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mercredi 6 avril 2011

[Critique DVD] Le dernier voyage de Tanya, d’Aleksei Fedorchenko



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Le dernier voyage de Tanya, d’Aleksei Fedorchenko (Russie, 2010)



Sortie DVD le 5 avril 2011 chez Memento Films



Note :
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« Le dernier voyage de Tanya », c’est en réalité le voyage d’une morte, que son mari va emmener avec lui sur la route, accompagné par un ami avec qui il va évoquer son intimité conjugale, avant
de brûler le corps de sa défunte épouse et de la rendre à la rivière… Chaque étape de ce voyage correspond en réalité à un rituel bien précis, hérité d’une ancienne tribu russe, les Méria, dont
la culture a en partie été assimilée par les nouvelles populations au fil des siècles. Le film permet de décrire avec émotion ces rites oubliés, revenus d’un autre temps, perpétrés par des
individus isolés dans la Russie rurale contemporaine…

La beauté des images, la mise en scène contemplative et la poésie d’une certaine trivialité quotidienne, nous plongent dans un long métrage profondément envoûtant, construit comme un « road movie
» calme et mélancolique, mené par des acteurs typiques pour incarner toute la tristesse et la résignation des gens de l’Est… C’est un très beau film que nous livre ainsi Aleksei Fedorchenko, mais
d’une beauté glacée, qui nous parle d’amour, mais d’un amour à mille lieues des conceptions occidentales : un amour aride mais presque pur, toujours conscient de la mort à venir, échangé entre
des cœurs mornes et blancs, aussi blanc que la neige qui recouvre l’immensité des paysages traversés par les personnages…

Bonus DVD : Interview et filmographie du réalisateur































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samedi 5 mars 2011

[Critique DVD] Benda Bilili ! de Renaud Barret et Florent de La Tullaye



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Benda Bilili ! de Renaud Barret et Florent de La Tullaye (France, Congo, 2010)



Sortie DVD le 1er mars 2011 chez Studio 37



Note :
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« Benda Bilili ! » est un joli documentaire sur l’odyssée assez incroyable d’un groupe de musique congolais constitué de « musiciens » bricolos et handicapés, depuis la misère des rues de
Kinshasa à leurs concerts à succès dans les grands festivals européens… Loin de se contenter du côté anecdotique de la petite histoire folklorique, le film s’ouvre également à la description d’un
peuple tout entier et montre les visages de tout un continent ! On assiste à des scènes de rues assez dures et « brutes » à Kinshasa, on sent toujours le poids d’une certaine fatalité derrière
les accords joyeux et entraînants des chansons du groupe… Ces chansons, qui justement parlent le plus souvent avec un pragmatisme à la fois surprenant et poétique de la situation douloureuse en
Afrique. Mais elles portent aussi toujours un message d’espoir et apportent des réponses, proposent des solutions assez prosaïques et toutes simples : les textes conseillent par exemple aux
parents de faire soigner leurs enfants au dispensaire, aux habitants d’aller voter, etc. Car au-delà de la misère, on ressent toujours dans les corps meurtris de tous ces gens un cœur optimiste
toujours tourné vers la vie et la volonté que tout aille mieux…

Bien sûr, on est touché, parfois ému (mais sans pathos), par les images proposées dans le documentaire de Renaud Barret et Florent de La Tullaye. Il y a un côté forcément galvanisant à voir
l’énergie dégagée par les membres du groupe au beau milieu de ces no man’s land où semblent régner le plus souvent la loi du plus fort… Le film a le mérite de montrer un ensemble de séquences clé
avec un regard presque distant, comme s’il proposait un simple constat, en évitant à tout prix de faire le jeu de la compassion. Les personnages se suffisent en effet à eux mêmes. Mais on pourra
cependant reprocher à cette méthode de ne rien proposer d’autre et de ne jamais justifier une exploitation « cinématographique » du film… Entre constat social et reportage sur la musique du monde
au Congo, le film demeure avant tout un « document » assez brut, sans posséder le statut réel de « film ».

En DVD :
Le support DVD de « Benda Bilili ! » a le mérite de proposer de très nombreux suppléments, comme notamment un commentaire audio des réalisateurs, une multitude de scènes coupées, la présentation
du film au Festival de Cannes, ou encore des titres inédits du groupe…































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mercredi 16 février 2011

[Critique DVD] Entre nos mains, de Mariana Otero



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Entre nos mains, de Mariana Otero (France, 2010)



Sortie DVD le 16 février 2011 chez Diaphana



Note :
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Pour sauver leur entreprise de lingerie féminine au bord de la faillite, et par là même leurs emplois, des salariés décident de devenir leurs propres patrons en créant une SCOP, une forme de
coopérative permettant aux employés d’être les associés majoritaires de leur boite… A travers des bribes de conversations filmées sur leurs lieux de travail, les salariés nous montrent tout le
processus qui mènera, l’espèrent-ils, jusqu’à la concrétisation du projet. Le principe de mise en scène est simple et impose par là même une dimension touchante, à la fois très humaine et
sociale, laissant entrevoir la mise en place progressive des solidarités et du bien-être collectif.

En respectant strictement l’ordre chronologique et en découpant sa structure en autant d’épisodes qu’il y a de rebondissements dans l’aventure, le documentaire de Mariana Otero propose à la fois
une belle sobriété et une intensité assez palpitante… Sans aller jusqu’à dire que le film se construit comme un thriller à suspense, on vit au bout du compte au rythme de la vie de l’entreprise
et de ses employés, qui s’inquiètent bien sûr pour leur emploi et leur situation personnelle, tout en s’impliquant pourtant dans une expérience fusionnelle pleine d’espoir… A l’heure du chômage
de masse et de l’individualisme forcené dans le monde du travail, voilà un film qui fait du bien : le principe des SCOP instaure finalement un principe de démocratie dans la gestion même des
entreprises et subvertit par là même les logiques libérales, fondées sur des profits redistribués à des actionnaires n’ayant aucun contact véritable avec la vie de l’entreprise.

On demeure ainsi pris par la progression logique du film et l’avancée du projet de coopérative, avec les doutes et les questionnements que cela suppose, mais avec aussi ses coups de théâtre,
comme un piège tendu par l’ancien patron (le salaud !) ou l’abandon catastrophique d’un client important… Au final, même si la SCOP ne pourra malheureusement pas se faire dans ce cas, une ultime
séquence heureuse en forme de comédie musicale vient casser le poids de la fatalité et redonner espoir à tous les travailleurs qui voudraient se lancer dans de tels projets, à la fois novateurs
et militants, guidés par des principes d’égalité et de démocratie !

En DVD :
Le DVD d’« Entre nos mains » n’est vraiment pas avare en bonus ! Outre un « making of » amusant du tournage de l’épisode de comédie musicale, on y trouvera surtout deux entretiens fleuves
passionnants : l’un avec la réalisatrice Mariana Otero, qui explicite avec beaucoup d’intérêt la façon dont elle a travaillé, et l’autre avec Sylvie Nourry, qui nous éclaire avec pertinence sur
le fonctionnement des SCOP et ses implications sociétales.































