Affichage des articles dont le libellé est En avant-première. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est En avant-première. Afficher tous les articles

mercredi 17 septembre 2014

[Cinéma] Mommy, de Xavier Dolan

Mommy
de Xavier Dolan
(Canada, 2014)

Sortie le 8 octobre 2014


★★★♥

Avec « Mommy », le petit prodige du cinéma québécois Xavier Dolan a bien failli rafler une Palme d’or historique à Cannes cette année, en devenant le plus jeune lauréat de ce prix d’excellence… Il n’en sera rien, même si son Prix du Jury comme lot de consolation fait probablement de lui le long métrage le plus remarquable du Palmarès cannois 2014 !

Il faut dire que le scénario de « Mommy » ne peut que remporter l’adhésion et l’amour du public, tant la relation difficile entre cette mère et ce fils malade (il a des troubles du comportement pouvant le rendre assez flippant et même dangereux pour lui-même et les autres) se révèle forte, troublante et déchirante… Les interprètes qui portent cette relation tragiquement humaine sont tous magnifiques, tous aimés tendrement par la caméra de Dolan : Anne Dorval (la mère) et Suzanne Clément (dans le rôle d’une voisine au problème de langage tragi-comique, qui accepte d’aider le garçon dans ses études), bien sûr, actrices fétiches du jeune cinéaste… mais aussi Antoine-Olivier Pilon, épatant dans le rôle du fils perturbé, toujours attachant jusque dans ses accès de colère ou de violence !

Le talent du réalisateur s’exprime dans l’écriture de ces portraits psychologiques extrêmement fins, mais aussi dans une mise en scène parfaitement maîtrisée ! La plus belle trouvaille du film demeure sans doute ce choix du format carré de l’image, qui mise en perspective avec l’aspect rectangulaire de l’écran de cinéma, donne véritablement l’impression d’être plus haute que large… Un choix propice au portrait en photographie, et c’est bien ce que cherche à faire « Mommy » : suivre sans cesse les personnages au plus près, traquer sur leurs visages la moindre parcelle d’émotion, le moindre détail exprimant leur être, sans que l’on ne puisse focaliser et se disperser sur autre chose… Une seule scène fera exception à ce procédé, le temps pour la mère de rêver la vie à venir de son garçon en cinémascope, cette vie « normale » qu’il n’aura justement jamais : le format courant du cinéma associé alors à un pur fantasme…

A l’écran, les scènes de bravoure s’enchaînent et se multiplient : même si Xavier Dolan filme la vie simple, il le fait avec une aisance, une ampleur et une poésie phénoménale… La bande son aide comme toujours dans son cinéma à porter l’émotion, et intensifie plus encore les temps forts d’un film qui nous emporte et dont on ne pourra certainement pas se remettre de sitôt… Tout simplement sublime !

Autres films de Xavier Dolan :

dimanche 14 septembre 2014

[Cinéma] The Voices, de Marjane Satrapi

The Voices
de Marjane Satrapi
(Etats-Unis, Allemagne, 2014)

Film en compétition internationale à l’Etrange festival 2014

Sortie le 11 mars 2015


☆

Si la carrière au cinéma de Marjane Satrapi n’affiche largement pas que des films aussi réussi que « Persepolis », on ne pourra pas lui reprocher une originalité sans cesse renouvelée. Avec « The Voices », elle s’essaie d’ailleurs à un genre de cinéma très segmentant : la comédie d’horreur… et il faut dire que le résultat se révèle plutôt sympathique. On y suit les soucis de Jerry, personnage plutôt dérangé et maladroit, dont un « non-rendez-vous » avec une jeune femme qui lui plaît le mène à la tuer bien malgré lui… enfin presque ! A partir de là, on assiste à une véritable spirale infernale et absurde, qui le transforme en véritable petit serial killer amateur et plutôt « fun »… Bizarre ? Oui ! Mais c’est justement ce ton oscillant entre guimauve (la vision du monde presque en rose bonbon de Jerry lorsqu’il ne prend pas ses médicaments) et horreur pure et dure (la réalité de ses actes monstrueux) qui confère à « The Voices » son atmosphère unique et décalée… Tout n’est pas franchement réussi, avouons-le, mais rien que les hallucinations de Jerry valent le détour, ne serait-ce que pour assister aux conversations hilarantes qu’il entretient avec son chien et son chat, qui figurent les voix de sa conscience, l’une l’incitant à faire le bien et l’autre à trucider sans complexe les jeunes femmes !

Perspective :
- Poulet au prune, de Marjane Satrapi

C'est aujourd'hui le dernier jour pour profiter de l'Etrange festival 2014 : mais qu'attendez-vous donc ?!

Autres films vus à l'Etrange Festival 2014 :
- Lost Soul : The doomed journey of Richard Stanley's Island of Dr Moreau, de David Gregory (Etats-Unis, 2014) ★
- Visitors, de Godfrey Reggio (Etats-Unis, 2013) ☆

samedi 13 septembre 2014

[Cinéma] Hyena, de Gerard Johnson

Hyena
de Gerard Johnson
(Grande-Bretagne, 2014)

Film en compétition internationale à l’Etrange festival 2014


★★

Avec « Hyena », qui porte plutôt bien son titre par rapport à la vision que le cinéaste donne de l’humanité, Gerard Johnson signe un film extrêmement noir et désespéré autour du parcours d’un flic, dont les rapports qu’il entretient avec les réseaux de dealers et proxénètes violents le font progressivement plonger en Enfer… Pour pénétrer ces réseaux, il doit en effet « se mouiller » et payer de sa personne, quitte à se mettre en dehors de la loi : mais jusqu’où peut-il aller au fond, semble se demander parfois son regard choqué et halluciné ? Le personnage, qui sniffe de la coke à tout bout de plan (comme un gimmick presque drôle dans le film… mais une drôlerie vraiment acide !), semble en plein marasme existentiel avec lui-même, en proie aux doutes et à une crise de conscience insoluble, particulièrement devant les épreuves qu’il traverse, le menant à assister à des crimes atroces et suffocants ! Si beaucoup de subtilités de l’intrigue, assez dense, nous échappent parfois, qu’importe : la force de « Hyena » vient de cette description morbide et ignoble d’un monde atrocement immonde… Cette description s’accompagne d’une mise en scène percutante et ambitieuse, transformant le tissu urbain en véritable jungle anxiogène, où l’horreur peut vous envahir à chaque instant… Un cinéaste talentueux à suivre, pour sûr !


