotidien de Selma, qui se révèlent comme autant d’amorces rythmiques propices à ses
rêveries musicales… Par exemple, c’est à l’usine qu’a lieu la première chanson, musicalement composée par le bruit des machines industrielles et dont les
paroles criées par Selma/Björk reprennent d’ailleurs de nombreuses onomatopées. Plus loin, le son du passage d’un train lancera le superbe et désespéré « I’ve seen it all », le craquement d’un disque vinyle terminé celui de « Scatterheart », et ainsi de suite… Comme si la
perte de la vue rendait Selma plus sensible aux sons qui l’entourent, et comme si surtout être aveugle à la laideur du monde qui l’entoure lui permettait d’en construire une vision plus belle et
« merveilleuse »…
Ce contraste entre le réel et les séquences chantées, proprement « oniriques » (laissant notamment un mort ressusciter pour pardonner sa meurtrière), est en outre marqué par un glissement
chromatique : les couleurs deviennent tout à coup plus vives lorsque les chants et les danses commencent… Un procédé technique consistant à placer 100 caméras fixes lors du tournage des scènes
chorégraphiées a permis également d’opérer une vraie rupture dans la forme, non seulement par rapport au reste du film, plus « naturaliste », mais surtout par rapport aux codes habituelles des
comédies musicales : là où la mise en scène de spectacles dansés se veut dynamique et virtuose (avec mouvements de grue et travellings à foison), Lars von Trier a choisi d’en prendre le
contre-pied à travers un grand nombre de plans fixes, proposant un montage singulier et passionnant, et laissant même une large part à l’aléatoire, certains plans obtenus, souvent sublimes,
demeurant alors le fruit du hasard…
« Je ne comprends pas les comédies musicales : pourquoi les personnages se mettent à chanter et danser d’un coup ? Moi, je ne me mets pas à chanter et danser… », dira un personnage, qui pourtant
se mettra à chanter et à danser un peu plus tard, dans les « visions d’aveugle » de Selma… « Quand je travaillais à l’usine, je rêvais que j’étais dans une comédie musicale, parce que dans une
comédie musicale rien d’affreux ne peut arriver », fera dire Lars von Trier à son héroïne, juste avant de nous prouver le contraire en la condamnant à mort… Juste avant son exécution atroce, Selma se met à chanter a capella sa stratégie pour ne jamais se laisser finir une comédie musicale : celle de partir à
l’avant-dernière chanson. « Ce n’est la dernière chanson que si on s’y résigne » conclut alors le film dans un silence purement et abominablement assourdissant !
« Dancer in the dark » demeure ainsi un travail visuel et émotionnel passionnant, porté par un réalisateur visionnaire et par une « non-actrice » époustouflante, Björk, qui rendit d’ailleurs le
tournage du film pour le moins chaotique. Qu’à cela ne tienne, ce genre d’histoire demeure ce qui fonde les légendes ! Une légende qui reçut en outre la récompense suprême en 2000, celle de la
Palme d’or au Festival de Cannes, accompagnée d’un prix d’interprétation pour son interprète principale… Grandiose pour l’éternité !
Perspective :
- Melancholia, de Lars Von Trier
(Grande-Bretagne,
1998)
Passez un été "en chanté" avec Phil Siné !