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mardi 18 janvier 2011

Le sentiment de la chair, de Roberto Garzelli (France, 2010)



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Note :
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« Le sentiment de la chair » est un premier film vraiment étonnant et original, pour ne pas dire profondément perturbant… Il raconte la relation amoureuse qui se noue entre un jeune médecin
radiologue et sa jeune patiente, également étudiante dans le domaine du dessin anatomique. Sauf que leur fascination respective pour le corps humain va rendre leurs rapports de plus en plus
étranges et dérangeants, dans la mesure où ils ouvrent des perspectives inédites dans le domaine des sentiments…

Il est bel et bien question d’amour ici, et de rien d’autre ! Mais un amour rendu peut-être trop absolu et pris dans son sens le plus premier, quasiment le plus bestial aussi… Après une première
approche somme toute classique, leurs rapports sentimentaux et sexuels se mettent petit à petit à glisser vers des choses absolument inattendues : échanges de fluides corporels, découverte et
mémorisation du corps morceau de peau par morceau de peau… Et puisque ça ne suffit toujours pas, l’exploration plus intérieure doit avoir lieu : radios et IRM vont ainsi permettre au radiologue
de connaître sa petite amie le plus intimement possible, comme jamais personne n’a encore pu la découvrir, organe après organe… Hum, que tu as de belles côtes ma chérie ! Et ton bassinet, et ton
calice, ils me plaisent tellement ! Mais quand la jeune fille va faire un malaise suite à leurs expérimentations d’un autre genre et lui demander carrément de l’ouvrir pour mieux l’explorer
encore, au point de plonger les mains dans sa chair, le radiologue va se remettre très sérieusement en question… Avant une séquence finale absolument incroyable, assez proche des premiers films
de David Cronenberg, empreinte de fantastique dans un univers ultra réaliste ! Aboutissant presque à la fusion insensée des corps, à la dévoration amoureuse, au sens propre du terme, leur union
apparaît alors dans tout son désir d’absolu, belle ou glauque en fonction de l’appréhension de chacun, marquante dans tous les cas !

Le film, porté par une mise en scène simple mais pas non plus « facile », explore ainsi le thème universel et atemporel de l’amour et de ses excès, mais dans des perspectives audacieuses et
décalés, revenant peut-être finalement aux fondamentaux : le désir de la chair, au sens propre du terme ! « Le sentiment de la chair », ainsi, fascine de bout en bout, mais laisse également une
certaine place à l’humour, histoire sans doute de faire décompresser un peu le spectateur, de ne pas tout lui balancer tout ça trop âprement. Ca donne alors un film unique en son genre, intense
et passionnant, dont il serait dommage de faire l’économie à tout amateur de cinéma divergent…































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jeudi 6 janvier 2011

Nous sommes la nuit, de Dennis Gansel (Allemagne, 2010)



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Note :
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A corps et à crocs !



 



Après « La vague », film brillant qui mettait en scène l’expérimentation dans une salle de classe d’un régime totalitaire qui tourne mal, Dennis Gansel revient avec « Nous sommes la nuit », un
film assez fendart sur une meute de vampires lesbiennes… Si les deux sujets peuvent paraître très éloignés l’un de l’autre, ils forment pourtant un tout bien cohérent aux yeux du réalisateur
allemand : « ces films parlent de séduction et de tentation, et mettent en scène des personnages qui découvrent un nouveau monde, une nouvelle expérience ». En effet, « Nous sommes la nuit » peut
être lu comme un nouveau récit d’apprentissage passionnant, celui de Lena, jeune sauvageonne des rues habillée comme un garçon et ne vivant que de rapines, qui va avoir accès un monde plus
féminin et facile, où tout devient alors possible, en se faisant mordre par la belle et sulfureuse vampire Louise, à la tête d’un trio vampirique ultra classe et sophistiqué…

Tout en respectant assez fidèlement le mythe et les traditions des vampires (la soif de sang humain, les dangers de l’exposition au soleil, l’absence de reflet dans les miroirs, etc.), Gansel
sait cependant imposer un renouvellement du genre assez intéressant et amusant. Dans le monde de la nuit, les vampires sont devenus une population exclusivement féminine, ayant fini par éliminer
le mâle, considéré comme un être primaire et stupide… Si le film prend ainsi une consonance féministe à qui saura la saisir, la « lesbienne attitude » et les excès de féminité des personnages (le
maquillage, les tenues vestimentaires époustouflantes, les comportements hyper sensuels…) ne manqueront cependant pas de stimuler les instincts les plus primaires des spectateurs masculins, qui
sauront bien largement trouver leur compte dans ce déferlement de poses sexy en diable et d’action boostée à l’adrénaline pure : une sorte de féminisme bien testostéroné, en somme !

Car ne le cachons pas, « Nous sommes la nuit » est avant tout un film incroyablement jubilatoire dans sa forme, une sorte de série B délirante et péchue. La mise en scène nerveuse, accompagnée
d’une bande son très jeune et rock’n’roll, traverse un long métrage dans lequel on ne s’ennuie jamais ! Un montage haché et une caméra en mouvement perpétuel finissent de nous emporter dans le
tourbillon des nuits berlinoises vampiriques et sanglantes… On assiste à des séquences incendiaires portées par un grain de folie et une inventivité qui font vraiment plaisir à voir : certaines
scènes de bastons entre filles, parfois quasi aériennes, sont géantes (et planantes), et les effets spéciaux sont classes et soignés ! Sans compter que l’intrigue suit un fil tragique et
romantique quasi racinien : l’amour de Louise pour Lena, non partagé, la conduira dans une folie destructrice à la « Phèdre », et Lena aura bien du mal à gérer ses émois pour un jeune flic bien
trop humain pour ses crocs…



 



Mise en perspective :



- Twilight – Chapitre 3 : Hésitation, de David Slade (Etats-Unis,
2010)



- Morse : Let the right one in, de Tomas Alfredson (Suède, 2009)































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mardi 4 janvier 2011

Les yeux de Julia, de Guillem Morales (Espagne, 2010)



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Note :
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« Les yeux de Julia » s’impose comme la nouvelle petite merveille du cinéma de genre espagnol. Entre thriller psychologique hyper tendu et dérives fantastico-étranges, le scénario suit un chemin
malin et ingénieux et la mise en scène fait très vite exploser une inventivité et une grandeur virtuose ! Quand Julia sent que sa sœur jumelle est en danger, elle s’empresse de la rejoindre,
accompagnée de son mari, mais celle-ci est déjà morte, mystérieusement pendue au sous-sol de sa maison… L’affaire est aussitôt classée, la cécité irrémédiable de la défunte expliquant aisément
son geste malheureux. Sauf que Julia se doute que les choses ne sont pas si simples. Atteinte du même syndrome que sa sœur, une série d’évènements aussi inattendus qu’effrayants vont la pousser à
enquêter par elle-même, le stress lui faisant alors perdre progressivement la vue, jusqu’à une opération des yeux qui lui permettra peut-être de revoir… A moins que certaines personnes n’en
décident autrement ?

