mercredi 7 septembre 2011

[Sortie] Carré blanc, de Jean-Baptiste Leonetti



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Carré blanc, de Jean-Baptiste Leonetti (France, 2010)



Sortie le 7 septembre 2011



Note :
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Retrouvez l'avis de Phil Siné sur "Carré Blanc"































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mardi 6 septembre 2011

[Jeu] Le Ciné-rébus # 14


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Réponse : Tenue de soirée



(t' - oeufs - nu - 2 - soie - raie)



Trouvé par Romainst



Jouez et gagnez plein de cadeaux avec Phil Siné : guettez la publication des jeux sur le blog, soyez le premier à donner la bonne réponse en commentaire et accumulez un maximum
de points afin de choisir le lot que vous convoitez parmi la liste mentionnée un peu plus bas…




Règle du « Ciné-Rébus » : Déchiffrez le titre d’un film dans le rébus ci-dessus et gagnez un point si vous parvenez à être le premier à donner la bonne réponse en commentaire
!

A partir de 3 points cumulés, vous pourrez choisir un cadeau parmi les suivants :
- 1 badge collector « I [love] Phil Siné » (3 points)
- 1 badge collector « I [star] Phil Siné » (3 points)
- 1 lot des 2 badges collector (4 points)
- DVD « The calling » de Richard Caesar (5 points)
- DVD « L’étrange créature du lac noir » de Jack Arnold
(accompagné du documentaire "Retour sur le lac noir") (5 points)
- DVD « Flandres » de Bruno Dumont (dans une superbe édition collector digipack
double-DVD, débordante de bonus passionnants !) (5 points)
- DVD  "Karaté Dog", de Bob Clark (5 points)
- DVD "Ally McBeal" (les 4 premiers épisodes de la saison 1) (5 points)
- DVD « Tropical Malady », d’Apichatpong Weerasethakul (5
points)
- 1 TV écran plasma 100 cm (1000 points)
- 1 voyage pour 2 personnes à Hollywood (1300 points)



Scores actuels :
Romainst : 7 points
Titoune : 4 points
Foxart : 4 points
Violaine : 3 points
Cachou : 3 points
Docratix : 2 points
Bruce Kraft : 1 point
Niko (de CinéManga) : 1 point
Squizzz : 1 point
FredMJG : 1 point



Bonne chance à toutes et à tous !































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lundi 5 septembre 2011

[Critique] La grotte des rêves perdus (3D), de Werner Herzog



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La grotte des rêves perdus (en 3D), de Werner Herzog (France, Etats-Unis, Grande-Bretagne, Canada, Allemagne, 2010)



Sortie le 31 août 2011



Note :
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« La grotte des rêves perdus » possède un intérêt et une pertinence documentaire absolument indéniable, c’est évident. Depuis sa découverte dans l’Ardèche en 1994, la grotte Chauvet n’avait
effectivement jamais été aussi bien montrée au public. Il faut dire que les autorisations pour y entrer sont rares, tant cela peut perturber l’atmosphère même des lieux, et détruire par-là même
tous les précieux vestiges préhistoriques qu’elle renferme… L’équipe de Werner Herzog a eu la chance immense de pouvoir la filmer, accompagnant un petit groupe de scientifiques pour seulement
quelques jours de tournage. Du coup son film est l’occasion unique de découvrir les superbes décors de la grotte, des restes d’animaux de l’ère glaciaire ayant cristallisés dans la roche ou
surtout des peintures rupestres impressionnantes, réalisées il y a plus de 30 000 ans !

