lundi 30 novembre 2009

L’attaque de la moussaka géante, de Panos H. Koutras (Grèce, 1999)




Note :





Pour commencer par un bon mot, osons le dire bien haut : cette moussaka est un pur régal ! Tous les ingrédients y sont parfaitement dosés et c’est un bonheur pour les papilles… Loin d’être le nanar
que le titre laisse présupposer, « L’attaque de la moussaka géante » est avant tout une parodie efficace et réussie des séries B et autres films de monstres, genre Godzilla… Plus ou moins inspirée
par « L’attaque des tomates tueuses », son pendant américain (avec toute une série de films, dont le deuxième épisode est réputé pour voir figurer George Clooney à son casting !), la « Moussaka »
raconte comment, à la suite de la téléportation ratée d’une belle blonde extraterrestre (qui navigue dans l’espace à bord d’une soucoupe volante rose Barbie avec une belle brochette d’autres
blondes décérébrées), celle-ci se retrouve dans une part de moussaka qu’un petit garçon donnait à son chien. La part de moussaka, bien sûr, devient énorme et se met à terroriser toute la ville
d’Athènes, laissant de nombreuses victimes sur son passage. Le film joue à fond la carte parodique et les scènes de panique dans les rues de la capitale grecque sont des moments à hurler de rire :
tout le monde court dans tous les sens en criant alors que la moussaka avance à la vitesse d’un escargot sur eux… Pourtant, celle-ci parvient quand même à les atteindre et les tuer par des
magnifiques projections gazeuses ! C’est de la pure poésie… Le budget ultra-réduit du film (aucun acteur n’a été payé durant le tournage, souvent des amis du réalisateurs d’ailleurs), lui permet
d’étaler sa pauvreté à chaque plan : image dégueulasse, effets spéciaux ridicules (la moussaka est filmée en très gros plan et vaguement collée ensuite à une autre image avec les acteurs), décor
minimal, la même prise répétée trois fois (une montée d’escalier, histoire de montrer que le personnage grimpe haut dans l’immeuble)… Tout respire le film amateur fait par des amateurs –
amateurisme d’ailleurs parfaitement assumé et exploité –, ce qui le rend finalement réellement drôle et plaisant.

Le plus drôle, c’est que « L’attaque de la moussaka » ne se contente pas d’être un film potache, sorte de pastiche de pastiche ironique à souhait. Il propose en effet une véritable satire politique
(avec la présence, notamment, d’un homme politique dépassé par les évènements et incapable de gérer sa famille par la même occasion) et surtout une critique incisive des médias (si, si !) On
retrouve ainsi la télé quasi omniprésente tout au long du film, regardée de façon hypnotique par les divers personnages. Chaque chaîne relate seconde par seconde le déroulé du massacre de la
moussaka, chacune à sa manière : l’une axe sur le sensationnel, cherchant à montrer le plus de cadavres possible, l’autre cherche à calmer les esprits, le présentateur répétant ad libidum qu’il n’y
a pas lieu de paniquer, une autre encore dresse le thème astral de la moussaka… L’un des personnages principaux est d’ailleurs une journaliste, alliée à son caméraman, qui se montrera prête à tout
pour arriver à trouver une image ou un témoignage exceptionnel, histoire de faire décoller sa carrière.

Enfin, il est nécessaire d’évoquer tout le côté très « kitsch, camp & queer » du film, qui s’avère en réalité une œuvre « gay friendly » très en avance sur son temps… De la part d’un film grec,
est-ce vraiment étonnant ? Tout fleure bon l’homosexualité assumée et relâchée dans la « Moussaka géante » : la soucoupe volante très disco, certains passages en mode « comédie musicale », des
astrophysiciens qui s’enfilent tous en blouses roses, ainsi qu’un merveilleux trio de travelos branchés et top fashion, en goguette dans les rues d’Athènes, dont l’excellente Tara, héroïne grosse
et hyper-expressive, qui n’est pas sans rappeler la sublime Divine, la muse des films de John Waters… Les extraterrestres, toutes blondes et de sexe féminin, peuvent nous laisser supposer qu’elles
viennent d’un monde à peu près semblable à l’île de Lesbos. D’ailleurs, lorsque la femme de l’homme politique, plutôt frustrée sexuellement (son mari lui fait l’amour alors qu’elle reste
endormie…), s’échappe à la fin avec les filles de la soucoupe volante, alors même que son homme est mort, ne faut-il pas y voir la révélation de sa véritable identité sexuelle, enfin assumée ? Et
si elle laisse son fils derrière elle, au fond peu importe, puisque le nouveau couple formé par Tara la transsexuelle et l’astrophysicien gay, qui s’aime visiblement d’un amour sincère, sera là
pour le recueillir et peut-être… l’adopter ? Ainsi, ce superbe film sociologique de Panos H. Koutras s’achève sur une nouvelle image de la famille, recomposée et décomplexée, dont le modernisme
laisse éclater tout le génie de son réalisateur !






