Autres films vus à l'Etrange Festival 2014 :
- Singapore Sling, de Nikos Nikolaïdis (Grèce, 1990) ☝☹
- Alleluia, de Fabrice Du Welz (France, Belgique, 2014) ☆
- It follows, de David Robert Mitchell (Etats-Unis, 2014) ☆

vendredi 12 septembre 2014

[Cinéma] Rampage 2 : You end now, de Uwe Boll

Rampage 2 : You end now
de Uwe Boll
(Canada, Allemagne, 2014)

Inédits et avant-premières de l’Etrange Festival 2014


☆

On se souvient tous du nihiliste et facétieux Bill, l’incroyable « héros » du premier « Rampage », qui massacra joyeusement des dizaines de personnes plus ou moins « au hasard », vêtu de Kevlar et armé jusqu’aux dents… Eh ben le cultissime Uwe Boll (du moins dans le domaine des séries B ou Z improbables) remet le couvert avec cette suite du même acabit, bien qu’un brin en deçà du précédent opus, l’effet de surprise s’étant pour le coup évaporé et les scènes marquantes ou rigolardes se faisant plus rares… On rit sans doute moins (même jaune) ici et le tout semble un peu moins pertinent… Certes, les propos de Bill, notamment sur des vidéos qu’il veut diffuser au plus grand nombre, sont plein de bons mots contre les institutions politiques et la bêtise du monde contemporain, certes on prend un certain plaisir à retrouver ce personnage moitié fou et moitié héros moderne, et certes la séquence où il dégomme tranquillement les passants depuis une ruelle cachée est hilarante, mais le bordel de la mise en scène n’agit pas aussi bien que dans le premier film, et on garde surtout le sentiment que le long métrage ne décolle jamais vraiment… Il manque clairement une ou deux scènes cultes, comme pouvaient l’être celles du salon de coiffure ou du bingo dans le premier volet…

Perspectives :
- Rampage : Sniper en liberté, de Uwe Boll
- Postal, de Uwe Boll


Il est encore temps pour vous d'aller faire un tour à l'Etrange festival !

jeudi 11 septembre 2014

[Cinéma] Killers, des Mo Brothers

Killers
des Mo Brothers
(Japon, Indonésie, 2014)

Film en compétition internationale à l’Etrange festival 2014


★★

« Killers » est l’un de ces thrillers violents que savent nous concocter certains pays asiatiques. Derrière le pseudonyme des « Mo Brothers » se cache en réalité les réalisateurs Kimo Stamboel et Timo Tjahjanto, à l’origine du film d’horreur « Macabre »… L’originalité de ce nouvel opus vient de l’utilisation des ordinateurs et des réseaux de partage en ligne de type YouTube, puisqu’on y voit deux tueurs mettre en ligne les vidéos de leurs forfaits sadiques sur la toile… Une sorte de compétition semble naître en eux, dénonciation intéressante des dérives de la télé réalité ou de la fascination des images… Mais le film reste aussi un thriller efficace et rondement mené, avec scènes d’action et de violence tout à fait honorables et souvent assez originales… kiffant !

L'Etrange festival au Forum des images de Paris jusqu'à dimanche !

samedi 6 septembre 2014

[Cinéma] White God, de Kornél Mundruczó

White God
de Kornél Mundruczó
(Hongrie, Allemagne, Suède, 2014)

Film en compétition internationale à l’Etrange festival 2014

Sortie le 3 décembre 2014


★★

Prix un Certain Regard au dernier festival de Cannes et « Palm Dog » pour l’un des chiens interprétant Hagen, le héros canin du film, « White God » est un pur OVNI cinématographique, entre cinéma d’auteur et film de genre… Il raconte l’histoire d’un chien abandonné par ses propriétaires par refus de payer une taxe sur les « bâtards », ces chiens croisés qui ne sont pas des races pures : autant dire que rien que ce contexte donne au film hongro-germanique un caractère éthique et politique tout à fait percutant… Livré à lui-même dans la ville, perdu et naïf, Hagen va alors se confronter à l’horreur de la race humaine, qui veut sans cesse lui faire du mal ou le dresser pour des combats de chiens (scène impressionnante et amère où il mettra à mort un de ses semblables…) Sa vengeance sera terrible, le récit le conduisant en véritable « prophète » et meneur d’une révolte des chiens, s’enfuyant d’un chenil pour mettre la ville à feu et à sang ! On retient des plans assez sidérants et admirables en terme de dressage… mais l’un d’eux marque particulièrement les esprits, tant il illustre peut-être la clé du long métrage : Hagen courant seul sur une route, la nuit, éclairé d’une mystérieuse lumière blanche, comme auréolé d’une puissance divine, expliquant ainsi le titre du film, qui demeure en outre un hommage au « White Dog » de Samuel Fuller, par un jeu de consonnes inversées… Si le film peut se lire comme une métaphore d’une race maltraitée par une autre, il rappelle aussi que la nuance existe et qu’il suffit souvent d’avoir un cœur aimant, à l’image de celui de la vraie maîtresse de Hagen, ou plus précisément son « amie » : une petite fille à qui on a pris son chien… Merveilleuse séquence où on la voit stopper la révolte au son de sa trompette, la musique et plus généralement la culture comme arme contre la bêtise ! Original et vivifiant, « White God » est assurément un film qui marquera les esprits…

Perspectives :

vendredi 5 septembre 2014

[Cinéma] Open Windows, de Nacho Vigalondo

Open Windows
de Nacho Vigalondo
(France, Espagne, Etats-Unis, 2014)

Film en compétition internationale à l’Etrange festival 2014


☆

Le festival commence doucement pour moi avec ce film de l’espagnol Nacho Vigalondo : « Open Windows ». Le fan d’une actrice célèbre se retrouve pris au piège par un maniaque anonyme qui lui propose d’observer l’actrice via de nombreuses caméras sur internet… Si le film n’est pas vraiment bon, on ne peut pas dire qu’il soit pour autant mauvais ! Déjà, Elijah Wood est étonnant quand il se lance comme ça dans un petit film le remake de « Maniac »). Et puis la multiplication des vidéos sur l’écran d’ordinateur du personnage nous permettent de suivre l’action entre une distance angoissante et un soupçon permanent sur la vérité des images, qui fonctionne plutôt bien… « Open Windows » tente d’ailleurs une réflexion sur l’omniprésence des caméras et des nouvelles technologies dans nos vies, tout en démontrant qu’elles ne sont pas forcément là pour nous rassurer, voire qu’elles aboutissent à l’exact contraire ! Une furtive séquence montre également le navrant spectacle de la télé réalité ou du pouvoir de fascination des écrans, qui conduisent à des comportements retors : on y voit l’actrice sur le point de mourir si les internautes connectés ne se déconnectent pas de l’image… le résultat est que le nombre de connexions ne cessent justement d’augmenter ! Mais bon, tout cela n’est cependant guère approfondi, et le film souffre aussi de quelques longueurs et d’une tonalité un brin nonchalante à certains moments… Appréciable, mais parfaitement dispensable, au fond…

de genre (on l’avait déjà vu dans

mardi 5 août 2014

[Cinéma] Near Death Experience, de Benoît Delépine et Gustave Kervern

Near Death Experience
de Benoît Delépine et Gustave Kervern
(France, 2013)