L’utilisation de la 3D rend ces images probablement plus belles encore et permet de mieux « saisir » les merveilles que l’on regarde : le pouvoir de sidération n’en est du coup que plus grand !
Le cinéaste prend le temps de tourner des plans qui durent, s’éternisant avec grâce sur les dessins d’animaux qui recouvrent les parois de pierre… Cette durée des plans, que l’on ressent plus
dans la dernière partie du film, nous renvoie à ce sentiment d’éternité qui nous sépare de ces peuples primitifs, dont on ne saura malheureusement jamais grand chose… La portée métaphysique du
film laisse songeur, presque humble, autant que la beauté des trésors de la grotte nous subjugue…

Pourtant, la dimension « cinématographique » de l’ensemble laisse souvent un peu perplexe. Bien sûr la réussite de certains plans, progressivement et subtilement éclairés, montrés sans
commentaire, relève du grandiose ! Bien sûr, Herzog parvient dans la toute dernière séquence, qui semble comme « rajoutée » assez maladroitement, à coucher ses obsessions, notamment reptiliennes,
au sein même du sujet du film… Mais c’est bien peu comparé au caractère trop (?) largement didactique et pédagogique de l’ensemble. La lourdeur de certains commentaires ou la platitude des
dispositifs de mise en scène (des scientifiques qui nous parlent à n’en plus finir face caméra) n’est pas d’une finesse folle… Il faut dire que les contraintes de tournage au sein de la grotte
rendent même certaines images à la limite de l’exploitable : caméra mal stabilisée, éclairage alléatoire… La splendeur des lieux – et surtout sa conservation – se heurte à la difficulté – voire à
l’impossibilité ? – technique de la représenter le plus fidèlement possible… Belle tentative, mais résultat trop incertain !



 



Mise en perspective :



- Bad Lieutenant : escale à la Nouvelle-Orléans, de Werner
Herzog (Etats-Unis, 2010)































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dimanche 4 septembre 2011

[Critique] Destination finale 5 (3D), de Steven Quale


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Destination finale 5 (en 3D), de Steven Quale (Etats-Unis, 2011)



Sortie le 31 août 2011



Note :
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« Nouvelles règles, même destination », clame l’affiche de ce cinquième opus de l’une des sagas horrifiques les plus jubilatoires de ces dernières années… Si la « nouveauté » vantée par l’annonce
se révèle bien limitée (en gros, les personnages pensent comprendre qu’ils peuvent échapper à la mort en tuant quelqu’un d’autre en échange), ce « Destination finale » demeure pourtant toujours
aussi efficace et distrayant que ses prédécesseurs ! Après une séquence d’exposition impressionnante où un pont tout entier s’effondre – scène procurant comme à l’accoutumée à l’un des
personnages une « vision » lui permettant d’échapper à l’accident mortel et de sauver certains de ses amis par-là même occasion –, on prend toujours autant de plaisir ensuite à voir les «
survivants » tenter de fuir la mort à laquelle ils étaient destinés en train de les rattraper…

Une mise en scène toujours aussi efficace et généreuse en détails « qui tuent » (si l’on peut dire) nous propose des mises à mort absolument « savoureuses », jouant toujours sur le principe
d’accumulation d’éléments susceptibles de provoquer le décès des personnages. Les trouvailles sont à chaque fois bien vicieuses et retorses, permettant ainsi au spectateur de prendre son pied,
paradoxalement amusé de voir tous ces jeunes gens tués le plus sadiquement et le plus spectaculairement du monde !

Si la vision du film en 3D n’est probablement pas nécessairement utile (tout comme le film en lui-même, d’ailleurs, si ce n’est d’assouvir les instincts destructeurs et meurtriers de ses
spectateurs), il faut dire pourtant que l’utilisation du relief se révèle ici assez ludique et plaisante. Oh, rien de bien recherché loin de là, mais un côté « fête foraine » avec multiplication
des effets de surgissement, qui n’est pas sans rappeler ce qui se faisait essentiellement dans les années 80… La fin du film nous gratifie qui plus est d’un best of des morts les plus délires des
quatre premiers films, gonflés en 3D pour l’occasion : Fun ! Fun ! Fun ! donc…

Etonnamment, voici une série de films qui se ressemblent et qui pourtant parvient à réussir l’exploit de ne jamais lasser : un must pour les amateurs de « plaisirs coupables » ! Il faut dire que
les façons de laisser mourir les gens à l’écran sont innombrables et que les « Destination finale » font toujours preuve d’une sacré originalité dans le domaine, avec un sens aigu du détail : une
jeune fille apprendra notamment ici que refuser de grandir en prenant un ours en peluche avec soi pour une opération peut être fatale… On retiendra également la conclusion magistrale et toujours
pleine d’humour du film, avec cerise sur le gâteau une référence directe au premier film, qui commence avec une date sur un billet d’avion… Je ne vous en dirais pas plus cette fois-ci, mais soyez
attentifs !



