dimanche 22 novembre 2009

Kill Buljo : Ze film, de Tommy Wirkola (Norvège, 2007)




Note :
attention.gif




« Kill Buljo » appartient à ce genre de films très rares qui avant de l’avoir vu nous fait nous demander s’il existe vraiment ou si c’est juste une bonne grosse blague dont il n’existe qu’une
affiche ou une vague bande annonce et après l’avoir vu nous fait avoir des remarques pertinentes telles que « non ?! alors ils l’ont vraiment fait !! »
« Kill Buljo », donc, du norvégien Tommy Wirkola, version parodique et improbable de « Kill Bill », existe bel et bien, heureusement réduit en une seule partie de 90 minutes… Si l’intrigue reprend
plus ou moins la trame principale du film de Quentin Tarantino, soit une histoire de vengeance d’un homme (Jompa) ayant vu tous les invités de son mariage massacrés par le gang du redoutable Buljo
et ayant été laissé pour mort avant de se réveiller d’un long coma à l’hôpital, ce film étonnant ayant bénéficié pour la France d’une sortie directement en DVD (bizarre, bizarre…) parodie également
d’autres grands succès du box-office, comme « Star wars », sans compter que le personnage principal, beauf, idiot et pervers, évoque très largement celui de « Borat ».
Contre toute attente, on s’amuse assez devant « Kill Buljo ». Bien sûr, ce n’est pas du grand cinéma. Ca ressemble même carrément plus à un film potache tourné entre potes, réalisé avec trois euros
six cents… Il est certain aussi que ça n’a rien de très subtil. Ca fait penser à tous ces films parodiques à la Zucker ou Abraham, tous les « Y’a-t-il… » (un pilote, un flic…) et autres « Hot shots
», mais dans une version bien plus trash et moins conventionnelle !
Truffée de gags énAUrmes et de répliques de la mort qui tuent, balancées par des personnages tous plus stupides les uns que les autres, ce pastiche de « Kill Bill » chez les lapons offre un moment
de franche déconnade et de délires bien régressifs !






























  • Plus










Grimm love, de Martin Weisz (Allemagne, 2006)




Note :







« Grimm love » est le récit d’une histoire d’amour flamboyante entre deux hommes. La clé du film demeure peut-être dans cette discrète référence aux frères Grimm (auteurs des fameux contes), à
travers le titre anglais mais aussi au détour d’une remarque d’un des deux personnages principaux : les deux frères étaient les seuls à voir tous ces personnages fantastiques et étranges que l’on
retrouvent dans leurs histoires ; ils s’aimaient pour cette parfaite compréhension l’un de l’autre… Ici, les deux personnages en présence sont eux aussi parfaitement complémentaires et vivent par
là même une union d’amour fou et absolu : l’un a besoin de chair humaine et l’autre veut se faire dévorer vivant !
Plus sérieusement, « Grimm love » (dont le titre allemand original est « Rohtenburg », du nom de la ville de Bavière où se sont déroulés les faits évoqués) est un film très particulier, ne
serait-ce déjà que par son sujet, puisqu’il s’inspire en grande partie d’une histoire réelle, un fait divers qui avait défrayé la chronique en Allemagne au cours de l’année 2001 : l’histoire
d’Armin Meiwes, adepte de cannibalisme, qui mutila puis dévora Bernd Jürgen Brandes, avec son consentement, et en commençant par son pénis, avant de lui prélever et de se délecter de 30 autres
kilos de son corps… En adaptant cette affaire au cinéma, Martin Weisz s’est heurté à une forte censure dans son pays, où le film a du attendre trois ans avant de pouvoir sortir.
Oscillant entre film d’horreur et (mélo)drame psychologique, il faut bien commencer par reconnaître que « Grimm love » est un film très dérangeant. On y suit le parcours de Katie Armstrong, jeune
étudiante fascinée par le fait divers sordide, qui décide d’enquêter sur les lieux du crime en vue d’en faire sa thèse. Parallèlement, on suit toute l’histoire du cannibale et de sa « victime
consentante » en flash-back, depuis leurs enfances respectives très perturbées jusqu’à l’acte fatidique… On est captivé comme la jeune femme par la vie de ces deux personnages et par leur rencontre
sous le signe de l’horreur, pourtant filmée comme une véritable histoire d’amour. On éprouve comme elle un mélange de curiosité malsaine et de profond dégoût, qui ne nous empêche pourtant pas de
vouloir en savoir toujours plus… Le film se double ainsi d’une profonde réflexion anthropologique sur nos propres pulsions enfouies et souterraines, sur le voyeurisme propre à chaque être humain et
sur les tabous fondamentaux des grandes civilisations.
Mais en plus de parvenir à nous troubler profondément sur un plan réflexif et psychologique, le film possède en outre un intérêt cinématographique évident. Parvenant à un mélange des genres
étonnant et détonnant, le réalisateur soigne sa mise en scène et réussit des images vraiment impressionnantes, notamment dans le traitement de la couleur, de la lumière ou encore la distinction
entre les différentes époques évoquées… Superbe dans sa forme, on pardonnera ainsi quelques légers ratés à « Grimm love », notamment la scène dite de « la dégustation de la bite », qui frise le
grand guignol, lorsque le personnage émasculé goutte son propre pénis cuit à la poêle par son hôte cannibale et regrette que ce soit « trop dur » alors même que « tout devait être parfait »… On
sourit ainsi quelques secondes avant de replonger dans une atmosphère oppressante et glauque, ce qui n’est peut-être en fin de compte pas plus mal.
Le film n’est hélas pas sortie en France pour le moment, ni en salle ni en DVD. Il existe cependant une version canadienne du DVD pour bénéficier des sous-titres français. Avis aux amateurs…






