Sortie le 10 septembre 2014

★★

Comme à leur habitude, les grolandais Delépine et Kervern réussissent avec « Near Death Experience » un film unique et hors des normes. Dans une mise en scène décalée (autant au sens propre que figuré), on y voit évoluer un personnage seul, même lorsque du monde gravite autour de lui : la caméra prend le soin de ne jamais montrer les visages des autres personnages, sauf exceptions lorsque le héros crée un véritable contact avec un autre… Un personnage principal, d’ailleurs étrangement interprété par Michel Houellebecq (génie littéraire qui incarne ici avec virtuosité la médiocrité des personnages de ses propres romans), qui se révèle au bout du rouleau, lassé de la vie et près à faire route vers la mort, en quittant son domicile soudainement pour aller se perdre dans les montagnes, isolé de la folie des hommes : métaphores aux contours absurdes et grotesques, qui jalonnent régulièrement le long métrage… Avec cette subtilité grossière, ce décalage permanent, ce désespoir rigolard flirtant avec l’œuvre de Samuel Beckett (on retient l’improbable rencontre au milieu de nulle part d’un homme qui propose à notre personnage un jeu pour enfant dans le sable), les cinéastes parviennent avec une grâce paradoxale à nous parler du mal-être de nos sociétés : la banalité d’une vie quotidienne dénuée de sens, qui manque au fond de l’ivresse qu’elle promettait naguère… « La vie doit être enivrante », se répète intérieurement le personnage comme une litanie magique. Son contenu de conscience, cheminement intérieur disséminé au fil de son cheminement physique, nous aide d’ailleurs avec un humour typiquement grolandais à saisir une parcelle de sa vérité, comme son incapacité à en finir : « Décidément tu parles trop et tu ne te suicides pas assez »… jusqu’à cet acte final, qui a lieu au moment le moins attendu, révélant encore beaucoup sur l’humanité, ou l’absence d’humanité, à travers une dernière rencontre qui ressemblait pourtant à une promesse d’espoir…


Autres films de Benoît Delépine et Gustave Kervern :
Le grand soir (2011)
Mammuth (2010)

lundi 28 juillet 2014

[Cinéma] Obvious Child, de Gillian Robespierre

Obvious Child
de Gillian Robespierre
(Etats-Unis, 2014)

Sortie le 3 septembre 2014

★

Elle est sympa Donna, et l’actrice Jenny Slate sait très vite rendre ce personnage attachant, avec ses airs de fille « normale », plutôt naturelle et spontanée… Si elle met en scène sa vie (très) quotidienne dans des numéros de « stand up » dans un bar de paumés, son destin de looser malgré elle s’avère plutôt banal : elle se fait larguer, déprime, rencontre un garçon a priori pas du tout fait pour elle, dont elle tombe malencontreusement enceinte… Le sort semble s’acharner (gentiment) sur elle, mais c’est pour le plaisir du spectateur, qui devrait trouver dans « Obvious child » un film réellement sympathique, à la fois drôle et intime. Son scénario très empathique sait aussi être fantaisiste et prendre certaines situations à contre-courant : le dénouement de l’intrigue est notamment au moins à moitié surprenant, en parvenant à dédramatiser une décision pas si courante dans le cinéma américain… Enfin, « Obvious Child », vous l’aurez compris, se révèle en réalité bien plus « new-yorkais » que véritablement « américain » !

mardi 1 avril 2014

[Critique] Tom à la ferme, de Xavier Dolan



tom_a_la_ferme.jpg
Tom à la ferme



de Xavier Dolan



(Canada, France, 2012)



Sortie le 16 avril 2014




star.gif

star.gif


« Je voulais écrire pour tourner et non pour attendre. Il me fallait un scénario-éclair pour un tournage en vitesse » : le cinéma de Xavier Dolan reste encore poussé par le souffle de l’urgence
et de la jeunesse… « Tom à la ferme », son quatrième film à seulement 24 ans, en est parfaitement symptomatique, tant il marque en outre une réelle volonté du jeune cinéaste d’explorer des
univers « autres »… « Après la plus ou moins consciente trilogie sur l’amour impossible – « J’ai tué ma mère », « Les amours imaginaires », « Laurence Anyways » – un changement de cap s’imposait ! »

Adaptation d’une pièce de théâtre de Michel Marc Bouchard, ce nouveau long métrage sait affirmer son identité cinématographique. Malgré un nombre de décors resserrés, la mise en scène de Dolan
sait instaurer une ambiance trouble et fascinante, souvent aux frontières du thriller, et sa caméra virevolte ou parcours la campagne pour imposer une atmosphère isolée et retorse… C’est sans
aucun doute avec moins d’affèteries que dans ses précédents films (ce que l’on pourra néanmoins regretter) que le réalisateur signe au fond un film plus sobre et certainement moins « euphorique
»… un signe de maturité ?

C’est avec beaucoup de talents que Xavier Dolan nous plonge dans un monde d’étrangeté, isolé dans une ferme à la campagne : silences, mystères et non-dits seront les maîtres mots d’un scénario
que l’on pourra décoder à loisir… Tom (incarné par Dolan lui-même, qui s’est fait « blonde » pour l’occasion) a quitté la ville pour assister à l’enterrement de son petit ami : il est accueilli
par la mère du défunt, qui ne sait pas que son fils était homosexuel, puis par son frère, qui le menace d’emblée pour l’empêcher de révéler la vraie nature de sa relation avec le jeune homme
décédé… Les images nous montrent peu, les dialogues se révèlent bizarres ou décalés, tout semble plus souvent suggéré que réellement mentionné… Subtil et fascinant !

« Avant d’apprendre à aimer, les homosexuels apprennent à mentir » : cette phrase, mise en exergue dans la pièce originale, Xavier Dolan regrette de n’avoir pas su l’inclure dans son film… mais
force est de constater qu’elle y a une résonance forte, même si rien d’explicite n’est révélé dans le long métrage, préférant le trouble et la discrétion à un discours trop appuyé. Trouble
parfaitement illustré par la relation indescriptible entretenue entre Tom et le frère de son copain mort : Tom éprouve un mélange d’attraction-répulsion pour ce bouseux violent et primaire,
quelque part entre psychopathe et homme psychologiquement détruit, et qui lui rappelle malgré lui l’être disparu… Tom et ce frère, c’est aussi le dialogue entre la ville salvatrice pour les êtres
« différents » et la campagne arriérée qui les meurtrit à petit feu… L’impossibilité pour Tom de repartir pour la grande ville « civilisée » d’où il vient, malgré les occasions qui s’offrent à
lui, révèle une culpabilité diffuse et le transforme en semi-fou, capable de justifier l’injustifiable, comme de rester travailler à la ferme… La valse qu’ils dansent dans la grange tous les
deux, véritable parade amoureuse filmée comme une scène de meurtre, pétrie de tensions invisibles, se révèle l’un des points d’orgue d’un film qui sait surprendre et captiver avec un talent
incontestable !