On ne vous parlera pas des multiples twists et rebondissements qui émaillent le film, ce serait gâcher le plaisir que l’on prend à suivre une intrigue tout en heurts et en révélations. Le long
métrage est construit comme une longue poussée d’adrénaline qui n’en finit pas et l’on se retrouve très vite saisi corps et biens dans l’histoire, que l’on ne quittera plus jusqu’à son effroyable
aboutissement ! On se retrouve peu à peu à faire corps avec le personnage de Julia, qui sera notre guide dans tout ce déchaînement d’évènements… Sauf que notre guide devient aveugle, et la mise
en scène nous permet de vivre ce handicap à merveille, avec une belle énergie ! D’abord, la bande sonore est un pur joyau : tous les sons sont exagérés au fur et à mesure que l’image s’assombrit,
comme pour mieux nous faire comprendre que lorsqu’un sens est touché, en l’occurrence la vue de Julia, les autres sens viennent alors en renfort pour tenter d’appréhender au mieux l’environnement
dans lequel le personnage évolue…

Ensuite, l’image est très joliment travaillée, souvent sombre et obscurcie par quelques voiles d’ombres peu rassurants… Mais le cinéaste joue surtout sur la façon de filmer ses personnages : plus
Julia devient aveugle, moins les autres personnages nous apparaissent à l’écran. Ils deviennent alors eux mêmes des ombres, des corps filmés par bribes ou de dos, voire carrément hors champs ou
dans une pénombre complète… On les voit alors exactement comme Julia les voit, c’est à dire justement qu’on ne les voit plus ! « Les yeux de Julia » se révèle d’ailleurs éminemment hitchcockien à
de nombreuses reprises ! Mais alors que le maître du suspense se complaisait à suivre les femmes de dos avec sa caméra, Morales filme quant à lui son actrice frontalement, en insistant sur des
détails de son visage, en se concentrant lentement sur sa seule figure et en laissant ainsi progressivement disparaître tous les autres personnages du champ… Citons d’ailleurs l’une des dernières
scènes du film, mêlant affrontement au couteau dans la pénombre, percée à diverses reprises par le contraste luminescent du flash saisissant d’un appareil photo : une pure merveille de tension et
d’habileté formelle, quelque part entre la scène de la douche de « Psychose » et les flashs photographiques du héros à la fin de « Fenêtre sur cour » !

Quant à la morale de cette histoire, autant dire qu’elle procure son petit effet… Quand le coupable nous apparaît enfin, comme « saisi » littéralement en pleine lumière, non seulement la scène
est somptueuse, mais les explications qu’elle engendre, teintées de merveilleux, surprennent avec effroi ! « Les yeux de Julia » nous parle alors d’un tout autre handicap que l’aveuglement (ou la
cécité) de l’héroïne (et pour le coup des autres personnages), il nous renvoie à l’un des handicaps sociaux majeurs engendré par notre civilisation et notre façon de vivre : la solitude…































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lundi 3 janvier 2011

Twilight – Chapitre 3 : Hésitation, de David Slade (Etats-Unis, 2010)



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Note : 
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Mords(mon)-moi-le-noeud, Edward !



 



Au cours de ces dernières vacances, je n’ai pas pu échapper à la super fun soirée « entre filles », dont le point d’orgue fut le moment où l’on inséra dans le lecteur DVD la galette du dernier «
Twilight » tout fraîchement paru… Hum, la température allait pouvoir monter et on allait trop grave kiffer s’affronter en bonnes midinettes sur des questions aussi profondes que : tête d’Edward
ou torse de Jacob ?

Car au fond, tout l’intérêt de « Twilight 3 » réside bien là, tel un atout marketing imparable à la conquête des jeunes filles en fleurs : Robert Pattinson et Taylor Lautner, deux garçons
magnifiques à la gueule d’ange ultra lisse, qu’on a envie de violer sur place à chaque clignement de paupières… Ils permettent en outre d’entretenir le seul enjeu scénaristique de l’épisode,
contenu d’ailleurs dans son sous-tire français (« hésitation ») : Bella, la jeune fille en fleur de l’histoire, doit-elle choisir le vampire ou le loup-garou ? On assiste alors à la dialectique
entre le corps et l’esprit, le vampire Edward proposant un amour intellectuel et platonique à Bella, quand le « louloup » Jacob, chaud comme la braise et torse poil au beau milieu de la neige,
lui proposerait plutôt de « voir le loup », si vous voyez ce que je veux dire… Ce débat atteint d’ailleurs son paroxysme lors d’une scène badass alors que le triangle amoureux se retrouve sous la
tente par temps glacial : Edward se retrouve contraint par son corps cadavérique et froid de laisser un temps sa Bella frigorifiée (frigide ?) entre les sales pattes de Jacob, seul capable de lui
apporter alors la chaleur animale dont elle a besoin…

Mais en dehors de ces quelques taquineries et autres jalousies entre les deux garçons, qui mènent parfois à un humour teinté d’ironie (Edward s’offusquant de l’absence constante de tee-shirt sur
le torse de Jacob), il ne nous reste pas grand chose à nous mettre sous la dent dans ce pseudo film de vampires (un comble !) On retrouve en sus (en suce ?) tout ce qui nous agaçait déjà dans le
second volet de cette fabulette adolescente : l’éternelle mou de Kristen Stewart aka Bella (comme si elle se forçait constamment à faire la gueule pour ne jamais sourire), stagnation et étirement
de l’histoire à l’infini (si Edward demandait Bella en mariage à la fin du chapitre 2, ce chapitre 3 n’aboutira en fait qu’à l’acceptation du
mariage par Bella), poses péniblement vaines des acteurs, dialogues sirupeux, effets spéciaux bien souvent ridicules (la palme aux incrustations des loups garous dans l’image : un sommet de
ridicule !) Le pire dans tout ça demeurant sans doute le sous-texte ultra prude de l’ensemble…

En effet, il ne faut pas perdre de vue que l’auteur à l’origine de « Twilight », Stephenie Meyer, est une mormone pur jus et que son intrigue demeure par là même irriguée par des idéologies et
des concepts religieux d’un autre âge, à commencer par la notion de « désir interdit ». Ses « héros » ne peuvent ainsi pas envisager la moindre union charnelle sans être avant tout mariés devant
Dieu, sans compter que la copulation ne doit s’accompagner que du seul dessein d’avoir des enfants ! Ainsi, alors que tous semblent constamment au bord de l’orgasme dans le film, on n’entreverra
pas le moindre coup de pieu à l’horizon : ni pour Bella, qui a pourtant toujours l’air de mouiller de la chatte et d’avoir les crocs pour la moindre bite qui pointe, ni d’ailleurs pour son petit
copain vampire, qui la met pourtant un temps dans son pieu, sans pouvoir pourtant lever le sien, débandant à la moindre contrariété. Il prétexte notamment son grand âge (il a grandit au 19e
siècle, mine de rien !) pour affirmer son appartenance à la « vieille école », refusant tout sexe avant le mariage… En gros, c’est un puceau, quoi ! On se retrouve ainsi devant un spectacle non
seulement abrutissant, mais véhiculant qui plus est toute une palette d’idées rétrogrades à la jeunesse contemporaine : une véritable histoire à la mormone-moi-le-nœud, limite dangereuse au bout
du compte !