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dimanche 29 novembre 2009

Southland tales, de Richard Kelly (Etats-Unis, 2006)




Note :



Oh mon dieu, quelle déception ! Le deuxième film de Richard Kelly (coincé pourtant entre deux
chefs-d’œuvre : « Donnie Darko » et « The box »), n’est effectivement pas une merveille… Le problème principal, probablement, vient
de ce scénario très brouillon, qui part dans tous les sens et essaie de nous raconter une histoire que l’on a finalement beaucoup de mal à suivre. On comprend les grandes lignes : l’Amérique
déclenche une troisième guerre mondiale suite à une attaque nucléaire ; elle renforce de façon quasi-orwellienne sa sécurité intérieure ; contraint de trouver des alternatives au pétrole, un
générateur d’énergie perpétuelle fonctionnant avec le mouvement des océans est créé, mais celui-ci ralenti sensiblement la rotation de la Terre, ce qui perturbe les cerveaux humains… hum, comment
dire… Le problème réside surtout dans la façon dont toutes les histoires individuelles sont évoquées et ramenées progressivement les unes vers les autres jusqu’au dénouement apocalyptique final :
c’est mou, c’est long et agrémenté de nombreuses circonvolutions inutiles, offrant un ensemble des plus embrouillé… On assiste à tout ça un brin ennuyé.

Bon, c’est vrai que tout n’est pas à jeter dans « Southland tales » : Richard Kelly réussit de très jolis plans et sait créer une atmosphère bien particulière… Il parvient finalement à faire un «
film d’ambiance », visuellement assez soigné. Mais cela n’a hélas jamais suffi à faire un film… On mettra donc ça sur le compte du « syndrome du deuxième film raté » et on reprendra la carrière du
cinéaste à « The box », son troisième film très brillant. Gageons que tous les films
qui suivront seront merveilleux !






























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Vil romance, de José Celestino Campusano (Argentine, 2009)




Note :





Voici un film très « brut de décoffrage », d’une brutalité sourde et d’une crudité nue. Il nous présente la rencontre entre Roberto, jeune sans abri encore innocent, et Raul, brute épaisse
vieillissante, vivant d’escroqueries et de trafic d’armes. Après un premier contact sexuel brutal, plus proche du viol que de la romance affichée par le titre, Roberto s’installe malgré tout chez
Raul, comme attiré dans cette relation par quelques désirs sadomasochistes refoulés…

Dans « Vil romance », c’est le « vil », bien sûr, qui l’emporte. Le film nous montre une Argentine pauvre et violente, d’où les sentiments semblent totalement absent. Ici, on tue et on viole sans
scrupule, poussé par ses plus « vils » et bas instincts… Aucune loi, aucune force de l’ordre ne semblent régir ce monde désespéré. On voit un enfant acheter une arme à feu, on voit une fille se
prostituer avec sa mère, on voit un homosexuel macho traiter le nouveau mec de son ex-femme de « pédé » et refuser la sodomie passive, comme incapable d’assumer le moindre instinct « sensible ». Au
centre de tout, l’argent et la vie matérielle domine dans cette société rongée par la misère et la pulsion primaire. Même Roberto, seul être apparemment « humain » dans cette sombre fable, finira
par le comprendre à la fin du film, récupérant la maison de Raul, dont il s’est définitivement débarrassé…

Etonnamment, la seule scène à illuminer le film et à lui apporter un peu d’espoir est une scène quasiment pornographique. Roberto, pour soulager ses besoins sexuels que Raul lui refuse, se trouve
un amant, avec qui l’amour devient pourtant beau : ils s’embrassent, se caressent, se touchent, se parlent… Quelques instants de finesse dans ce monde de brutes sans âme ? Tout le contraire, en
somme, de sa relation bestiale avec Raul, et pourtant Roberto se refusera à son tour au jeune homme qui désire le revoir. Le seul semblant d’espoir du film sera ainsi très vite évacué, comme si le
bonheur ne pouvait de toute façon pas exister, ou tout du moins pas durer…






