Autres films de Xavier Dolan :



Les amours imaginaires (2010)



J’ai tué ma mère (2009)



Laurence Anyways (2012)































  • Plus










lundi 17 février 2014

[Critique] Qui a peur de Vagina Wolf ? de Anna Margarita Albelo



qui_a_peur_de_vagina_wolf.jpg
Qui a
peur de Vagina Wolf ?



de Anna Margarita Albelo



(Etats-Unis, France, 2013)



Sortie le 19 mars 2014




star.gif


Premier long métrage de la haute en couleurs Anna Margarita Albelo, à la fois réalisatrice et actrice de son film, « Qui a peur de Vagina Wolf ? » est une curiosité indéniable, qui ne peut que
surprendre tous ceux qui auront justement la « curiosité » d’aller y jeter un œil…

Dans une ambiance bien bordélique et foutraque, le film respire l’intime et l’autobiographique… Venant de fêter ses 40 ans, Anna décide de prendre enfin sa vie en main, en prenant trois
résolutions pour cette nouvelle année de vie : trouver l’amour, perdre quelques kilos et surtout réaliser une adaptation lesbienne, queer et underground de « Qui a peur de Virginia Wolf ? »

Dans le garage minable où elle vit, elle réussit à monter une équipe pour tourner son scénario, dont une actrice dont elle tombe très vite amoureuse… Les histoires sentimentales entre les filles
se télescopent, rendant vite impossible la poursuite du tournage… Si l’histoire n’est pas forcément très bien troussée, la sincérité et l’humour qui émaillent le film demeurent généreux et
plaisant à suivre ! Le casting, à commencer par l’actrice-réalisatrice, permet de rendre le tout franchement attachant et surtout drôle…

Si le tout n’est pas toujours très abouti, il y a dans ce « Qui a peur de Vagina Wolf ? » suffisamment d’audace et de liberté pour combler les manques. Visuellement, la réalisatrice sait être
inventive et son style narratif oscillant presque constamment entre chronique quotidienne et comédie absurde relève le tout avec une sacrée énergie !































  • Plus










jeudi 6 février 2014

[Critique] Gerontophilia, de Bruce LaBruce



gerontophilia.jpg
Gerontophilia



de Bruce LaBruce



(Canada, 2013)



Sortie le 26 mars 2014




star.gif

star.gif

star.gif


Quand le réalisateur Bruce LaBruce décide de délaisser son univers underground habituel (« Hustler White », « Otto », « L.A. Zombie »…) pour se lancer dans le cinéma « mainstream », on ne peut pas dire qu’il le fasse
avec un sujet tout à fait discret : il y aborde rien de moins que le thème de la gérontophilie, laissant d’emblée présager que son film ne sera en rien un film banal ou édulcoré, comme le tout
venant de la production « grand public »…

« Gerontophilia » raconte ainsi un moment de la vie de Lake, jeune homme de tout juste 18 ans, vivant chez une mère un peu volage et sortant avec une fille de son âge, et découvrant
progressivement son attirance pour les vieux messieurs, lorsqu’il commence un job d’été à leur contact dans une maison de retraite… Il deviendra plus particulièrement proche de l’un d’eux, M.
Peabody, avec qui il va vivre une véritable histoire d’amour.

Toute la gageure – et le talent ! – de Bruce LaBruce est de surfer entre une utilisation assez étonnante des codes du film « mainstream », sur le mode je raconte une bluette amoureuse façon «
teenage movie » avec toutes les étapes que cela exige (rencontre, drague, obstacles, fuite en avant, jalousie…), et tout un ensemble de passages borderline où l’âme indécrottable et perverse du
cinéaste se révèle avec évidence… Si la pornographie est absente du film, par exemple, elle se révèle néanmoins parfois insidieusement dans la mise en scène : gros plan sur le visage de plaisir
du jeune homme alors qu’il se masturbe devant le vieillard endormi, présence nonchalante d’une capote oubliée dans les draps… etc.

Il y a en outre une forme d’ironie comique dans la façon dont LaBruce nous décrit cette histoire d’amour, qu’il souhaiterait visiblement nous présenter comme parfaitement banale : les scènes de
jalousie de Lake à l’égard de son vieil amant qu’il surprend à parler à d’autres jeunes hommes sont notamment particulièrement piquantes… Mais en plus d’être tout à fait distrayant et sincère, «
Gerontophilia » interroge autant le cinéma dans ses représentations formelles que la société dans les regards qu’elle porte encore sur des sexualités minoritaires, faisant une nouvelle fois du
cinéma de Bruce LaBruce quelque chose de parfaitement atypique et passionnant ! Révélant qui plus est ici un très jeune acteur tout à fait charmant et aux choix pour le moins audacieux :
Pier-Gabriel Lajoie, que nous suivrons donc désormais avec beaucoup d’attention…



Autres films de Bruce LaBruce :



L.A. Zombie (2010)



Otto (2008)































  • Plus










lundi 6 janvier 2014

[Critique] Tonnerre, de Guillaume Brac



tonnerre.jpg
Tonnerre



de Guillaume Brac



(France, 2013)



Sortie le 29 janvier 2014




star.gif


De Guillaume Brac, on avait adoré le précédent film, ni tout à fait long ni tout à fait court : « Un monde sans femmes ». Voilà qu’il livre son premier « vrai » long métrage avec ce «
Tonnerre », dont le résultat n’est malheureusement pas à la hauteur d’une attente probablement trop grande, il faut l’avouer…

C’est pourtant un vrai plaisir de retrouver l’acteur fétiche du cinéaste, Vincent Macaigne, avec sa bonne bouille, sa diction nonchalante et son air si particulier… Un vrai plaisir aussi de
retrouver cet univers banal et quotidien, si juste et si vrai, sur lequel rode le fantôme de Rohmer, et dans lequel se déroule une vie de province authentique, avec des figures ô combien
remarquables… Solène Rigot et Bernard Ménez complètent un casting parfait dans cet environnement « du » Tonnerre, où les acteurs de second plan jouent souvent leurs propres rôles !

Mais passé un début prometteur, où l’on fait connaissance avec les personnages, où un rocker revient vivre en province chez son père et où une romance naît aussi vite qu’elle meurt, la longueur
du film semble finalement jouer en sa défaveur… Est-ce la difficulté de tenir la distance du long métrage ou le piège de surdramatiser son intrigue qui nous éloigne peu à peu de « Tonnerre » ? Le
cinéma de Guillaume Brac est merveilleux quand il nous montre le temps suspendu, ces moments d’existence où les gens dialoguent, se rencontrent et se découvrent, ces temps de la vie où au fond il
ne se passe à peu près rien en apparence, mais où tout bout à l’intérieur des êtres… Mais quand le scénario cherche à se déplacer du côté de l’action, avec notamment cette crise de désespoir et
de jalousie du personnage principal, par trop exagérée, on se désintéresse à regret de ces êtres auxquels on s’était pourtant attaché…

De même, on a du mal à croire que la ville de Tonnerre ait autant inspiré le cinéaste qu’il le dit quand il évoque "ses vieilles pierres, ses maisons abandonnées, ses réseaux de galeries
souterraines, ses rumeurs de messes noires. Cette ville est comme restée figée dans le passé. Le climat qui y règne a été l’un des moteurs de l’écriture". Si la région de Ault était
formidablement rendue vivante dans « Un monde sans femmes », on demeure plus
sceptique pour celle de « Tonnerre »… et on quitte le film un peu amer, avec la déception terrible de ne pas l’avoir mieux aimé, en dépit de ses qualités pourtant évidentes !