 



Mise en perspective :



- Twilight, Chapitre 2 : Tentation, de Chris Weitz (Etats-Unis,
2009)



- Mords-moi sans hésitation, de Jason Friedberg et
Aaron Seltzer (Etats-Unis, 2010)































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dimanche 2 janvier 2011

Le président, d’Yves Jeuland (France, 2010)



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Note :
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Si la mort de Georges Frêche, le 24 octobre dernier, a accéléré la sortie en salle de ce documentaire, le film n’a cependant pas été retouché dans la perspective de cet événement, ce qui n’est
probablement pas plus mal. On y suit une heure et demi durant la campagne de cet « animal politique » lors des dernières élections régionales, qui lui auront permis d’être réélu dans son «
fauteuil » de Président de la région Languedoc. Filmé au plus près, on le voit affronter toutes les attaques toujours avec le même acharnement et la même ténacité, épaulé par son équipe de
conseillers, qui parfois se désespèrent un peu de ses manières « pas toujours très catholiques »…

Bien sûr, on a envie de le détester ce bonhomme bien franchouillard, entre vieux monsieur indigne et gros pervers dégueulasse. Ses mœurs bien rurales, sa façon de bouffer comme un porc (jusqu’à
des post-it qu’il avale un à un attablé à son bureau, séquence aussi étrange qu’hilarante), sa constance à toujours gueuler ou à jurer comme un Chartier : rien ne l’aide vraiment à se rendre
sympathique aux yeux du monde… Sans compter qu’on le surprend sans cesse en train de mentir éhontément et à dessein, surtout pour servir sa future réélection : il explique par exemple sans
complexe à ses conseillers qu’il invente n’importe quels chiffres pour appuyer son discours lors d’une interview, et il se permet de s’inventer des origines bien populaires et suffisamment
tristes pour verser quelques larmes forcées lors d’un meeting… Même s’il incarne une figure passionnante et intensément cinégénique, il garde quand même tout du personnage infréquentable !

Pourtant, force est de constater que son entourage et surtout ses électeurs le suivent toujours, malgré ses dérapages verbaux ou son exclusion par les grands pontes du Parti socialiste. Il faut
dire qu’il incarne une figure exemplaire de l’homme politique proche du peuple et prêt à s’impliquer sur le terrain, à mille lieues, comme il le rappelle lui-même, des préoccupations
bureaucratiques et parisianistes d’une certaine gauche embourgeoisée et complètement déconnectée de la réalité de la vie en France !

Mais sous couvert de faire le portrait de ce personnage excentrique dans le paysage politique français, le film s’ouvre finalement beaucoup plus largement en posant une question sur la façon
actuelle de faire de la politique. Car si Georges Frêche est un manipulateur évident, que penser alors de tout le reste de la classe politique, qui semble contribuer à son égard à un véritable «
assassinat politique » ? Sans commentaires orientés, le documentaire reste dans une ambiguïté gênante, mais prête par là même la voie à un vrai débat, salvateur et passionnant ! La manipulation
nous apparaît alors au cœur de tout, qu’elle concerne ceux qui nous gouvernent ou ceux qui nous informent. Car il y a bel et bien manipulation politique quand Martine Aubry se sert de prétextes
pour exclure non seulement Frêche du parti, mais également tous ceux qui le soutiennent, à commencer par des milliers de militants ! Et il y a surtout manipulation médiatique lorsque, tous en
chœurs, les journalistes font monter la sauce sur un morceau de phrase prononcé par Frêche et prétendument antisémite, alors que le monsieur ne faisait que parler un peu trop spontanément, comme
il en avait l’habitude… On comprend les dessous des menteurs qui nous gouvernent et qui ne reculent devant aucune infamie pour sacrifier quelqu’un qui pourrait les gêner… Yves Jeuland signe là un
documentaire à la fois drôle et terrifiant, assez brillant et brûlant pour savoir poser des questions utiles sur nos institutions, pour lesquelles la communication et les jeux de pouvoir passent
bien trop souvent avant le bien général…































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samedi 1 janvier 2011

Another year, de Mike Leigh (Grande-Bretagne, 2010)



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Note :
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C’est avec une infinie subtilité, comme à son habitude, que Mike Leigh déroule les quatre saisons dans « Another year ». Il nous fait vivre toute une année, morcelée en quatre mouvements (et en
quatre temps : printemps, été, automne, hiver) dans la vie de Tom et Gerri. Non pas le chat et la souris des dessins animés, mais un couple de retraités qui s’aiment encore magnifiquement malgré
les années qui passent… Ils habitent une chouette maison et cultivent avec soin un abondant jardin, toujours au rythme des saisons. Mais ce qu’ils cultivent le mieux, sans doute, ce sont leurs
rapports aux autres : à leurs amis ou à leurs familles. Le cinéaste britannique multiplie les personnages qui valsent tout autour d’eux et montre une nouvelle fois, avec une acuité incroyable, la
danse des sentiments et des rapports humains…

Tout paraît banal et quotidien dans « Another year », mais c’est justement de cette simplicité que naît la force du film : Leigh filme la langueur de la vie et du temps qui passe, avec grâce et
élégance. La mise en scène est tout simplement remarquable : quelques moments de vie bien choisis (un après-midi entre amis, un repas…), et tout le reste n’est qu’ellipses et non-dits. C’est fin,
c’est beau et l’absence régulière d’une surenchère d’explications, à propos de ce qui se passe dans les vies respectives de chacun, confère au film son universalité ! Tous les acteurs sont
incroyables et communiquent à merveille avec leurs personnages : le couple formé par Jim Broadbent et Ruth Sheen est adorable et touchant, et la composition de Lesley Manville, en optimiste
acharnée et fantaisiste, déçue par la vie et le temps qui l’abîme inexorablement, restera inoubliable…

Le film file la métaphore des saisons, certes, mais avec une finesse absolue. Si le printemps est l’occasion de la naissance de l’enfant d’une collègue, l’hiver est celui de la mort d’un membre
de la famille. Mais bien plus beau encore est cette capacité du film à faire glisser doucement les sentiments de la joie printanière, avec ses rires et ses espoirs en l’avenir, vers la mélancolie
hivernale, avec ses larmes et ses échecs mal digérés… Comme toujours chez Mike Leigh, on oscille entre la comédie humaine et le tendre drame, mais pour la première fois peut-être on perçoit une
note plus sombre et cruelle. Son cinéma demeure toujours optimiste, certes, en s’abstenant comme à chaque fois de choisir une légèreté trop facile ou une niaiserie romantique, mais il abandonne
certains personnages d’« Another year » en plein cœur de l’hiver, avec un cœur congelé, sans que l’on soit très rassuré du traditionnel recommencement des saisons pour eux désormais…

Derrière une apparente simplicité, « Another year » semble au final contenir une richesse infinie, qui permettra à chaque spectateur de le ressentir à sa façon et en fonction de sa propre
expérience de la vie… Voire mieux : on a l’impression d’une œuvre somme magistrale, que l’on pourra voir et revoir tout au long de sa vie et que l’on comprendra et aimera différemment en fonction
de son âge ou de sa situation du moment… Un beau film qui console et qui panse, malgré la tristesse et le froid de l’hiver.