« Velvet Goldmine » est un film rock et éminemment musical, qui rend hommage au courant du « glam rock » des années 70, mais surtout au pouvoir de fascination des grandes idoles sur leurs fans…
Le film raconte l’enquête d’Arthur, un journaliste, à qui l’on a demandé de retrouver la trace du célèbre Brian Slade (personnage imaginaire dont toute ressemblance avec un certain David Bowie ne
serait pas du tout fortuite), qui a mystérieusement disparu après un dernier coup d’éclat où il a simulé son propre assassinat au cours d’un concert… Il se trouve qu’Arthur était justement un
admirateur du chanteur au cours de son adolescence, et son enquête prend alors très vite des allures de réminiscences de sa jeunesse de « fan boy », de ses premiers émois sur des pochettes de
disques, ou encore sur l’affirmation de sa sexualité…
L’univers de « Velvet Goldmine » se révèle très kitsch et coloré, la bande son devrait combler les fans de Glam et les personnages créés pour l’occasion possèdent l’exubérance et la perversion
propre aux vraies pop stars ! Outre David Bowie, les références aux idoles sont légions : Curt Wild, l’amant de Brian Slade, évoque par exemple autant un Iggy Pop complètement allumé qu’un
pré-Kurt Cobain poégotique… Pour incarner ces deux vedettes revendiquant le strass et les paillettes de la marginalité et d’une (bi)sexualité assurée, Jonathan Rhys Meyers et Ewan McGregor
donnent tout ce qu’ils peuvent et illuminent littéralement l’écran !
Hommage aux mouvements underground plus qu’au seul Glam rock, « Velvet Goldmine » est composé en outre d’une mise en scène souvent assez inventive et originale, dans ses fioritures et ses détails
kitsch qui favorisent l’émerveillement… La construction de l’histoire pourra néanmoins sembler un peu brouillon, multipliant les allées et venues entre passé et présent, et laissant circuler les
personnages à une vitesse telle qu’elle ne leur permet pas toujours de nous toucher comme on aurait voulu… Paradoxalement, cette mise en scène foutraque ne colle pas toujours bien à l’intention
du film, et le spectateur, au lieu d’être emporté dans la folie de l’action, se retrouve parfois mis à distance, comme abandonné au bord de la route du rock’n’roll… Mais ce n’est pas si grave,
car « Velvet Goldmine » sait nous faire rêver, justement par son aura parfois assez mystérieuse, et l’on ressort de là comme sur un petit nuage, avec la sensation nostalgique et légère d’avoir
rejoué notre adolescence, en la fantasmant comme on fantasmait naguère notre vie à venir…
Perspective :
- Hedwig and the angry inch, de John Cameron Mitchell
(France,
1993)
Tout commence avec l’instituteur (interprété par un Fabrice Luchini toujours aussi savoureux et malicieux), qui explique avec enthousiasme à ses élèves ce que sont les propositions subordonnées
circonstancielles de conditions. Tout le film sera ainsi découpé en sept chapitres, chacun étant justement une de ces propositions introduites par « si », qui sont autant de conditions
déterminantes (ou pas ?) pour la construction de la médiathèque du titre… Cette médiathèque, c’est le projet un peu fou du maire socialiste d’un petit village de Vendée : Saint-Juire. Interprété
par Pascal Greggory, ce novice en politique a réussi à décrocher une subvention du ministère de la culture pour mener à bien cette proposition architecturale qui charme certains villageois autant
qu’elle laisse sceptique son amie écrivain venue de la grande ville (hilarante Arielle Dombasle, entre extase ridiculement forcée et exubérance décalée) ou qu’elle rebute l’instituteur campagnard
et vert, attaché au vieil arbre qui pousse sur le terrain prévu pour accueillir la médiathèque. Pour ce dernier, toujours d’avis un peu tranché et ironique, il faudrait rétablir la peine de mort
pour les architectes !
Quand Rohmer se préoccupe de politique dans son cinéma, ce n’est pas vraiment pour livrer un film engagé ou militant, mais plutôt pour décrire avec une moquerie bienveillante le petit théâtre du
pouvoir et les aléas des ambitions électorales… Il refuse la politique à grand spectacle pour se focaliser sur les jeunes ambitions démesurées mais néanmoins sincères d’un maire débutant au fin
fond de la France profonde. Il en profite pour évoquer le hasard, thème central de son cinéma, en montrant que malgré tous les émois suscités par le projet du maire, malgré les tergiversations et
les conflits entre les habitants, celui-ci finira pas tomber à l’eau tout aussi vite qu’il était advenu… Le cinéaste filme avec une ironie douce et beaucoup d’espièglerie les rapports des
différents pouvoirs, mais à une échelle réduite, en province, où chaque pouvoir est représenté par un personnage : le maire pour le pouvoir politique, l’instituteur pour l’éducation, l’écrivain
pour la culture, la journaliste pour les médias… Les querelles et les chamailleries idéologiques finissent par ressembler aux marivaudages amoureux que Rohmer sait d’habitude si bien mettre en
scène !