Perspective :



Un monde sans femmes, de Guillaume Brac































  • Plus










mardi 22 octobre 2013

[Critique] Una Noche, de Lucy Mulloy



una_noche.jpg
Una Noche



de Lucy Mulloy



(Etats-Unis, Grande-Bretagne, Cuba, 2012)



Sortie le 27 novembre 2013




star.gif


Pour son premier long métrage, la réalisatrice américaine Lucy Mulloy a obtenu une autorisation assez exceptionnelle de tourner à Cuba, au cœur de La Havane… Outre une captation très réussie de
la lumière et de la chaleur qui inondent la ville, « Una Noche » en propose également une description sociologique assez réaliste, celle d’un monde comme arrêté et hors du temps, assez pauvre et
répressif, d’où la jeunesse n’a qu’une seule envie : fuir ! La cinéaste filme d’ailleurs avec une belle énergie les grouillements de la ville, sa moiteur et sa sensualité, mais aussi la dérive et
la tristesse de tous ces jeunes, condamnés à travailler pour presque rien et tenter d’en finir au plus vite face à un avenir absent… en finir, ou bien s’enfuir, deviennent alors leurs seuls
horizons possibles.

Mais au-delà de la belle réussite sociologique de son film, Lucy Mulloy met également en scène un étrange « triangle » entre ses trois personnages principaux : un jeune homme, sa sœur et son
meilleur ami… Tous les trois incarnés par de jeunes acteurs débutants et très convaincants (et pour cause, ils ont été castés dans les rues même de La Havane !), ils symbolisent les mystères du
désirs et ce que l’on est parfois prêt à faire par amour… Raul est recherché par la police et ne voit plus de salut qu’en quittant Cuba pour rejoindre Miami : c’est alors que son meilleur ami –
secrètement amoureux de lui – accepte de partir avec lui sur une embarcation de fortune pour traverser l’océan qui les sépare de la Floride… sauf qu’il ne peut pas abandonner sa sœur comme ça !
Voilà les enjeux, qui se transforment en aventure haletante et terrifiante lorsque tous les trois prennent le large sur une barque vite bricolée pour franchir une mer dangereuse… D’autant plus
dangereuse que les passions s’exacerbent au fil de la traversée : l’amour homosexuel est révélé mais rejeté par un Raoul plutôt macho et égoïste (il avait déjà rejeté plus tôt un transsexuel
qu’il avait pris pour une fille et dragué dans la rue), puis le film sociologique se transforme en thriller plutôt angoissant, basculant presque dans l’univers des « Dents de la mer » ! L’étonnement est total, surtout que le métrage sait toujours
rester réaliste et parfaitement cohérent… Un beau film sur le désir et une jeunesse déchue, dont deux des acteurs ont d’ailleurs réalisé dans la réalité le dessein de leurs personnages de
fiction, profitant d’une projection de « Una Noche » dans un festival à New York pour fuir à Miami et y demander l’asile politique…































  • Plus










vendredi 27 septembre 2013

[Critique] Les dépravés, de Philippe Barassat


les_depraves.jpgLes dépravés



de Philippe Barassat



(France, 2013)




star.gif

star.gif


« De film en film, j'essaie de dresser le portrait des amours monstrueux, inconnus, étranges. Comment ils s'emparent de nous, contre toute attente, toute raison, et nous mènent, nous projetant
dans des univers mystérieux, inavoués et inavouables » : voilà comment Philippe Barassat présente son travail… Déjà auteur de plusieurs courts et longs métrages visiblement atypiques (aux titres
aussi évocateurs par exemple que « Le nécrophile »), ce réalisateur hors norme propose dans son nouveau projet d’explorer la sexualité des handicapés, sujet tabou s’il en est, par le prisme d’un
personnage qui se propose comme « assistant sexuel » à ces personnes. Autant réflexion sur l’amour ou le désir que questionnement sur une pratique encore à ce jour interdite en France, « Les
dépravés » s’impose ainsi bien vite comme une œuvre tour à tour marginale et importante, drôle et dérangeante, inquiétante et émouvante…

Au fil d’une histoire contée dans un noir et blanc auteurisant, on suit le cheminement d’Aldo, un jeune infirmier fringuant et charmant (incarné par le merveilleux et audacieux Jérémie Elkaïm), qui perd son emploi et n’ose pas en parler à sa copine… Voyant
qu’un véritable travail n’arrivera pas aussi vite qu’il le voudrait, il se laisse un peu entraîner malgré lui dans l’assistanat sexuel auprès d’handicapés, sans le nommer tout à fait au départ et
sans le définir très précisément non plus… D’abord hésitant devant une activité flirtant avec la prostitution, il semble peu à peu se laisser « prendre au jeu », si l’on peut dire, et si ce n’est
en éprouver de la satisfaction (ou du plaisir ?), tout du moins trouver dans ses actions une espèce de fascination qui ne relève pas seulement du « plaisir d’offrir »…

Si parallèlement à ses nouvelles activités, la relation d’Aldo avec son amie évolue (Aldo se transforme et prend progressivement conscience de l’illusion de son couple ?), ce sont ses rapports
avec le groupe de personnes handicapées qui l’entourent qui vont se placer au cœur du film. Si le récit est tout d’abord traité avec humour et légèreté, « Les dépravés » sait se faire plus grave
au fur et à mesure que la fiction progresse… Entre la détresse des handicapés et la tendresse dont fait preuve Aldo, on finit bien souvent par ne plus savoir qui profite de qui ou qui abuse de
qui… L’air de rien, le long métrage pose au fond de vraies questions, sans forcément y apporter des réponses toutes faites. Il impose ainsi un monde complexe et réaliste…

La dernière partie des « Dépravés » surprend encore, comme si le film n’avait pas déjà assez secoué son spectateur jusque-là… L’amertume paraît s’installer parmi les handicapés, qui donnent leur
argent en échange de quelques caresses. Quelle est au fond la légitimité d’Aldo, qui prétend comprendre ce qu’ils ressentent ? S’il est sincère dans ses propos et ses actes, son discours se
heurtent pourtant au principe de réalité, et quand on lui propose comme un jeu de vivre une journée « comme un handicapé », le jeu dérape et ne peut alors que dégénérer… Les rapports de
domination finissent par s’inverser cruellement : Aldo ressent dans sa chair la réalité du handicap et la puissance que peuvent avoir les autres sur sa personne… Tombé à terre, violé par ceux
qu’il a « aidé », on assiste à un spectacle véritablement perturbant, duquel on ressort entre compréhension et incompréhension, autant dire profondément chamboulé… Le groupe d’handicapés qui
s’acharnent alors sur Aldo ressemble aux « monstres » du « Freaks » de Todd Browning, qui finissent par se venger violemment de celui qui les exploite… Si l’on a de la compassion pour leurs actes
barbares dans ce cas, on se retrouve ici dans un entre-deux plus mitigé : mais après tout, Aldo aurait-il compris la vérité de leur univers si les handicapés ne le lui avaient pas renvoyé en
pleine face aussi brutalement ? Certainement pas… Et le film rappelle au fond combien nous sommes tous plus ou moins des handicapés : pas nécessairement physiquement, mais de la vie assurément !