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lundi 29 novembre 2010

Outrage, de Takeshi Kitano (Japon, 2010)



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Note :
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Après le superbe et sensible « Achille et le tortue », Takeshi Kitano
revient à ses premières amours avec « Outrage » : le film de Yakusa… Comme toujours, le cinéaste impose ici une mise en scène maîtrisée et virtuose, jamais avare de plans soignés et archi
composés. Son esthétisation de l’ultra-violence est impressionnante, sublimée par des affrontements entre triades impressionnants, pétaradants et précisément chorégraphiés ! Ca mitraille et ça se
zigouille dans tous les coins, ça tue à foison dans des fontaines de sang mais toujours dans des smokings impec’ et bien repassés, et ça ne manque parfois pas d’humour (forcément noir) dans
l’originalité et l’inventivité des humiliations ou des massacres (quelques découpages de doigts jugés inutiles, une séance chez le dentiste très particulière…)

Kitano tranche dans le vif et soigne ainsi la signature visuelle de son film. Pourtant, quelque chose semble manquer, son « Outrage » nous laissant la plupart du temps dans une contemplation
polie vaguement teintée d’ennui… Au fond, ça a beau charcuter et taillader en tout sens, ça a beau s’entre-tuer avec une certaine grâce, le tout ne passionne guère… Est-ce le côté « déjà vu » ?
La disparition des armes blanches au profit des seules armes à feu ? Est-ce l’atmosphère trop glacée de l’ensemble ? N’empêche que ce long métrage ne laissera assurément pas une place
impérissable dans la carrière de Beat Takeshi...



 



Mise en perspective :



- Achille et la tortue, de Takeshi Kitano (Japon, 2010)































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dimanche 28 novembre 2010

Mords-moi sans hésitation, de Jason Friedberg et Aaron Seltzer (Etats-Unis, 2010)



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Du vent… pire !



 



"Oh mon Dieu, mais qu'est-ce que c'est ?!", angoissais-je dès les premières minutes... et le film n'allait pas aller en s'améliorant, hélas ! Mais même si je ne m'attendais pas à une comédie
ultra subtile et métaphysique en allant voir "Mords-moi sans hésitation", j'étais loin de penser qu'il me faudrait endurer un pareil supplice... Soi-disante parodie de la saga pour midinettes
adolescentes "Twilight", qui est au mythe du vampire ce que "La liste de Schindler" est à la comédie burlesque, le film est construit sur un scénario paresseux, quand il n'est pas carrément
absent. A vrai dire, "Mords-moi etc." se contente surtout de reprendre quelques scènes clés des films qu'il est censé pasticher, en les détournant de la façon la plus idiote et affligeante qu'il
puisse trouver... Du coup, c'est lourdingue, ça n'est jamais drôle, et ça sent le truc vite fait mal fait, surfant sur une mode pour se faire un peu de fric sans en dépenser trop !

L'humour employé est tellement grossier, tellement lourd et "premier degré pipi caca prout prout", qu'on regarde tout ça à distance, blasé et très pressé que tout cela cesse... C'est fou des fois
comme 1h20 paraît durer une éternité ! Le gimmick prioritairement utilisé ici est celui du "pan sur ta gueule" : deux personnages se croisent et se saluent à grands coups sur la tronche, un autre
rentre mystérieusement dans un mur qu'il se prend en pleine face, l'héroïne se laisse ensevelir par des briques tombées de son grenier juste sur sa tête, et ainsi de suite... Le propos déjà au
ras des pâquerettes est encore alourdi par une vulgarité sans nom et un comique de répétition hyper pénible ! Même les quelques rares idées qui auraient pu être drôles tombent ici à plat
tellement leur mise en scène manque d'intelligence ou d'imagination : une apparition impromptue de Buffy par exemple (oui oui, la même que dans "Buffy contre les vampires" !), ou la
représentation des fans de la saga "Twilight" comme des hordes de jouvencelles hystériques séparées entre deux camps : les "pro-Edward" ou les "pro-Jacob", toujours prêtes à se mettre sur la
tronche... Bref ! Oublions bien vite cette comédie vampirique affligeante qui manque cruellement de mordant...



 



Mise en perspective :



- Twilight, Chapitre 2 : Tentation, de Chris Weitz (Etats-Unis,
2009)































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samedi 27 novembre 2010

Le nom des gens, de Michel Leclerc (France, 2010)



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Note :
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Faut-il se fier au « nom des gens » ? Sous les consonances et les prononciations se révèlent bien souvent des apparences trompeuses : les noms véhiculent alors des mensonges, des secrets ou des
douleurs… Arthur Martin en sait quelque chose, lui à qui l’on fait inlassablement remarquer « Ah, comme les cuisines ! », alors qu’il n’a aucun lien de parenté avec son homonyme célèbre.
Comparaison très parlante au début du film, lorsqu’il assimile son nom à celui des joueurs d’une équipe de football coréenne, qui portaient tous le même, quand ce n’était pas le prénom qu’ils
avaient aussi en commun ! « Arthur Martin » est un nom si commun et tellement porté en France qu’il a décidé de vivre une vie tout ce qu’il y a de plus tranquille et discrète, banale et au fond «
muette », comme le secret qui règne dans sa famille à propos du passé, qu’il convient toujours de contourner en trouvant sans cesse de nouveaux sujets de conversation pour ne parler de rien…
Jusqu’à ce qu’il rencontre Bahia, un véritable phénomène qu’on croit d’abord indienne par son prénom mais dont le nom, Benmahamoud, ne cache pas des origines algériennes, contrairement aux
allures physiques parfaitement française de la jeune fille : comme quoi le nom des gens, il ne faut pas s’y fier…

Avec ce « Nom des gens », justement, Michel Leclerc envoie un film culotté et bien balancé à la figure du spectateur, qui a priori pouvait ne pas s’y attendre… Une comédie gaucho et grivoise,
encore une, avec des comédiens sympas, mouais… Eh bien non, vous n’y êtes pas ! Ce long métrage passionné et passionnant est bien plus que ça et atteint des sommets que l’on n’osait pas imaginer
! Rien que le scénario, rythmé et endiablé, à la narration palpitante et aux voix off intelligentes, réussit à mêler des millions de sujets, qu’ils soient drôles ou sérieux, tendres ou graves… Le
long métrage se fait ainsi tour à tour politique, social, historique, sentimental, burlesque, aborde dans une même réplique les délices de la crème chantilly et les camps de concentration… Tout
ça pourrait être indigeste et pourtant tout passe, résultat probable de savants dosages et de sérieux travaux d’écriture !