Le regard du film sur les choses est souvent incisif et toujours très pertinent : les débats sur l’écologie, le rapprochement des écologistes avec les socialistes, le point de vue de la pure
citadine qui débarque à la campagne pour tomber en pâmoison devant la moindre vache ou la première salade qu’elle croise… On se demande souvent si le film n’a pas été tourné lors des dernières
élections tellement il reste moderne dans son discours. La légèreté demeure cependant maîtresse dans ce grand cirque à paroles multiples : les enfants finissent par avoir le dernier mot et se
montrer plus censés que les adultes (en proposant notamment des espaces verts… à la campagne !) et la morale de toute cette histoire nous est contée en chanson, chacun se mettant à pousser sa
vocalise… Une petite merveille rohmerienne !
Autres films d'Eric Rohmer :
(France,
1988)
Passez un été "en chanté" avec Phil Siné !
Dernier film de la carrière de Jacques Demy, produit à la demande d’Yves Montand et Claude Berry alors que le cinéaste pensait ne plus jamais trouver les moyens de refaire du cinéma, « Trois
places pour le 26 » est une vraie curiosité, malgré le peu d’impact qu’il a eu à sa sortie. Le long métrage propose pourtant une histoire tout à fait intéressante, a priori parfaitement anodine,
mais révélant progressivement différents degrés de lectures et d’intrications, notamment dans les rapports entre les personnages…
Il y a d’abord une réelle fascination à voir ainsi mêlées la fiction et la réalité, le film mettant en scène Yves Montand dans son propre rôle, ou tout du moins dans le rôle d’un Yves Montand
fictif, qui aurait décidé de monter un spectacle musical, « Montand de notre temps », qui retracerait les grands moments de sa propre vie. Mais entre la biographie et la fiction, Demy propose une
forme d’entre-deux, où tout se mélange, conduit toujours par un désir de mise en scène et de cinéma ! D’autant que l’imaginaire rattrape toujours le réel, le film laissant se greffer au spectacle
de Montand l’histoire d’une jeune fille travaillant dans une parfumerie (Mathilda May), prête à tout pour devenir artiste, et celle d’un ancien amour du comédien, raison de son retour à Marseille
pour la première du spectacle, ville qu’il a quitté voilà 20 ans, juste avant de « monter à Paris ».
Quitter sa province pour « vivre de son art à Paris », voilà une thématique hautement liée au cinéma de Jacques Demy, tout comme la façon dont l’histoire nous est progressivement racontée : les
personnages se croisent, se séparent pour mieux se retrouver, gardent en eux des non-dits embarrassants… et le tout en musique, en chantant et en dansant ! Les numéros musicaux sont scindés en
deux genres : ceux qui ont lieu vraiment, sur la scène du théâtre où Montand et sa troupe répètent le spectacle, et ceux qui sont là pour « en chanter » le quotidien, comme bien souvent chez le
réalisateur. Demy se permet d’ailleurs plein de choses étonnantes et folles dans ces scènes, qui paraissent toujours sur un fil, comme à deux doigts de dérailler complètement sans pour autant le
faire : cette chorégraphie des journalistes autour d’Yves Montand descendant les escaliers devant la gare au début du film sur une musique presque dissonante, Mathilda May dansant comme une
fofolle dans son appartement, ou encore cette apparition de Montand sous forme d’hologramme imaginaire – ou de fantôme – dans la parfumerie alors que la jeune Marion chante son envie de
rencontrer le chanteur à ses amies… On sent que le cinéaste croit en ce qu’il fait et ose des choses en-dehors de toutes les modes et parfois même du bon sens : il choisit simplement de faire ce
qui lui plait, quelque chose qui lui ressemble et auquel il croit… et ça marche la plupart du temps ! Comme dans ce fameux spectacle sur scène, dont certains numéros dans un style très «
music-hall » de Broadway demeurent très réussis, plein de joie, de jeux ou de citations… et Yves Montand semble y prendre réellement du plaisir !