"Les dépravés" a été présenté
à "L'étrange Festival 2013"































  • Plus










dimanche 15 septembre 2013

[Critique] Found, de Scott Schirmer


found.jpgFound



de Scott Schirmer



(Etats-Unis, 2012)



Le Jour du Saigneur # 128




star.gif

star.gif

star.gif


Soi-disant tourné avec 10 000 dollars (mais l’argument est peut-être purement commercial tant le film semble impressionnant), « Found » se révèle un pur électrochoc dans le maelström des films
d’horreur actuels. Il faut dire qu’il ne ressemble à aucun autre et qu’il trace sa route loin des histoires déjà maint fois racontées ou des effets de mode trop faciles… Son originalité, mais
aussi son atmosphère très particulière et extrême, en fait un pur objet filmique – et plastique – non identifié, qui ne pourra certainement pas être vu par un très large public (autant parce
qu’il sera vraisemblablement diffusé confidentiellement, mais aussi parce qu’il ne pourra sans doute pas être « supporté » par tous), mais dont les qualités méritent qu’on en parle amplement
!

L’atmosphère de « Found » peut a priori dérouter lorsque l’on s’y plonge dedans tête la première. L’image y est sombre et sale, offrant au spectateur une ambiance à la fois glauque et malsaine…
Mais le caractère « malsain » du film ne passe bien sûr pas que par ses images ou sa photographie, il y a jour_du_saigneur_bis.jpgégalement une dimension de dérive douce dans les émotions, la psychologie des personnages, la façon de montrer les désirs ou les pulsions
de chacun, qui affleurent souvent et se réalisent plus rarement comme on peut les voir dans « Found »… Quand le jeune Marty, douze ans, découvre que son frère est un tueur en série à travers les
têtes décapitées qu’il trouve dans sa chambre, sa vie bascule fatalement, glissant doucement mais sûrement vers l’horreur pure…

La force de ce premier film de Scott Schirmer (qu’il conviendra de suivre attentivement désormais) vient peut-être principalement de son point de vue, celui de cet enfant à la vie plutôt banale
qui sombre peu à peu dans l’ignoble… Un film d’horreur à hauteur du regard d’un enfant, voilà qui se révèle en effet diablement efficace ! Les effets gore sont plutôt rares dans « Found », qui
préfère se rendre plus insidieux et plus axé sur une terreur psychologique… Déjà fasciné par les films d’horreur et globalement rejeté par les enfants de son âge à l’école, Marty ne sait plus
quoi penser de son frère après sa macabre découverte, qu’il poursuit néanmoins avec cette fascination malsaine qui innerve tout le film, puisqu’il persiste à chaque fois à aller voir les têtes de
nouvelles victimes de ce bourreau si proche et singulier qui occupe la chambre à côté de la sienne… Le long métrage se noue pleinement lorsque le garçon visionne un film d’horreur hyper réaliste
avec un camarade, dans lequel un tueur décapite ses victimes. L’image de son frère prend alors la place du serial killer, matérialisant les doutes de Marty sur ce qu’il doit penser de son frère
maintenant…

Cette oscillation entre les émotions, le bien et le mal, l’amour ou la haine que l’on voue parfois aux mêmes personnes, particulièrement dans le cadre de la cellule familiale, fait de « Found »
un film à l’ambiguïté puissante… On se laisse littéralement happer par son ambiance étouffante et déroutante, dérangeante et perverse, nous guidant jusqu’aux portes de la folie humaine… Schirmer
livre un film enragé et retors, passionnant d’un bout à l’autre, à la mise en scène intensément psychologique. On reste marqué par un film « modestement puissant », au parcours atroce et réussi
jusqu’aux limites du macabre et de l’horreur !































  • Plus










lundi 26 août 2013

[Critique] La vie d’Adèle, d’Abdellatif Kechiche



vie_d_adele.jpg
(France, 2012)



Sortie le 9 octobre 2013




star.gif

star.gif

star.gif


Adapté d’une bande dessinée de Julie Maroh, « Le Bleu est une couleur chaude », « La vie d’Adèle » a obtenu cette année la Palme d’or au Festival de Cannes. Un prix exceptionnel à plus d’un
titre, puisqu’en plus de récompenser la qualité cinématographique indéniable du film, il a été remis également aux deux actrices principales du long métrage, Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux,
pour saluer leur implication totale, corps et âme si l’on peut dire, dans le processus artistique… Prise de risque audacieuse, leur véritable « don de soi » devant la caméra (on les voit toutes
les deux nues dans des scènes de sexe crues et explicites) est aussi fascinant qu’impressionnant, et se révèle au fond payant, quand on pense à l’enthousiasme qu’a généré le film lors de ses
premières présentations !

Après sa médiocre et racoleuse « Vénus noire », quel soulagement de voir
Abdellatif Kechiche revenir à un cinéma que visiblement il maîtrise bien mieux, dans la veine de « L’esquive » ou de « La graine et le mulet » : celui d’un naturalisme contemporain aux
problématiques sociétales ancrées dans le monde d’aujourd’hui… Avec « La vie d’Adèle : chapitres 1 & 2 » (puisqu’il ne connaît que ces épisodes de la bande dessinée originelle et qu’il ne
désespère pas de proposer un jour un chapitre 3), le cinéaste filme au plus près des visages – et des corps ! – les émois adolescents d’une jeune fille, Adèle, que l’on voit devenir jeune femme
au cours des trois heures que dure le long métrage, sans que jamais l’ennui pointe.

La première partie est une pure merveille, où l’on découvre Adèle au lycée, avec ses camarades de classe, passer d’un cours sur Marivaux à la découverte « pratique » du désir dans la vie réelle.
Pour cela, elle commencera par la case « garçon », avant de se rendre compte que ça ne fonctionne pas pour elle, faisant au passage pleurer un beau jeune homme. Quant elle croise le regard d’une
mystérieuse fille aux cheveux bleus dans la rue, le souffle de la passion va doucement l’emporter en elle : après le fantasme d’une nuit d’amour avec cette inconnue, la réalité va combler ses
désirs puisqu’elle retrouvera cette fille, Emma, dans une boîte gay où l’emmènera l’un de ses copains. Kechiche filme alors leur amour naissant avec une fougue extraordinaire, magnifiant dans des
plans sublimés la puissance de la passion : d’un baiser en gros plan laissant le soleil irradier l’écran à chaque fois que leurs lèvres s’écartent à des scènes torrides dans une chambre, le
cinéaste n’hésite pas, comme à son habitude, à faire durer les plans, à la fois pour montrer l’intensité du moment, son impression d’éternité, et la force du sentiment des personnages, persuadés
qu’un tel amour doit pouvoir durer toujours…