Mais ce que réussit plus que tout Michel Leclerc, c’est cette capacité à faire tenir son film sur un fil, comme un funambule, en lui faisant dire des choses intelligentes sur un mode hyper léger
! Prenez par exemple le personnage de Bahia : légère et courte vêtue, un peu pute mais terriblement aimable, ses idées simplistes et vite envoyées pourraient paraître bébêtes et atrocement
caricaturales… et pourtant qui lui donnera tort : tous les gens de droite ne sont-ils pas, après tout, des fachos qui ne pensent qu’au fric et à rétablir la loi du plus fort ? Et puis ce
passe-temps apparemment stupide qu’elle a adopté pour rendre le monde plus beau, celui de coucher avec ces fachos de droite (les « niquer » au sens propre donc !) pour les convertir à ses idées…
Eh bien n’empêche que ça marche !

Sara Forestier est juste épatante dans ce rôle rafraîchissant et (sur)vitaminé ! Jacques Gamblin parvient aussi à être très bien et très touchant dans ce personnage rentré qui va enfin s’ouvrir
au monde et aux autres au contact d’une fille qui n’est tellement pas lui, mais qu’il aime déjà si fort… Il forme tous les deux un couple tellement mal assorti qu’il en devient parfaitement juste
et beau ! Tous les personnages (et leurs acteurs) ont d’ailleurs quelque chose de profond et d’extraordinaire : une vérité et une intensité qui frappe ! Jusqu’à cette apparition inattendue et
sympathique d’un homme politique déchu, perdant magnifique… Le personnage de la mère d’Arthur aussi, est très fort : toute sa vie, elle l’aura passé à nier le passé et ses origines juives, la
déportation de ses parents… Tout se souvenir alors d’un coup s’avèrera bien sûr trop difficile à supporter pour cette vieille femme fragile. Le film se fait à la fois symbolique et émouvant quand
Arthur apprend sa mort au téléphone, un cygne inerte dans les mains et son futur (Bahia) qui revient lui dire qu’elle l’aime ! Ces moments à la fois inimaginables et qui sonnent pourtant si
vrais, il y en a des quantités dans « Le nom des gens », comédie populaire et magnifique, qui rappelle ce qui compte vraiment malgré les saloperies de la vie, et qui sait marquer profondément les
esprits, nous laissant dans une émotion toute paradoxale, entre rires et larmes, le sourire jusqu’au oreille et la gorge nouée… On en ressort définitivement sous le charme.































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jeudi 25 novembre 2010

La famille Jones, de Derrick Borte (Etats-Unis, 2010)



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Note :
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Il y avait comme un étrange paradoxe à aller voir « La famille Jones » dans un méga multiplexe rempli d’« homo consumens », tout juste bons à carburer au Coca et au pop-corn ou à « slider » sur
leurs écrans tactiles de téléphones portables dernier cri (et un brin trop lumineux pour le spectateur derrière eux… mais ça ils s’en foutent !) au cours de la projection… Etonnant conflit
d’intérêts aussi d’assister à un film qui critique la publicité tout en multipliant les citations de marques dans son récit et en ayant probablement largement constitué son budget sur le
placement de produits… N’empêche que cette « Famille Jones » se révèle rudement pertinente sur le fond ! Issu du monde de la publicité, Derrick Borte réalise une comédie plutôt inattendue, dans
laquelle il pousse le cynisme du marketing et de la vente à tout prix jusqu’à un paroxysme assez terrifiant ! La famille Jones, qui vient s’installer dans un quartier résidentiel ultra riche, est
en effet construite sur une parfaite imposture : ce père, cette mère et leurs deux enfants n’existent pas et sont en réalité incarnés par des comédiens payés par les marques pour faire de la
publicité à tous leurs riches voisins et pour les inciter à acheter tout et n’importe quoi, simplement en exultant leur bonheur dans le simple fait de posséder tous ces objets…

Si la comédie fait souvent mouche, en grande partie grâce au jeu ironique des acteurs constamment sur le fil, partagés entre la construction de ce bonheur familial factice et la réalité d’une
famille construite sur le schéma d’une équipe marketing au sein de laquelle seul compte le chiffre et le profit, le film ose aussi s’aventurer vers plus de noirceur… Si les failles et la vraie
nature des personnages se révèlent peu à peu et prêtent encore à sourire (la fille un peu nympho, le fils gay, le père qui tombe amoureux de sa fausse épouse…), l’humour devient carrément noir et
grinçant quand une voisine retrouve son mari noyé au fond de sa piscine… Endetté jusqu’au cou à cause des dépenses sournoisement « imposées » par les Jones, celui-ci s’est attaché en slip à ses
lourds biens de consommation pour couler avec eux ! Très imagée, cette séquence nous rappelle combien qu’à trop posséder d’objets (surtout à crédit) ce sont eux qui finissent par nous
posséder…

Notons enfin que le couple Demi Moore / David Duchovny fait des merveilles et que si l’attaque politique n’est pas complètement aboutie, le marché européen a quand même bénéficié de la «
director’s cut » du film en salle, qui propose une fin moins guimauve et « happy end » que sa version américaine…































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mercredi 24 novembre 2010

No et moi, de Zabou Breitman (France, 2010)



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Note :
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La véritable force de « No et moi », c’est qu’il ne se cantonne pas au seul sujet « produit d’appel » que la bande annonce semblait placer au cœur de tout le film : les SDF. Expédié au début du
film par l’exposé que doit faire la petite Lou en classe, et qui sera l’occasion de balancer quelques chiffres et autres statistiques pédagogiques sur les sans abris, le long métrage se focalise
ensuite surtout sur la rencontre entre Lou et « No » (comme Nora), une jeune fille des rues tout juste majeure… Mais les sujets ne manquent pas et se télescopent, noyant ainsi le côté un peu «
démago » que l’on pouvait craindre au départ. Zabou Breitman nous parle ainsi d’une enfant précoce, de la dépression, de l’alcoolisme, de la prostitution, de jeunes gens livrés à eux-mêmes… Bon,
ça pourrait sembler presque trop en fait, mais la réalisatrice tente des choses en matière de mise en scène, pas toujours très subtiles ou habiles certes, mais qui ont le mérite d’être tentées,
ce qui rend l’ensemble finalement assez fluide et agréable à suivre. On pense au côté un peu rock’n’roll de la bande son et de certaines séquences « clipeuses » ou nostalgiques, à l’humour tantôt
émouvant tantôt plus frontal (Lou s’imaginant demander de diverses façons à ses parents de garder No à la maison), à la dimension d’errance de la caméra, qui suit des personnages un peu perdus,
mais toujours très attachants…

Certes, le tout demeure quand même pétri de bons sentiments, mais la guimauve ne déborde cependant pas à tout bout de champs (et de contrechamps) : ça reste tout à fait supportable. Si les sujets
sont nombreux, ils sont traités avec superficialité, ce qui n’est au fond pas plus mal, étant donné la façon trop proprette et gentillette dont ils sont déjà effleurés… Sans aller jusqu’à dire
que « No et moi » est un film mielleux et neuneu, on peut cependant avancer qu’il raconte une histoire très « mignonne ». Au fond, ce qui le rend si attachant et si aimable, c’est peut-être
surtout la fougue de ses interprètes et de leur belle jeunesse. Les trois jeunes gens qui sont au cœur du récit ont chacun un écart de deux ans d’âge (14, 16 et 18 ans), mais leur entente et leur
amitié, au-delà de toute intention sexuelle (ce qui rend leur union plus gracieuse encore), demeure un attrait éminemment rafraîchissant de ce long métrage. Ils sont tous les trois plus au moins
abandonnés par leurs parents et leur relation est une jolie façon de pallier aux manques affectifs qui les cernaient. Si la toute jeune Nina Rodriguez possède un jeu très basique, Julie-Marie
Parmentier est vraiment très bien, même si la véritable révélation du film viendrait peut-être plutôt d’Antonin Chalon, dans le rôle d’un cancre magnifique comme on en avait rarement vu depuis «
Le péril jeune » !