Et puis il y a la question de l’inceste, amenée de façon à la fois étrange et très inhabituelle. Décidé à aller bien plus loin que dans le conte « Peau d’âne » qu’il avait déjà mis en scène,
comme s’il avait l’audace d’aller enfin au bout de ses obsessions, Jacques Demy brise tous les tabous en laissant l’inceste entre un père et sa fille se consommer inéluctablement. Certes, les
deux personnages ne savaient pas encore la nature de leur relation, à cause de non-dits nonchalants et pesants, mais l’acte est bien là, sous les yeux d’un spectateur incrédule, qui lui est bel
et bien au courant ! Pourtant, pas le moindre outrage dans la vision du cinéaste, et même lorsque les personnages comprennent ce qui leur est arrivé, le non-dit et les sourires complices sauvent
tout, même le malaise qui semblait alors poindre… Par un jeu de glissement final, celui d’une mère qui reprend la place de sa fille (qui avait mine de rien suppléé sa mère aussi bien sur la scène
que dans le lit de son père), tout rentre dans l’ordre et le scandale n’aura pas lieu : des choses se sont passées, mais Demy préfère montrer le triomphe de l’amour… et qu’il soit filial ou
sensuel, au fond, importe peu !
Perspectives :
- Les Parapluies de Cherbourg, de Jacques Demy
- Les demoiselles de Rochefort, de Jacques Demy
(Etats-Unis, 1984)
Unique film de son réalisateur, « C.H.U.D. », au titre en forme d’acronyme pour le moins ésotérique, explore le milieu underground new-yorkais, un monde crade et vicieux, peuplé de clochards
sournois et méchants, duquel on préfère généralement se détourner et que le cinéma – même d’horreur – explore assez peu… Le long métrage est à ce titre dans la ligné d’œuvres aussi improbables
que « Basket case » ou « Street Trash », l’humour en moins, « C.H.U.D. » se revendiquant au contraire très réaliste…
Si l’environnement décrit est plutôt intéressant dans sa laideur sombre et crasse, et si la mise en scène fait de sérieux efforts pour rendre ses décors « authentiques », force est de constater
que le scénario souffre d’une certaine banalité, au fur et à mesure que les explications sont données aux spectateurs sur les disparitions anormales dans les rues d’un quartier de la ville : on
se retrouve bientôt avec de vulgaires créatures mutantes qui dévorent les humains et dont l’origine
radioactive est due à une négligence des autorités, qui forcément veulent étouffer l’affaire… Certes, « C.H.U.D. » possède ses qualités, comme par exemple sa capacité de mettre en scène non pas
un mais trois personnages principaux (un policier, un photographe et une sorte de super clochard gentil), menant chacun en parallèle son enquête sur les disparitions ou le monde des clochards,
jusqu’à ce que leurs routes convergent… ou comme la façon dont les monstres sont filmés, par dévoilements successifs : on montre d’abord une papatte griffue, puis un regard fluorescent, puis une
bouche aux dents bien affûtées, etc. La bonne vieille technique des « Dents de
la mer », en somme, qui servait encore largement de modèle à l’époque !
Tout n’est donc pas à jeter dans « C.H.U.D. », mais son style un peu vieillot et son manque de rythme assez cruel, sans compter les scènes un peu débiles (l’éternelle scène de la greluche sous la
douche, entre autre), en font un pur produit 80’s, qui se regarde sans déplaisir aujourd’hui, voire même avec une certaine nostalgie pour ces bons vieux « bis » d’un autre âge, mais qui ne casse
au fond pas trois pattes à un canard… On notera toutefois une courte apparition de John Goodman en policier vicieux dans un bar, où les créatures mutantes viendront tout péter !