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samedi 28 novembre 2009

Bienvenue à Zombieland, de Ruben Fleischer (Etats-Unis, 2009)




Note :







Ce qui est bien dans Zombieland, c’est qu’il ne se contente pas d’être une parodie de « film de zombies » (comme pouvait l’être un Shaun of the dead, auquel la critique a tendance à le comparer, à
mon avis à tort, parce que bon… rien à voir !), il est aussi un « vrai » film à part entière, une vraie comédie (parfois pure, d’autres fois dramatique ou même… romantique, osons le dire !) et un
vrai film de zombies (accessoirement) ! Comment concilier tout ça, dans un film court qui plus est (1h20), vous demanderez-vous ? Eh bien, c’est le défi – et la grand réussite ! – de ce long
métrage signé Ruben Fleischer…

La vraie bonne idée du scénario, par ailleurs très bien écrit, c’est d’avoir repris la plupart des clichés et des grandes figures du cinéma de genre afin de mieux les détourner, avec un brio et une
originalité extraordinaire ! On assiste notamment à mille et une façons de trucider du zombie, par exemple, et chacune de ces séquences sait nous surprendre avec une joyeuseté communicative (il y a
d’ailleurs le prix hebdomadaire pour celui qui trouvera la meilleure astuce pour tuer un mort vivant : hilarant !) On a droit aussi à une scène de drague entre le puceau et la bombe (blonde) du
campus (tout droit issue du teenage movie classique), qui tournera au massacre maladroit et délirant de la fille devenue zombie. Chaque personnage est également une sorte d’archétype, qui au fil de
l’histoire s’avèrera être tout autre chose, à commencer par Woody Harrelson dans le rôle d’un gros dur casseur de zombie qui cache une vérité pourtant bien plus sensible… Bienvenue à Zombieland,
film très référencé mais jamais avec ostentation, propose ainsi une jubilation de chaque plan grâce à une subtilité tout à faut inattendue.

Le procédé de narration participe lui aussi de l’extrême plaisir que l’on prend devant ce film. En voix off, le personnage principal, jeune homme inexpérimenté et involontairement asocial (Jesse
Eisenberg, très doux et à la candeur touchante), nous explique en fait la façon dont il survit dans ce monde post-apocalyptique, à l’aide de toute un série de règles qu’il consigne dans un carnet :
être endurant, s’échauffer avant de tuer un zombie, se méfier des toilettes, ne pas se conduire en héros… le tout étant bien sûr illustré à l’écran, à travers les aventures qui lui arrivent, à lui
et à ses compagnons de route, avec tout ce qu’il faut d’humour et de contournements aux règles, bien entendu. L’une des règles s’offre même le luxe de faire passer un message pour la sécurité
routière, avec une séquence particulièrement tordante pour ouvrir le film, alors que demandez de plus ?

Zombieland est ainsi un vraie bonne surprise et propose un merveilleux moment de plaisir. Brillamment composé, avec une virtuosité réjouissante, il multiplie les répliques et les scènes qui
deviendront très certainement vite cultes ! Le pastiche de Ghostbuster ou la mort stupide de Bill Murray (dans un rôle exceptionnel : le sien !) pourraient figurer au panthéon de mon cinéma
personnel… Le film se pose en divertissement de qualité et ne prêtant d’ailleurs pas à autre chose. Ce n’est probablement pas tout à fait par hasard qu’il s’achève dans une fête foraine : on en
sort le sourire aux lèvres et tout excité, comme après une journée dans un parc d’attractions… On n’espère alors plus qu’une seule chose : pouvoir y retourner très vite !






