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lundi 22 novembre 2010

Magma, de Pierre Vinour (France, 2010)



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Note :
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Ah, l’Auvergne ! Ses volcans, sa brume, ses paysages panoramiques, ses vaches, ses routes sinueuses… et ses crimes ! Urbain jusqu’au-boutiste et agoraphobe, Paul Neuville, marié un enfant, est
contraint d’aller faire une présentation pour son travail au cours d’un séminaire au beau milieu de cette région bucolique... Sauf qu’au cours de son séjour, il va faire la rencontre d’une femme,
avec qui il aura une liaison et qu’il sera suspecté d’avoir fait « disparaître », après la mystérieuse éclipse de celle-ci…

Si l’intrigue n’a rien d’atrocement innovant ou palpitant, malgré ses quelques rebondissements plutôt futés, la mise en scène, bien que desservie par une pauvreté de moyens évidente, s’avère
quant à elle intrigante et parsemée de frénésies incroyables… Pierre Vinour parvient en effet à créer une pure atmosphère, pleine d’audaces et de recherches formelles parfois maladroites, mais
qui revendiquent toujours une liberté de filmer presque virginale ! Le parallèle établi plusieurs fois entre les paysages volcaniques (l’imminence d’une éruption) et l’intériorité du personnage
principal demeure notamment assez réussi et mystérieux… Le film est ainsi traversé d’un bout à l’autre par une étrangeté souvent inqualifiable, une sorte de malaise inexplicable et diffus, bercé
par une ambiance vaporeuse.

Les jolies apparitions de Natacha Régnier (dans le rôle de la femme de Paul) ont du offrir à « Magma » une grande partie de son modeste budget, mais le rôle principal dévolu à l’acteur Medhi
Nebbou apparaît comme la véritable clé du scénario, le lien entre tous les personnages… D’ailleurs, si la femme qui disparaît (souvent hitchcockienne !) nous semble d’abord le cœur de l’intrigue,
c’est au contraire sur Paul que tout va finir par se cristalliser : un traumatisant passé va venir nous exploser à la figure et un trouble de comportement devient de plus en plus évident dans les
aléas du personnage, qui nous était pourtant apparu tellement sympathique tout d’abord, sous ses faux airs de grand dadais ahuri qui sourit tout le temps… L’histoire se retourne alors sur une
étonnante opacité et l’on se rend compte que tout n’était peut-être que faux semblants, la narration n’étant en réalité que le fruit de plusieurs subjectivités… Pierre Vinour affirme là une belle
façon de mener son spectateur en bateau, en privilégiant le ressenti au factuel, et révèle des talents de cinéaste débutant indéniables !































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samedi 20 novembre 2010

My Joy (Mon bonheur), de Sergey Loznitsa (Russie, Ukraine, Allemagne, 2010)



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Note :
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Bon, c’est vrai, contrairement à son titre optimiste, « My Joy » n’est pas un film très joyeux… On y suit l’odyssée tragique de Georgy, un pauvre gars, au départ plutôt bon bougre, qui finira
pourtant par passer du côté obscur de l’humanité, vaincu par la noirceur du monde qui l’entoure et surtout l’enserre ou l’étouffe, devrait-on dire. Au début du long métrage, Georgy est un routier
sans histoire et plutôt conciliant, étant même prêt à aider son prochain malgré l’ingratitude de tous ceux qu’il rencontre sur sa route : il ne bronche pas devant la bêtise de deux agents de
police cruels qui veulent se faire mousser (pathétique et arbitraire vengeance des « sans grade » dans un système qui les écrasent), il essaie d’aider une (trop) jeune prostituée qui finit par
l’envoyer balader, et il se fait frapper et dépouiller par ceux à qui il propose de partager un repas… Noir c’est noir, et le cinéaste semble constamment asséner au spectateur qu’il n’y a
vraiment plus d’espoir : quand on croit que la situation ne peut pas être pire, le récit nous prouve qu’en fait si, tout peut être toujours pire ! Dans la seconde partie du film, Georgy est
devenu un quasi clochard mal rasé et visiblement fou, incapable de parler peut-être à cause du coup qu’il a reçu sur la tête… La fin du film l’amènera à commettre un acte de violence atroce et
gratuite, le faisant ainsi définitivement rejoindre les ténèbres que l’on croyait l’apanage des autres personnages : le dernier plan, le laissant marcher sur la route et doucement s’enfoncer dans
l’obscurité, est tout bonnement sublime !

A plusieurs reprises, le film nous fait perdre de vue son personnage principal, pour mieux nous entraîner dans un enchevêtrement de récits et de personnages des plus fascinants. « My Joy » trouve
là sa force et son identité propre, à travers cette écriture formelle à la fois déstabilisante et audacieuse… Sans compter que les récits dans lesquels le cinéaste nous embarquent décrivent avec
une vigueur sans concession un monde à l’agonie : ce monde de l’Est, éternellement pauvre et dépossédé, corrompu et violent, où l’on ne cesse de donner ou de recevoir des coups, gagné
inéluctablement par un égoïsme et un cynisme qui enveloppe et détruit tout sur son passage, n’est d’ailleurs peut-être que le symbole du monde des hommes dans sa globalité. Il ne semble plus y
avoir la moindre échappatoire à cette description pleine de fatalité et de désespérance de l’humanité, si ce n’est la mort, à laquelle il convient encore de penser avant même de mourir, en
achetant par exemple son cercueil de son vivant, pour qu’il soit au plus bas prix ou avant que celui qui peut le fabriquer ne meurt lui-même… La tonalité âpre et glaçante du film pourra en
refroidir plus d’un, mais « My Joy » demeure admirable dans ce style unique et envoûtant qu’il parvient à mettre en œuvre sous nos yeux incrédules : un mélange de beauté crasse et de grâce
corrompue !































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vendredi 19 novembre 2010

Rubber, de Quentin Dupieux (France, 2010)



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Note :
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Sauve qui pneu !



 



Pourquoi une automobile noire renverse méthodiquement un « troupeau » de chaises une à une en plein désert au tout début du film ? « No reason »… Pourquoi un type en sort du coffre et renverse le
verre d’eau qu’il tient à la main et que l’on pensait qu’il boirait ? « No reason »… Pourquoi a-t-on fait venir là des « spectateurs » pour suivre à distance, avec des jumelles, une étonnante
fiction ? « No reason »… Pourquoi voit-on un pneu se réveiller tranquillement dans une décharge, apprendre à rouler l’air de rien, se mettre à développer des talents pour la télékinésie et faire
ensuite exploser des têtes par dizaines ? « No reason »… Ah vraiment, mais quel drôle d’Oizo ce Dupieux ! Il est quand même un tout petit « pneu » gonflé pour oser un film aussi improbable sur
une roue de voiture reconvertie en serial killer qui tue sans la moindre raison… Tourné en quatorze jours avec un appareil photo (!), le seul concept du film a déjà de quoi surprendre et emballer
!