« La vie d’Adèle », c’est un peu une « éducation sentimentale » moderne, avec ses doutes mais au fond toujours cette même certitude, atemporelle, du sentiment amoureux… Le désir ne se discute
pas, et si Adèle peut coucher avec des garçons, elle sait qu’elle ne peut les aimer comme elle aime Emma. Emma, plus âgée qu’Adèle, sera en outre comme son professeur en terme de sexualité et de
désir : elle lui transmet le plaisir lesbien, un peu comme Adèle sera à son tour celle qui transmet, lorsqu’elle deviendra institutrice… L’« éducation » d’Adèle passera par des séquences
difficiles (la dispute interminable avec une camarade devant l’école, l’obligeant notamment à nier cruellement sa sexualité) mais aussi par des scènes très drôles (le repas chez les parents
d’Emma, qui apprend à Adèle à aimer les huîtres, alors même que celle-ci était persuadée de ne pas aimer ça : la métaphore est triviale, mais plaisante). Pourtant, la notion d’homosexualité ne
semble pas au cœur des débats dans la relation d’Adèle et d’Emma et ne paraît même pas vraiment poser problème. Pour une camarade hystérique quand elle apprend la sexualité d’Adèle, la plupart
des autres semblent s’en foutre un peu, comme si Kechiche dressait au fond le portrait d’une société qui finit quand même par évoluer sur certaines questions de mœurs, notamment par le biais de
sa jeunesse…

« La vie d’Adèle » va même plus loin en proposant presque une vision normative d’une relation homosexuelle. Car malgré leur différence sexuelle, les deux personnages principaux finissent par
obéir aux mêmes modèles que les autres couples et par s’imprégner des valeurs d’une société « hétéronormée ». Leur relation rejouera ainsi par mimétisme les fondements d’une histoire d’amour
hétérosexuelle, chacune d’entre elles se retrouvant condamnées à reprendre des codes sociologiques connus : Emma se retrouvera progressivement dans la situation de l’homme (celle qui a le travail
le plus important, celle qui impose son point de vue, celle qui domine), quant Adèle prendra celle de la femme (accomplissant seule les tâches ménagères, incarnant la fragilité et la soumission
dans le couple). Si cette hétéronormalisation de l’homosexualité pourrait être reprochée à Abdellatif Kechiche, elle demeure pourtant une réflexion intéressante à l’heure du « mariage pour tous »
et constitue au fond tout le tragique de l’histoire d’Adèle avec Emma ! Le cinéaste montre ainsi l’impossibilité de fuir les modèles imposés ou de réformer la société par sa différence : les
différences sont au contraire digérées par un système qui les dépasse… Ainsi, le couple du film subit les mêmes problématiques qu’un couple hétérosexuel : le principe de dominant / dominé, les
non-dits, les soupçons d’adultère qui incitent à la jalousie, les incompréhensions qui mènent à l’incommunicabilité… Tout ce qui rend en somme la vie entre deux êtres si compliquée et la fusion
véritable impossible. On aurait donc beau croire être les deux mêmes au sein d’un couple (l’homosexualité n’est en ce sens qu’un leurre !), on ne l’est en définitive jamais ! Le problème d’Emma
et Adèle n’est pas leur sexualité (phénomène progressivement digéré par la société), mais leurs différences intrinsèques, apparaissant au fil des ellipses discrètes du long métrage et montrant
les différentes étapes d’un amour qui s’effrite. L’ambition d’Emma, évoluant dans un monde artistique factice et prétentieux (apparemment pas très aimé du réalisateur), aura raison de la modestie
et de la discrétion d’Adèle…

La passion consommée – et consumée –, la vie continue chacun de son côté et le spectateur intensément bouleversé par ces bourrasques de sentiments qu’il a vécu au plus près des personnages… Un
cinéma puissant et vital !



Perspective :



- Vénus noire, d’Abdellatif Kechiche































  • Plus










samedi 10 août 2013

[Critique] Roméos, de Sabine Bernardi



romeos.jpg
(Allemagne, 2011)



Sortie le 4 septembre 2013




star.gif

star.gif


Sur un sujet délicat et peu traité au cinéma, la réalisatrice Sabine Bernardi réussit un film sensible et complexe, à l’image de son personnage principal… Car « Roméos » aborde de front le
délicat passage d’un sexe à l’autre dans la vie d’un jeune transgenre. Lukas était une fille et est en train de devenir un garçon pendant qu’il fait son service civil à Cologne. Mais dans le
centre où il arrive et retrouve sa meilleure amie Ine, il se trouve qu’on l’a placé côté filles dans la mesure où sur le papier, la société le considère encore comme tel. Pourtant, à quelques
détails physiologiques près, Lukas ressemble déjà à un garçon et tout son combat, émaillé par la peur, va être de ne pas trahir son secret devant les autres…

Outre des soucis d’intégration ou de compréhension de la part des autres, Lukas va faire la connaissance de Fabio, un beau garçon volage duquel il s’éprend… Mais là encore, est-ce qu’il le désire
par amour ou parce qu’il voudrait lui ressembler, notamment pour avoir son corps parfait, dépourvu des stigmates féminins qui hantent encore le sien… S’il parvient à s’intégrer à un groupe de
jeunes homos pour sortir le soir, Lukas demeure toujours dans des problématiques bien palpables et bien rendues par la mise en scène de Sabine Bernardi : l’impossibilité de dévoiler son corps,
qui ressemble encore à une chimère, à ceux dont on a envie, pour ne pas leur faire peur mais aussi pour se préserver… « Roméos » posent au fond une question très moderne, celle de savoir si
l’amour peut aller au-delà des corps…

Si le film n’est peut-être pas aussi subtil et abouti que « Laurence Anyways » sur
un sujet similaire (du jeune cinéaste Xavier Dolan), il demeure néanmoins assez bien fichu, explore de façon poussée les états d’âme et les questionnements de Lukas, et se révèle surtout
respectueux de son sujet… Lukas discute régulièrement par webcams à des personnes comme lui, ce qui lui permet d’échanger des expériences et d’évoquer d’autres problèmes qu’un trans peut
rencontrer. Ces séquences permettent d’entrer dans une certaine intimité avec le personnage et d’être en empathie avec lui. « Roméos » sait maintenir une charge émotionnelle forte et parvient
habilement à nous troubler, notamment via la façon qu’a la réalisatrice de filmer le corps de son personnage… Le trouble, mais aussi la sensualité, sont très joliment exploités par des images à
fleur de peau : les jeunes acteurs réalisent d’ailleurs de belles performances en ce sens, à commencer par Rick Okon (dans le rôle de Lukas) et Maximilian Befort (dans celui de Fabio).

Reste aussi les questions du regard des autres, même parfois de son entourage proche qui reste dans une incompréhension involontaire… Quand la meilleure amie de Lukas lui balance « si t’aimes les
hommes, ça serait plus simple de rester une fille », celui-ci lui répond choqué que ça n’a rien à voir, rappelant efficacement que le genre et la sexualité relèvent bel et bien de sentiments et
de désirs distincts… La détermination de Lukas reste d’ailleurs toujours très bien mise en avant, notamment lorsque la responsable du centre lui dit qu’il pourra revenir chez les filles s’il le
souhaite lorsqu’il est enfin autorisé à aller s’installer côté garçons : « Non, jamais ! » est la réponse de Lukas, bien décidé à rester un garçon après tous ses efforts et ses souffrances… «
Roméos » s’impose alors comme le récit d’un combat quasiment héroïque !