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vendredi 27 novembre 2009

Hadewijch, de Bruno Dumont (France, 2009)




Note :









Disons-le tout net, sans avoir peur des mots : "Hadewijch" est un ravissement. Au sens mystique du terme : on est saisit et transporté par l'extase ! Mais attention, il ne s'agit pas de n'importe
quel mysticisme : il s’agit d’un mysticisme proche de celui d’Hadewijch d’Anvers, une poétesse flamande du XIIIe siècle qui appartenait au mouvement des béguines, un courant spirituel et politique
de femmes qui se vouaient à Dieu en assimilant l’amour divin à l’amour terrestre. Une forme d’amour de Dieu quasi incarné, en quelque sorte, auquel adhère pleinement le personnage de Céline dans le
film de Bruno Dumont, dont le patronyme d’Hadewijch lui sert justement de nom religieux dans le couvent où elle se trouve quand on la rencontre.
Dans ce couvent, elle fuit une vie trop riche dans la bourgeoisie parisienne, coincée entre un père diplomate presque mutique et une mère au bord de la dépression refoulée, isolée sur l’île de la
Cité. Le couvent est certes une autre forme d’insularité, mais il va lui permettre de s’adonner pleinement à son adoration du Christ, au sens littéral du terme. En extase devant des grilles
derrière lequel se trouve un figuration de Jésus, le cinéaste nous la montre clairement devant une impossibilité : celle d’accéder au corps du Christ. Ce désir d’incarnation de l’amour de Dieu – on
va y revenir – la pousse à l’excès dans sa foi et dans sa dévotion et poussent justement les sœurs du couvent à la rejeter dans le monde extérieur…
Là, elle va se laisser emporter par tous ceux qui croiseront sa route, portée peut-être par une forme de naïveté ou d’insouciance, ou une foi tout simplement… Elle fera ainsi la connaissance de
Yassine, puis de son grand frère Nassir, qui va l’emmener sur la voie du fondamentalisme religieux, jusqu’à provoquer la violence et la mort au nom de Dieu. Mais au fond, même s’il nous montre la
bêtise et les excès du fanatisme religieux, de loin et très froidement, la question, vite expédiée, ne semble pas beaucoup intéresser le cinéaste…
Ce serait ainsi une erreur d’interpréter « Hadewijch » dans une perspective politique ou sociologique et d’établir un  parallèle avec les dérives communautaires de la société actuelle. Ce que
Dumont cherche avant tout, c’est le beau ! Porté par une mise en scène radicale et précise, le film livre des plans d’une rare beauté. La précision des mouvement de caméra, l’angle choisi avec un
soin particulier, participent à nous offrir des plans parfaits et sublimes, souvent dépouillés, dans lesquels chaque détail fait sens. Le plus surprenant, c’est que tout le génie de la réalisation
passe ici par une extrême et sidérante simplicité. Il y a une forme d’économie chez Dumont : économie des scènes, économie des plans, économie du discours… On assiste notamment à ce concert au bord
de la Seine, au cours duquel Céline et Yassine se séparent sur un malentendu : on n’entend que la musique, jamais ce qu’ils disent, et pourtant tout est là, pas besoin d’en dire plus pour
expliquer... Jamais de surenchères ou d’effets tape-à-l’œil inutiles dans ce cinéma magistral, qui a pour parents Pialat ou Bresson !
Parmi les nombreux partis pris de mise en scène (on pourrait en parler des heures durant tellement le film est riche, mais tâchons de faire quelques choix), citons notamment cette omniprésence de
la verticalité, qui paraît traverser tout le film et tous les lieux que parcourt Céline. Il y a la grue dans le couvent au début du film, il y a les arbres, il y a toutes ces tours dressées vers le
ciel dans Paris, les réverbères, et jusqu’à ces barres démesurées des immeubles de banlieue… Faut-il y voir l’idée de transcendance par la figuration d’un pont entre la terre et le ciel ? Faut-il y
décrypter plutôt une métaphore de la virilité, Céline errant en fin de compte dans un monde de pénis en érection ? Ce doute sur l’interprétation des signes résume parfaitement bien tout le parcours
vers l’incarnation de l’amour de Céline tout au long du film. Elle est d’ailleurs constamment dans l’ambiguïté et le paradoxe par rapport à ça : elle affirme par exemple vouloir rester vierge pour
se consacrer au Christ juste avant de prendre la main de Yassine et de l’étreindre…
On voit bien alors toute la démarche du cinéaste, qui utilise finalement le religieux pour mieux en sortir. De la part d’un incroyant, on en attendait pas moins… « Hadewijch » passe en fin de
compte de la théologie à la philosophie au fur et à mesure que son personnage principal prend conscience de son besoin de l’homme et tout spécialement de son besoin du corps de l’homme… De retour
au couvent à la fin du film – une fin sublime et poétique tant elle est elliptique et tant elle ouvre les interprétations –, Céline va avoir la « révélation » qu’elle attendait tant : alors qu’elle
s’apprête à se noyer, un maçon descend d’une échelle (d’un toit céleste ? figuration de Dieu faisant l’expérience de la chair en s’incarnant dans son fils Jésus ?), torse nu (comme un Christ
crucifié ?), et vient la sauver… Elle l’étreint alors de toutes ses forces et l’on suppose que son amour du corps ne s’arrêtera pas là ! Dumont vient sous nos yeux d’inventer une nouvelle mystique,
déchargée du poids détestable du religieux. Il l’explique d’ailleurs lui-même : "[Céline/Hadewijch renaît], pleine de grâce et de larmes, à une humanité nouvelle et spirituelle. Une humanité où les
religions auront regagné les théâtres et retrouvé leur juste représentation, c'est à dire leur pure poésie. Au fond, Dieu n'existe qu'au cinéma, là où l'on peut dignement chercher et croire".
Chercher, c’est justement son but en faisant du cinéma. Pour lui, l'athéisme ne suffit désormais plus. « L’humanité » a besoin d’autre chose, peut-être d’une nouvelle « Vie de Jésus »…






