Le pari du cinéaste est d’ailleurs en grande partie réussi, dans la mesure où l’on y croit à cette histoire et où son cinéma fait parfaitement illusion. En plus de ça, on s’amuse vraiment à
suivre l’odyssée absurde et déjanté de ce pneu en roue parfaitement libre, si l’on puit dire… Les bonnes idées se suivent, depuis l’apprentissage de la vie du pneu (à rouler d’abord, à tuer
ensuite, en commençant par des objets ou des petits animaux et en finissant par des humains) et jusqu’à sa réincarnation en tricycle, en passant par sa romance avec une jolie pépée ou une nuit
tranquille dans un motel, traces de pneu dans les draps (ah ah) et douche au petit matin incluses…

Quentin Dupieux est un filou et il va même plus loin dans son concept terriblement série Z, en le transformant en vraie réflexion sur le cinéma, à travers une intrigante mise en abyme… L’histoire
ne se déroule en effet que si un public la regarde, et le réalisateur installe carrément un groupe de touristes au milieu de nulle part pour leur faire assister à son « film ». A moins qu’il ne
s’agisse là que d’une façon d’exorciser l’absence de public pour « Steak », son précédent film ? Quelques spectateurs, après tout, même inclus à l’intérieur du film, c’est toujours ça de
pris…

Audacieux, « Rubber » l’est tout autant dans son récit que dans sa forme, puisque tout semble sur le point de vaciller à chaque instant au fur et à mesure que le film avance… On se demande même
souvent comment il peut aussi bien tenir la route, mais c’est justement dans son absence de cohérence ou d’explications que l’on trouve la meilleure des réponses ! Dès le début de film en effet,
le personnage principal (excellent et hilarant Stephen Spinella) nous explique face caméra, ni vu ni connu, que ce que l’on va voir n’est finalement rien d’autre qu’un hommage à l’éternel et
omniprésent « No reason » qui gouverne le monde…

Reste que « Rubber », malheureusement, manque peut-être un peu de carburant pour arriver vraiment à bout de ses intentions de long métrage… Si les effets de lenteur qui parcourent le film sont
bien souvent joliment esthétique, force est de constater que l’ensemble a parfois l’air un brin étiré et répétitif, au point de tourner en rond… ou plutôt de ne plus tourner bien rond, comme un
pneu crevé ! On reconnaît que « l’effet cinéma » est réussi, porté aussi par mille références (à commencer par « Scanners » de Cronenberg, peut-être la plus évidente avec les têtes qui explosent), mais
une impression d’inachevé demeure quand le générique de fin apparaît. Il manquait sans doute encore un peu de consistance, d’une ou deux idées supplémentaires ou d’une roue de secours, pour
parachever ce « Rubber » comme on l’avait rêvé avant sa projection ! Bel effort, en tout cas, et beau geste d’un cinéaste stimulant !































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mercredi 17 novembre 2010

Saw 3D : Chapitre final = Saw 7 (vu en 2D), de Kevin Greutert (Etats-Unis, 2010)



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Note :
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Le 7ème "Saw" ?



 



Pour ce « chapitre final », la franchise culte du gore nous a réservé un(e) « Saw 7 » très sale ! Les aficionados du genre devraient en effet se réjouir et se pourlécher les babines : « Saw 7 »
enchaîne sans relâche les dépiautages, éviscérations et autres découpages en tout genre de chair humaine, dans des gros plans frontaux bien dégueux… ou délicieux, selon le régime alimentaire de
chacun (on déconseillera quand même le tout aux végétariens à l’âme trop sensible !) N’empêche que l’univers cathartique de la saga continue de fonctionner comme au premier jour et que l’on
s’abreuve de tant d’horreur avec toujours autant de bonheur ! Il faut dire que les façons de trucider les gens ne manquent ici ni de peps ni d’originalité : le spectacle monstrueux et sadique de
la mort est constamment renouvelé pour nos petits yeux avides… On suppose que la vision en 3D du film permettra d’en avoir encore un peu plus plein les mirettes, mais sachez que sa version «
vintage » et plate est déjà suffisamment efficace en matière de sensations fortes, avec quelques séquences particulièrement insoutenables !

Mais « Saw 7 » n’est pas que cela ! A l’instar des autres épisodes de la série, trop souvent qualifiés à tort de « porn torture movies » sans rien derrière, cet « ultime » opus (c’est comme ça
qu’il est aujourd’hui vendu en tout cas) possède des qualités créatives et artistiques insoupçonnées, qu’il serait grand temps de réhabiliter ! La première séquence de torture, par exemple, est
ici particulièrement intéressante dans la mesure où elle a lieu – fait inédit ! – en public, dans la vitrine d’un grand magasin : à travers cette foule de voyeurs assistant avidement au spectacle
de charcuterie de quelques adolescents à coups de scies sauteuses, le film propose comme une mise en abyme « miroir » plutôt futée à son public avide d’images de plus en plus sanglantes… On
pourrait y lire alors une véritable critique de la violence croissante de nos sociétés pseudo-civilisées !

Cependant, rappelons avant tout que « Saw » est aussi un concept narratif assez fouillé et bien réalisé. Ici, le scénario est une fois encore brillamment écrit, poussant le récit avec une
certaine virtuosité dans des retranchements insoupçonnés. Sans compter que les révélations sont nombreuses, notamment le coup de théâtre final (réapparition incroyable d’un personnage jusque-là
oublié du tout premier film !), tout comme les mises en perspectives avec les autres longs métrages de la saga… C’est stimulant et bien fichu, donnant du relief et un sens à ce que beaucoup
voudraient trop facilement réduire à un enchaînement pur et simple de scènes de carnages atroces et perverses !

Osons enfin comparer l’incomparable et proclamer « Saw » comme un équivalent contemporain de cette bonne vieille Bible ! Chaque film serait alors un chapitre et chaque piège de Jigsaw et de ses
disciples comme les versets de ces chapitres… Chaque verset possédant bien sûr sa petite morale propre. Car au fond, « Saw » est une suite de films remplis de commandements et de conseils pour
une vie meilleure : les mauvais actes y sont systématiquement punis et chaque homme fautif aura une chance de se racheter une dernière fois… Dans « Saw 7 », un imposteur tente même de transformer
en religion les actes de Jigsaw, soutenant que chaque homme ayant survécu à ces horreurs peut en tirer une vraie leçon de vie ! Constituée de 7 films (chiffre magique !), le premier et le dernier
sont comme l’alpha et l’oméga, allant de la « Genèse » à l’« Apocalypse », et il n’est bien évidemment pas innocent que ce dernier chapitre se termine exactement là où le premier film commençait…































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