 



Mise en perspective :



- Destination finale 2



- Amityville 3-D, de Richard Fleischer (Etats-Unis, 1983)



- L’expérience 3D : révolution esthétique ou gadget sans relief
?



 



Au cours des précédents jours du Saigneur































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samedi 3 septembre 2011

[Sortie DVD] Où va la nuit, de Martin Provost



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Où va la nuit, de Martin Provost (Belgique, France, 2010)



Sortie DVD et VOD le 7 septembre 2011 chez Diaphana



Note :
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Une jeune fille se fait renverser par une automobile mal contrôlée : son corps reste étendu, inerte, sur la route... Première image choc et brutale d'un film âpre et noir. La suite immédiate ne
sera guère plus gaie : dans une petite ferme de la campagne belge profonde, une femme (Rose) se fait brutaliser par son mari alcoolique. Il la bat violemment, apparemment sans raison, comme si
c'était devenu une habitude, finalement... Un soir, elle décide enfin de prendre son destin en main et renverse cet homme qu'elle supporte depuis trop longtemps, exactement de la même façon qu'il
a tué la jeune fille au début du film... C'est amusant de constater que le seul fait de se mettre à conduire (le mari se voit retirer son permis après l'accident, ce qui oblige sa femme à
apprendre) s'incarne ici comme un élément d'émancipation majeur, permettant enfin à la pauvre femme battue de "passer à l'acte"...

Après pareille introduction, on peut se demander effectivement jusqu'« Où va la nuit », mais le film s'éclaire enfin : après l'enterrement, Rose part quelques jours à Bruxelles chez son fils,
l'occasion de se rapprocher de lui, après son départ prématuré du domicile familial il y a bien longtemps, le père n'ayant pas supporté son "style de vie" (le fils est homosexuel). On suit en
parallèle l’enquête de la police et les déambulations bruxelloises de Rose, qui essaie de profiter au mieux de ses derniers moments de liberté… Ce personnage, comme toujours formidablement
interprété par une magistrale Yolande Moreau, dans son éternelle robe à fleurs, mélange paradoxale de grandeur et de simplicité, s’avère psychologiquement assez fascinant : ambigu, on a parfois
bien du mal à savoir ce qu’elle pense, dans quelle mesure elle se sent coupable de son crime, dans quelle autre mesure elle en est satisfaite… L’actrice sait la rendre parfaitement humaine, et
sans nous la présenter comme totalement « positive », sans en faire non plus une victime totale (n’a-t-elle pas au fond sa part de responsabilité dans son aliénation à son mari pendant si
longtemps ?), elle parvient à nous la présenter comme fondamentalement attachante.

Tout le film de Martin Provost peut être vu comme une grande fuite en avant : une libération, bien sûr, celle d’un sombre passé, mais aussi celle d’une émancipation, qu’elle soit féministe ou
psychanalytique ! Le clin d’œil final à « Thelma et Louise » par exemple,
lorsque Rose prend la fuite devant la police avec une autre « veuve heureuse » (savoureuse Edith Scob), tend à placer « Où va la nuit » dans une logique de rébellion des femmes. Mais le long
métrage lorgne aussi du côté de la tragédie œdipienne : en tuant le père, la mère croit un moment libérer le fils, qu’elle avait d’une certaine façon elle aussi abandonné… Sauf que ce dernier
finit par lui reprocher ce meurtre, non pas parce que c’est mal, mais parce que ça aurait du être à lui de le tuer ! Le rapport de filiation demeure ainsi complexe (d’Œdipe ?), sinueux et assez
émouvant en même temps : le fils se refuse à la mère dans la mesure où il n’a pas eu la virilité pour vaincre le père… Si l’on prend en compte son homosexualité, sa part de « féminité » si l’on
se vautre dans le cliché, on pourrait alors continuer abondamment la psychologie de bazar…