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jeudi 26 novembre 2009

Scènes de chasse en Bavière, de Peter Fleischmann (Allemagne, 1969)




Note :







Le film commence par le retour d’Abram dans son village natal. Il était parti à la ville et sa vie là-bas reste obscure et insaisissable aux yeux des villageois paysans qu’il retrouve. La vie
reprend dans la maison de sa mère et il offre son aide, notamment en mécanique, auprès de tous ceux qui la lui demande. Très vite cependant, la rumeur circule qu’il sort de prison et qu’il avait
été condamné pour homosexualité… A partir de là, sa vie bascule en enfer et les villageois ne cesseront plus de se moquer de lui. Mais même sous les insultes et les quolibets, Abram, portant
salopette et chemise de bûcheron à carreaux (déjà un stéréotype d’homosexuel ?) demeure stoïque et d’une gentillesse apparemment à toute épreuve… Jusqu’au drame, bien sûr.
Devant la bêtise humaine décrite dans ces « Scènes de chasse en Bavière », la scène la plus terrible demeure peut-être celle où la mère d’Abram elle-même affirme devant tout le monde souhaiter que
son fils s’en aille, pour lui laisser vivre sa vie « normale » au village. Ce rejet de la mère amène les reproches d’une autre villageoise, qui lui rappelle que c’est quand même son fils, malgré
tout. Dans un pareil tableau, le réalisateur semble nous dire que derrière l’intolérance, il y a avant tout la peur. Pas seulement la peur de l’altérité, de la différence, mais aussi la peur d’être
faible. A tout prix, chacun veut se sentir fort, le plus souvent parce qu’il est faible lui-même, et pour se sentir fort, le plus simple est de trouver quelqu’un d’encore plus faible à dominer, à
blâmer ou à opprimer. Force est de constater que dans ce film, la population du village est composée de paysans pauvres et sans avenir, oubliés par la société allemande. Cela n’excuse bien
évidemment en rien leur comportement, mais contribue en partie à l’expliquer.
Rien n’est simple, d’ailleurs, dans cette œuvre forte et sans concession. Abram, la « victime » désignée, n’a pas non plus un comportement exemplaire. Les jeux ambigus qu’il entretient avec un
jeune garçon débile, notamment dans la scène sur le pont alors qu’il lui apprend à faire de la mobylette, apparaissent assez dérangeant à l’image. Certes rejeté de tous et agressé, il finira aussi
par poignarder la prostituée qui le désire. C’est à partir de là que la « chasse à l’homme » commence, mais comme Abram avait été dénoncé à la police avant ce meurtre, on se demande s’il n’est
alors pas tant poursuivi pour son homosexualité que pour celui-ci… Dans le rapport instauré entre la masse des bourreaux et la solitude de la victime, le réalisateur semble vouloir démontrer avec
une éclairante intensité que dans un monde de normalité, ce n’est pas de l’altérité qu’il faut avoir peur, mais bel et bien de la norme et de la morale sociale ou religieuse, débouchant sur les
pires fanatismes…
Au service d’un discours sur la tolérance, Peter Fleischmann impose une mise en scène âpre et aux accents documentaires presque ethnologiques. En parallèle au monde des hommes, il filme la
condition animale : une scène entière montre des cochons en train d’uriner ou de se vautrer dans leurs excréments… Faut-il y voir un symbole de la condition humaine ? La séquence quasi
sacrificielle du cochon que l’on tue, que l’on blanchit et que l’on éviscère avant de s’en repaître, apparaît comme le meurtre métaphorique d’Abram, que l’on rejette et que l’on bannit finalement.
A la fin, une ellipse nous fait passer à une grande fête au village : après le sacrifice bestial du marginal, la vie « normale » peut reprendre et perdurer… Une condamnation magistrale de la
société et du fascisme sous toutes ses formes !






