  • Plus










samedi 21 novembre 2009

Kinatay, de Brillante Mendoza (Philippine, 2009)




Note :



Mendoza est très probablement un cinéaste très « brillante » ! (ah ah, désolé mais fallait que je la fasse, celle-là…) En quelques films seulement, il a su imposer une vraie texture à son œuvre, un
art de la mise en scène tout à fait personnel… Avec « Serbis », sa façon de laisser se dérouler sa fiction comme un documentaire explosait partout sur l’écran, pour la plus grand bonheur ou malheur
des spectateurs. Car le problème avec ce cinéaste philippin, c’est que ce qui envoûtent tellement ses défenseurs dans son cinéma, c’est exactement ce qui peut en agacer beaucoup d’autres. Sa façon
de dilater le temps, par exemple, de s’appliquer à tout montrer dans la durée, peut fasciner, mais peut tout aussi bien lasser et ennuyer…
Dans « Kinatay », on a la chance d’avoir un récit un peu plus construit et orienté que dans ses films précédents, mais le « filmage » à la façon documentaire demeure cependant bien présent. Le film
nous propose ainsi une plongée dans la ville de Manille et dans le quotidien de ses habitants. Mais le réalisateur sait garder la main sur un fil rouge cette fois-ci et retenir ainsi un peu plus
facilement l’attention du spectateur : il s’agit du personnage de Peping, un jeune homme de 20 ans qui étudie pour devenir policier. Mais comme la vie n’est pas aisée à Manille, surtout avec une
copine et un enfant, il trafique un peu à droite et à gauche pour joindre les deux bouts. Une nuit, cependant, il accepte un « travail » qui va l’entraîner dans un atroce cauchemar, avec cadavre
découpé en morceaux à la clé…
Le plus intéressant dans « Kinatay », c’est l’itinéraire de ce pauvre garçon. Tout le film se déroule en fait sur 24 heures, qui vont passer en nous montrant la perte progressif de son innocence.
D’un matin ensoleillé jusqu’à l’aube suivante où le soleil semble avoir de la peine à se lever à nouveau, Peping va ainsi passer de la lumière à l’obscurité, de son propre mariage – expédié en
quelques minutes au début du film – à cette virée nocturne désespérément interminable, criminelle et glauque. Mendoza a du talent pour donner une conscience forte de la temporalité : le temps du
bonheur paraît ne durer qu’un instant comparé à celui de l’horreur, dilaté à l’infini. Le voyage en voiture avec le corps de la captive que tout le monde croit mort est un moment long et
particulièrement éprouvant (pour ceux qui auront su rester éveillés jusque-là).
Travaillant pour devenir un justicier, il va paradoxalement cautionner le meurtre d’une prostituée. Même s’il n’y participe pas directement, son silence devant l’horreur va suffire à son
acceptation. Le tee-shirt de son école, qu’il porte tout au long du film, dit en substance qu’une fois l’intégrité perdue, il est impossible de la retrouver : cette nuit lui aura-t-elle
définitivement fait perdre son intégrité ? Sera-t-il du côté du mal toute sa vie désormais ? La fin du film nous laisse plutôt un goût d’amertume, avec ce personnage perdu, culpabilisé, terrifié à
l’idée de ce à quoi il a participé. Comment vivre avec ça maintenant ? Pourtant, les derniers plans nous démontrent que la vie continue bel et bien, malgré tout…






























  • Plus










In the loop, d’Armando Iannucci (Grande-Bretagne, 2009)




Note :