(Etats-Unis, 1996)
Passez un été "en chanté" avec Phil Siné !
[Chronique publiée dans le cadre des "critiques retrouvées" du jeune Pandawan, dont vous trouverez les autres billets via l'index des contributeurs]
« Tout le monde dit I love you » est un film qui narre les mésaventures sentimentales et amoureuses d’une famille américaine riche et démocrate… Rien de vraiment emballant et original à première
vue, mais n’oublions pas qu’il s’agit là d’un film de Woody Allen !
En effet, dès les premières images du film, on est immédiatement séduit par le charme et le style surannés que l’on découvre, par la légèreté de ton, par l’intonation de « Just you, Just me » en
pleine rue par de multiples personnes… Nous sommes ainsi plongés dans une véritable comédie musicale, aux prestations chantées euphoriques et jubilatoires, un genre que Woody le magicien a su
ressusciter à la perfection, alors qu’on le croyait depuis longtemps oublié, voire devenu
impossible à reproduire, surtout avec la force et l’éclat d’un chef-d’œuvre tel que peut l’être « Tout le monde dit I love you » !
Un film placé ainsi sous le signe de la joie et de l’humour, du rêve et de la poésie, de la musique et de la psychanalyse… Ah, Julia Roberts sur un divan : un fantasme possible pour Woody Allen !
Certaines scènes atteignent souvent une intensité magistrale et jouissive, une place mythique et déjà immortelle dans le cœur des cinéphiles, comme les séquences dans la bijouterie ou à
l’hôpital, celle du deuil transformé en ballet de fantômes, ou encore celle de la valse lyrique et fantasmatique entre Woody Allen et Goldie Hawn à la fin du film…
On ressort heureux et satisfait de cette comédie musicale pleine de peps et de charme, avec l’envie aussi folle que soudaine de danser, de chanter, de vivre et de faire partager son bonheur… un
remède puissant contre la morosité !
Young Pandawan (avril 1997)
Autres films de Woody Allen :
Vous allez rencontrer un bel et
sombre inconnu (2010)
(France, 1997)
[Chronique publiée dans le cadre des "critiques retrouvées" du jeune Pandawan, dont vous trouverez les autres billets via l'index des contributeurs]
Contrairement à ce que pourrait laisser sous-entendre son titre, ce film de Bruno Dumont raconte non pas la vie d’un homme d’exception, juste et bon, mais au contraire celle d’un jeune adulte
d’aujourd’hui, commun et fade, désespéré, ni bon ni mauvais, tout simplement et tragiquement humain…
Freddy est ce jeune adulte, sans ambition, dont la vie est particulièrement triste et vide de sens. Il passe son temps à rouler à moto dans les rues ou à s’ennuyer bêtement avec ses copains tout
aussi désespérants que lui, à assouvir ses besoins physiques avec sa
copine qu’il aime forcément mais de façon bassement animale, ou encore à essayer de faire chanter son oiseau, littéralement… Une vie sans grande consistance et ennuyeuse d’un garçon sans
véritable occupation et sans emploi, pour qui on éprouve d’abord de la pitié, de la compassion et de l’intérêt, car Freddy symbolise toute cette jeunesse marginale et nombreuse, désorientée et
étouffée par le vide de l’existence ; puis l’on porte sur Freddy un regard plus chaleureux, plus tendre, plus humain…
C’est alors que le film, tout en restant constamment cru et hyperréaliste, sombre dans la haine et la violence. La haine de Freddy pour les étrangers, qui le pousse à agir violemment envers eux.
Il commet ainsi des actes impardonnables, vulgaires et xénophobes, lui que l’on s’était surpris à regarder avec sympathie quelque temps auparavant…
Un film en définitive socialement terrifiant, épuré de tout effet, ancré solidement dans une réalité sombre et insalubre, au sein de laquelle la télévision joue une nouvelle fois son petit rôle
au premier abord inoffensif…
Young Pandawan (juin 1997)
Autres films de Bruno Dumont :