
Drive, de Nicolas Winding Refn (Etats-Unis, 2011)
Sortie le 5 octobre 2011
Note :



Après le sublime « Guerrier silencieux (Valhalla Rising) »,
Nicolas Winding Refn poursuit son parcours de réalisateur de génie avec ce « Drive », dont les qualités plastiques ont très justement été reconnues au dernier Festival de Cannes, où il s’est vu
récompensé d’un Prix de la mise en scène… Le geste cinématographique de Refn s’avère effectivement fluide et parfait, d’une maîtrise impressionnante, pétrie de références et d’innovations, qui
mène le spectateur à une jouissance visuelle constante et ébouriffante ! A travers « Drive », on sent l’influence d’un certain cinéma américain, celui des grands auteurs nés dans les années 70
notamment, à commencer par Scorsese, mais aussi d’un cinéma plus primaire, celui des séries B qui osent tout, mais de séries B reclassées et réhabilitées, façon Quentin Tarantino… Du coup, «
Drive » et ses dérives urbaines automobiles dans les rues de Los Angeles, c’est un peu « Taxi Driver » à la sauce « Pulp » (dérivé de « Pulp Fiction », of course), mais c’est aussi la violence
brute et excessive du nouveau cinéma coréen, entre autre…
Mais pour son premier film dont il n’a pas lui-même écrit le scénario, le cinéaste danois a beau se trouver au confluent de plusieurs pans de cinéma, il n’en impose pas moins son propre style,
avec une assurance fougueuse et presque adolescente, qui transforme « Drive » en film d’auteur à grand spectacle, qui pourrait bien séduire un très large public… Au fond, le film ne raconte pas
grand chose, sinon les aléas d’un homme qui « conduit » des voitures, comme cascadeur pour le cinéma le jour et comme chauffeur pour petits truands la nuit. Mais c’est filmé avec une telle grâce,
une telle puissance, et le film impose un tel désir de cinéma, que l’on ne peut que se trouver emporté par ces images d’une belle intensité, mises en scène avec une virtuosité vertigineuse !
Ryan Gosling incarne à merveille le rouage principal de « Drive » : un personnage mystérieux, taiseux et faux calme, automobiliste faisant quasiment corps avec sa voiture, dont la douceur de
visage et de caractère contraste avec ses accès de violence hallucinants. Son ambivalence et son mystère le fait ressembler à un héros ambigu, faillible et attachant. Il est finalement à l’image
du film tout entier, partagé entre une belle romance amoureuse (avec la belle Carey Mulligan) et de sombres histoires de malfrats, sanglantes et meurtrières… Un film qui ravira tout autant les
filles et les garçons, en somme ! Quel que soit l’horreur de ses actes, le personnage demeure pourtant jusqu’au bout du côté des « gentils », toujours prêt à sauver la veuve et l’orphelin (au
sens propre du terme d’ailleurs !) au détriment de son propre bien-être. Il ressemble un peu à un Super Héros finalement, ou encore au « Vagabond » de la série télé du même nom, ce berger
allemand altruiste et solitaire qui aussitôt qu’il avait aidé les gens démunis sur son chemin continuait sa route comme un missionnaire, afin de répondre à un autre appel au secours qui
l’attendait un peu plus loin, sur la route…
Mise en perspective :
- Le guerrier silencieux, de Nicolas Winding Refn (Danemark,
2010)