Voici une petite comédie britannique bien corrosive dans le milieu de la haute politique. Alors qu’un ministre petit et gaffeur du gouvernement anglais lâche un mot de trop dans une interview,
laissant supposer que la guerre avec les américains dans le Moyen-Orient n’est peut-être pas si « imprévisible » que ça, le déluge médiatique se déverse sur tout le petit monde du ministère… Ce
sont autant de ministres, d’assistants et autres conseillers de communication en tout genre, qui n’arrêtent pas un instant de se tirer dans les pattes, de s’envoyer piques et vannes à travers la
figure, tout ça à tout bout de discours… Parce que ça tchatche dans « In the loop », ça n’arrête pas, à commencer par le conseiller Malcolm Tucker, incarné à l’écran par Peter Capaldi. Ca parle, ça
parle, et ça parle surtout dans un langage très fleuri, avec « fuck » au bout de chaque phrase, et émaillé de multiples gags souvent hilarants. Ca fuse au point qu’on n’a pas forcément le temps de
comprendre toutes les références diverses et variées qui illustrent souvent des blagues bien vachardes : références à la musique, au cinéma ou à la culture anglo-saxonne en général… Le film prend
aussi de la vitesse avec l’aide d’une mise en scène nerveuse et « embarquée » dans l’action, passant sans cut d’un personnage à l’autre, comme ça se fait bien dans le cinéma de ces dernières
années…
Des dialogues incisifs et mordants, des comédiens très britishs d’un côté et très américains de l’autre, on passe vraiment un bon moment devant « In the loop ». On se marre bien devant cette satire
politique inattendue, même si c’est souvent d’un rire jaune, dans la mesure où l’on assiste quand même à un défilé d’hommes et de femmes politiques qui cherchent avant tout à « bien communiquer »,
bien avant d’être de bons politiciens, et surtout à manipuler l’opinion publique par le biais des médias… Le pire, c’est peut-être cette remarque dans une interview d’Armando Iannucci, le
réalisateur dont c’est le premier film, se rendant compte qu’il a peut-être fait sans le savoir un film bien plus proche du documentaire qu’il aurait pu croire : « Lorsque j'ai montré mon film à
Washington, devant un public connaissant bien les rouages de la politique américaine, ils ont d'abord beaucoup ri. Et ensuite, ils m'ont dit que c'était exactement comme ça que ça se passait ». Pas
très rassurant…






























  • Plus










vendredi 20 novembre 2009

Rapt, de Lucas Belvaux (France, 2009)




Note :







Dès les premières images de "Rapt", de Lucas Belvaux, on peut s'attendre à ce que quelque chose de terrible survienne... On nous présente, en quelques scènes courtes et bien choisies, la vie d'un
homme toujours pressé, président d'une grande entreprise entretenant quelques liens avec le pouvoir, enchaînant les rendez-vous furtifs, ralliant à toute vitesse de nombreux lieux au cours d'une
journée, en mouvement constant et perpétuel... Mais un mouvement toujours identique, dirigé invariablement vers la gauche de l'écran : le signe d'un mauvais présage ? L'homme n'échappera d'ailleurs
pas longtemps à son fatum, puisque aussitôt le générique achevé (au cours duquel le titre du film apparaît deux fois en gros sur l'écran), il se fait kidnappé dans une scène plutôt efficace et
musclée... A partir de là, le film va alterner les scènes entre l'otage aux mains de ses ravisseurs et la vie de l'entourage de l'otage dans le monde extérieur, se perdant en tergiversations pour
le libérer...
De son côté, le "président" déchu, amputé d'un doigt et malmené, va supporter la détention humiliante et souvent violente avec une dignité inattendue. Loin de son confort bourgeois, il fait face à
la situation sans jamais rechigner. Yvan Attal réussit là une composition tout à fait remarquable ! De l'autre côté, dans le monde "libre", chacun semble agir selon ses propres intérêts, la vie de
l'otage ne prenant plus au fil du temps qu'un statut de "détail", l'essentiel résident souvent dans les intérêts financiers ou les enjeux de pouvoir... Une belle fable du monde moderne, pourri par
ses dérives économiques, apparaît alors en plein cœur du film. Seules sa femme (formidable Anne Consigny) et ses filles sauront rester dignes de leur père et époux... du moins pour un temps.
Car en effet, plus l'enquête avance, plus la police et les journaux à scandales vont de révélations en révélations sur le passé du détenu, à coups de maîtresses cachées, de garçonnière insoupçonnée
et autres dettes de jeux... Peu à peu, ce ne sont plus les malfrats ayant enlevé le président de la riche société qui sont jugés, mais le président lui-même. Alors même qu'il vit le pire calvaire,
menotté et les yeux bandés, menacé de mort, le monde extérieur se contente finalement de faire son procès !
Dans la suite du film, d'ailleurs, lorsque l'échange pour la rançon tourne mal et que le personnage d'Yvan Attal est en fin de compte libéré, on voit bien que le cauchemar est loin d'être terminé
pour lui. Sa famille aura du mal à lui pardonner tout ce qu'ils auront appris dans le grand déballage médiatique, la police ne le laisse plus sortir de chez lui (il sort d'une prison pour rentrer
dans une autre, soi disant pour sa propre sécurité...), jusqu'aux paroles d'un homme de justice qui l'interroge et sous-entend qu'il pourrait très bien être lui-même l'organisateur de son propre
rapt... Tout le monde le juge et le condamne, sans même s'inquiéter de savoir comment il va après la sauvage et douloureuse séquestration dont il a été victime... Pire que tout : il perd sa vie
d'avant l'enlèvement, condamné à abandonner ses fonctions de président, de mari (sa femme demande le divorce) et de père... L'homme est détruit, rendu au niveau d'un moins que rien, à peine plus
important que celui d'un chien. Les séquences où on le sent encore un peu revivre sont d'ailleurs significativement celles où on le voit jouer avec son chien, complice de toujours...
"Rapt" est un film fort qui, tout en nous montrant avec compassion le destin d'un homme mauvais qu'une terrible épreuve rend pathétique et seul, fait le portrait sans concession d'une époque bien
triste où la vie d'un homme, même indécemment riche, ne vaut pas sa richesse amassée. Un monde où l'argent, seul, compte...






