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Capitalism : a love story, de Michael Moore (Etats-Unis, 2009)




Note :





Après la critique des armes à feu en vente libre dans son pays, de la politique guerrière et impérialiste de George W. Bush ou encore du système de santé américain catastrophique, Michael Moore
revient à la charge pour s’attaquer cette fois-ci aux racines mêmes du mal dans la société actuelle : le capitalisme !
Comme pour ses films précédents, le réalisateur emploie toujours un peu les mêmes méthodes. Il assène son discours avec vigueur et conviction, en l’illustrant d’exemples les plus énormes et
démonstratifs possibles. Son procédé n’a rien de subtil et s’avère volontairement très appuyé, justement pour donner du poids à ses théories. Du coup, on n’est pas dans le documentaire, mais dans
le pamphlet. Ce n’est pas un reproche, bien au contraire, mais il s’agit surtout de ne pas tout confondre quand on parle du cinéma de Michael Moore. Il fait du film militant, du brûlot social, pour
appeler les populations trop dociles à la résistance ! Son cinéma est éminemment et nécessairement politique. Il dresse une thèse sur son sujet et ne parle que des éléments qui vont expressément
dans son sens. Ce n’est pas démagogique, comme on le lui reproche souvent, c’est simplement politique. Et comme Michael Moore se met au service des pauvres et des faibles, c’est en fin de compte
parfaitement recevable. Comme par le passé, le réalisateur livre un film excessif et n’hésite jamais à en rajouter dans le pathos, même parfois larmoyant en présentant des familles dans des
situations désespérées. C’est le cas surtout pour toutes ces familles qu’on expulse de leurs maisons, fautes de pouvoir continuer à payer leurs crédits, accordés par les « banques escrocs ». «
Capitalism » est bien un « pamphlémentaire » du cinéaste le plus redouté des PDG et des présidents, mais on sent cette fois-ci, notamment avec cette fin un brin amère, que Moore a pris conscience
qu’il ne pourra pas mener le combat tout seul. Il dit qu’il continue à faire ça, mais qu’il lance surtout un appel à tous à le rejoindre. Il rappelle avec la force de l’évidence que tant qu’il sera
tout seul, tous ses films, tout ce qu’il dénonce, ne serviront à rien !
En terme de contenu, reconnaissons que l’on n’apprend pas grand chose de neuf dans « Capitalism : a love story », du moins si l’on prend un peu le temps de s’informer sur le monde dans lequel on
vit… Il reprend divers éléments sur la crise financière, en rappelant que tout ce qui vient juste d’arriver n’est qu’un début de ce qui nous attend… Certes. Ce que le réalisateur réussit le mieux,
en fait, c’est lorsqu’il met dos à dos la démocratie et le capitalisme, en démontrant très habilement que les deux ne sont pas compatibles, allant même jusqu’à dire que le capitalisme n’est rien
d’autre qu’un régime dictatorial. Les pressions de Wall Street sur le gouvernement américain prouvent sans tergiverser que l’unique décideur aux Etats-Unis, c’est l’argent, et que le peuple
américain ne vit plus en démocratie depuis bien longtemps… CQFD !
Tout cela est très fort et très habile, mais ça pourrait aussi être fort ennuyeux si Michael Moore, gros bonhomme espiègle et sympathique, ne savait pas aussi bien se mettre en scène. On le
retrouve ainsi encore une fois dans des situations savoureuses, comme lorsqu’il se présente devant les banques pour venir arrêter leurs directeurs ou récupérer l’argent public du peuple américain…
L’humour, qui traverse ainsi tout le film, contribue à la force de son discours et c’est tellement plus agréable ainsi… Michael Moore doit continuer la lutte !






























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