  • Plus










samedi 3 août 2013

[Critique] Henri, de Yolande Moreau



henri.jpg
(France, 2012)



Sortie le 4 décembre 2013




star.gif

star.gif


Un film de Yolande Moreau sans Yolande Moreau ressemble-t-il toujours à un film de Yolande Moreau ? On se souvient tous du poétique, rigolo et très émouvant « Quand la mer monte », où la présence
de l’actrice réalisatrice dans le rôle principal jouait quand même pour beaucoup ! Avec « Henri », l’étrange bonne femme se met en retrait au profit de deux brillants comédiens (Miss Ming et
Pippo Delbono), et réussit tout de même un chouette film, même si ce n’est en effet pas tout à fait la même chose… Mais ce n’est pas non plus comme si elle n’apparaissait pas du tout dans le
film, puisqu’elle s’y octroie un petit rôle, celui de la responsable du banquet après un enterrement, qui déclame d’ailleurs l’une des répliques les plus drôles du long métrage, lorsqu’elle
quitte les « convives » endeuillés après le repas : « Moi j’y vais, chuis morte ! »

Si les traits d’esprit ne sont pas non plus à se taper le cul par terre dans « Henri », le style Moreau sait s’immiscer ici et là, à travers cet humour si particulier, un peu absurde et poétique,
hérité sans doute de la troupe des « Deschiens », où la Yolande a œuvré de nombreuses années… Il suffit qu’une plante en pot se fracasse sur le sol pour que quelqu’un dise « C’est dommage, une si
belle misère ! » La drôlerie est ainsi toujours tendre et rejoint un contexte social brillamment décrit, sans misérabilisme ni sarcasme… La cinéaste nous plonge très simplement dans le quotidien
de Henri, dont la morne vie se partage entre son bar restaurant, sa compagne, ses amis (qui sont accessoirement aussi les « piliers » de son bar) et sa curieuse passion pour les pigeons, qu’il
attire chez lui pour mieux les relâcher en masse par la suite (très belle séquence, toujours entre poésie et enchantement sociologique, montrant une belle envolée de ces pigeons, libérés par
camions entiers…)

Et puis la femme de Henri (Lio, parfaitement dans le ton) meurt, agrandissant un peu plus sa solitude. Il accepte alors de prendre sous son aile Rosette, une handicapée mentale légère, en
l’employant dans sa brasserie… Si Yolande Moreau film le handicap sans chichi ni violons, voire de façon parfois assez crue (par exemple lors de la scène de repas au foyer de Rosette, lorsque
tout le groupe d’handicapés scande « du cul ! du cul ! »), elle n’a pas non plus voulu faire de ce sujet le cœur de son film : "J'ai eu envie de faire un film comme ça sur un homme un peu
alcoolique, entre chien et loup tout le temps, un peu éteint et qui serait réveillé par une autre solitude que lui […] ce qui m'intéressait, c'est cette rencontre, cette ressemblance entre deux
personnages qui n'ont pas les clés pour fonctionner socialement". La rencontre entre deux solitudes, entre deux personnes « handicapés » par les codes sociaux et qui ne savent pas vraiment
comment se faire du bien l’un l’autre, voilà de quoi parle au fond « Henri », avec une subtilité et une finesse discrètes, que le contexte ne montre jamais ostentatoirement…

Chaque personnage est décrit dans son isolement et dans sa difficulté de vivre au détour de séquences a priori anodines. Quand Rosette essaie à la piscine de franchir la ligne du bassin qui
sépare son groupe d’handicapés et les gens « normaux », c’est tout son désir d’aspirer à une vie « normale » qui s’exprime. Quand Henri dit à Rosette qu’ils ne peuvent pas être ensemble à cause
de son handicap, n’est-ce pas plutôt parce qu’il la voit plus comme une fille pour lui que comme une amante potentielle… Chacun perdu dans ses maladresses d’actes ou de discours, c’est à une
description de l’incommunicabilité entre les êtres que se livre en fin de compte le long métrage, toujours ponctué de moments un peu « OVNI » et hors norme, participant au caractère de fable de
l’ensemble : perdue dans un rideau, n’est-ce pas une robe de mariée que se confectionne Rosette, en regardant avec bienveillance son Henri qui dort sur le canapé ? « Henri » est un film à
l’intelligence feutrée et à la simplicité trompeuse…































  • Plus










jeudi 18 juillet 2013

[Critique] Grand Central, de Rebecca Zlotowski



grand_central.jpg
(France, 2013)



Sortie le 28 août 2013




star.gif

star.gif


Le premier grand mérite de « Grand Central » est de nous montrer des travailleurs d’aujourd’hui, que l’on croirait pourtant échappé d’une autre époque… Ils pourraient être les mineurs de «
Germinal » ou les « liquidateurs » de Tchernobyl, c’est à dire des gens dont la société abuse sans jamais leur être reconnaissant ou des individus qui se sacrifient pour les autres sans pour
autant être bien conscients de le faire… Ils sont en fait un groupe de « nettoyeurs » dans une centrale nucléaire, des pauvres gars payés au contrat, qui font le sale boulot, au plus près des
radiations, et qui travaillent pourtant pour pas un rond, contrairement aux ingénieurs de ces mêmes centrales… Si la réalisatrice dit s’être inspirée de « La centrale », le roman d’Elisabeth
Filhol, elle parvient justement parfaitement à décrire le quotidien anxiogène et précautionneux de ces gens-là, qui ont en permanence cette épée de Damoclès au-dessus de leur tête lorsqu’ils
travaillent : et si je prenais une trop forte dose de radioactivité ? Dans les couloirs de la centrale, c’est au fond un rapport incessant à la mort, qui rode dans un climat et un décor
éminemment froid et déshumanisé…

Sans militantisme, Rebecca Zlotowski montre avec une réelle tension cet univers dangereux et inconscient, notamment à travers le personnage de Gary, un pauvre type sans diplôme, embauché pourtant
sans problème pour faire ce que peu veulent bien faire, au péril de leur santé… C’est pourtant l’occasion pour lui de découvrir un groupe plutôt soudé et solidaire, condamné à se faire confiance,
lié justement par la même angoisse de l’invisible péril. Bien sûr, ce n’est pas toujours rose dans leurs relations, et une violence, sourde et virile, s’insinue progressivement… Gary va malgré
lui tomber amoureux de Karole, qui doit se marier avec un collègue, situation qui va ajouter encore de la tension à la tension…

La mise en scène de la cinéaste est discrète mais puissante. Le contraste entre les scènes à l’intérieur et à l’extérieur de la centrale est souvent saisissant… La lumière du film, intense et
superbe, sait se faire profondément inquiétante… Et le dilemme de Gary parvient à devenir aussi tragique qu’universel : il apparaît au fond comme un être humain condamné d’avance, hésitant entre
un amour interdit et la fascination d’un travail qui le tue… L’amour et la mort finissent comme souvent par se rejoindre, sur fond de passion « nucléaire » ! Les acteurs qui illustrent cette
fiction le font avec une grâce, une force et une conviction épatante : Tahar Rahim est sublime, Olivier Gourmet est parfait, Johan Libéreau est très beau… et puis avec Léa c’est doux, forcément !































  • Plus