  • Plus










The children, de Tom Shankland (Grande-Bretagne, 2009)




Note :





Quasiment personne dans la salle pour assister à ce petit sommet de la série B et je tiens à affirmer bien haut et bien fort que c'est terriblement dommage ! The children, de Tom
Shankland, enfile les clichés avec un bonheur non dissimulé et nous comble de nombreuses séquences hyper-bandantes, à base de bande son bien appuyée et bien lourdingue, de gros plans qui font super
peur sur une tache de morve sur les draps d'un enfant, de psychologie à la truelle ou de trucidages d'enfants à la jouissance jamais feinte ! On rit et on se délecte de litres d'hémoglobine et de
séquences de boucherie souvent très réussies, qui jouent sans lasser sur le contraste entre l'innocence des visages des enfants et l'horreur des actes qu'ils commettent... En prime, on pourra
trouver une morale bien douteuse à tout ce que l'on vient de nous montrer : quand on a avorté une fois, plus rien ne nous arrête dans le massacre d'enfants ! C'est drôle, c'est frais, exagéré et
bien sanguinaire, parfaitement calibré pour soulager nos ardeurs pédophobes les plus inavouées : courrez-y avant qu'il ne disparaisse des écrans à jamais...






























  • Plus










jeudi 19 novembre 2009

Et pour quelques dollars de plus, de Sergio Leone (Espagne-Allemagne-Monaco-Italie, 1966)




Note :







Deuxième volet de sa trilogie de l’homme sans nom (ou trilogie du dollar, initiée par « Pour une poignée de dollars » et achevée par « Le bon, la brute et le truand »), « Et pour quelques dollars
de plus » est un film emblématique du genre qu’a su imposer Sergio Leone : le western spaghetti. Ce cinéma renouvelait alors avec fougue et décalage le western américain, largement en perte de
vitesse à cette époque…
Dans cet épisode, deux chasseurs de prime finissent par s’associer pour faire la peau de l’Indio, un bandit très dangereux entouré d’une meute d’autres têtes recherchées. Bien sûr, l’aventure est
marquée par tout un tas de coups bas, de retournements de situation et de révélations diverses… Les deux personnages principaux sont interprétés à merveille par Clint Eastwood, affublé d’une
grimace mythique au coin de la bouche, et Lee Van Cleef, dans un rôle tout de mystère et d’ambiguïté…
Tout au long du film, la « patte » Leone s’étale en scope sur l’écran panoramique, pour le plus grand plaisir de nos pupilles enfiévrées : grande profondeur de champ, gros plans sur les visages et
souvent seulement les regards des personnages (notamment pour les scènes de duels), des effets de zoom très appuyés ou encore la musique d’Ennio Moricone, à la fois très belle et très ironique,
notamment dans ses sons exagérés comme des bruits de ressorts…
Car après tout, l’humour fait aussi partie du style du cinéaste, et on se fend la poire à de nombreuses reprises dans le film, à voir toutes ces trognes de truands ou ces multiples démonstrations
de virilité entre hommes ! On retiendra notamment la scène du « je tire sur ton chapeau pour l’envoyer plus loin avant que tu n’aies pu le ramasser par terre » ou celle du saloon, quand Mortimer
allume son allumette en la frottant sur « le Bossu » (excellent Klaus Kinski !) et que celui-ci se retourne pour la souffler avant que l’autre n’ait pu enflammer sa cigarette… Du mythe sur
celluloïd !






























  • Plus