Mais le film est aussi un voyage de la pénombre à la lumière. Tout le long métrage est d’ailleurs subtilement structuré à partir d’un excellent travail sur les éclairages : si tout commence dans
la nuit (la femme sous l’emprise de son mari), il se termine en plein jour, avec un magnifique dernier regard de Rose vers le soleil au-dessus de la mer… On obtient alors une réponse à la
question que pose le titre du film : « Où va la nuit ? » Il semblerait qu’elle mène parfois au jour suivant, tout simplement… Et en sortant de cette nuit, la femme, enfin libérée, s’est
complètement transformée ! Une évolution que Martin Provost explique très bien : "Pour l’anecdote, je me souviens alors qu’on approchait des séquences de la fin, qu’Agnès Godard, la
chef-opératrice, pour plaisanter surnommait Yolande Gena Yolande en référence à Gena Rowlands et aux héroïnes des films de Cassavetes... C’était vraiment ça ! Dans le tout dernier plan du film,
quand on la découvre au bout du quai avec ses cheveux dénoués, vivante et totalement présente à elle-même, Yolande est impériale. C’était notre objectif, emmener ce personnage là où elle ne
pouvait pas aller […] C’était une autre femme !"



 



Bonus DVD : Un entretien croisé d'une vingtaine de minutes avec le réalisateur Martin Provost et son actrice fétiche Yolande Moreau se révèle riche en perspectives, notamment sur
le gros travail d'adaptation du roman "Mauvaise pente" de Keith Ridgway ou sur la façon dont Yolande a abordé son personnage...































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vendredi 2 septembre 2011

[Critique] Hors Satan, de Bruno Dumont


hors satanHors Satan, de Bruno Dumont (France, 2011)



Sortie nationale le 19 octobre 2011



Note :
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Depuis « La vie de Jésus » jusqu’à ce « Hors Satan », Bruno Dumont parcourt la symbolique chrétienne en parfait athée, pour mieux l’ancrer là où elle prend véritablement son sens : au plus près
de « L’humanité ». Pour la première fois cependant, il pousse les limites de son cinéma au-delà du seul symbolisme et filme divers éléments surnaturels, des « miracles » en quelque sorte, mais
dont on se saura jamais véritablement s’ils tiennent de Dieu ou du Diable… ou peut-être les deux à la fois, tant ils sont les deux faces d’une même « médaille » : l’homme lui-même, saisi dans sa
plus prosaïque vérité.

Formellement, Dumont creuse encore ce sillon si particulier qu’il approfondit de film en film. La grandeur et la solitude des paysages « nordiques » (ici, ceux de la Côte d’Opale) servent des
plans larges précis et somptueux, où l’on voit la figure humaine parfaitement isolée, comme enfermée dans l’immensité, et finalement décrite dans toute sa petitesse misérable… Aidé par la crudité
du jeu de ses acteurs « non professionnels », le cinéaste offre à voir un cinéma sobre et glaçant, où la sécheresse et la simplicité apparente de la mise en scène confère une rudesse et une
puissance unique. Ici, le lyrisme inonde chaque plan, mais il n’est jamais celui qu’on attend : il s’agit d’un lyrisme « vrai », à la poésie brute, celle de la nature humaine à l’état sauvage… On
sent constamment la netteté et la précision du geste filmique de Dumont, qui transforme son long métrage en pure « expérience » pour le spectateur, qui pourra parfois se sentir tout petit, voire
assommé par la grandeur et les particularismes du spectacle, mais qui ne pourra que reconnaître et s’incliner devant l’intelligence et la profondeur d’un objet au style certes exigeant, mais
incomparable.

Perdus dans l’immensité de la nature, exaltée par ses quatre éléments perçus tantôt comme un cocon protecteur (le feu auprès duquel s’endormir le soir), tantôt comme une menace (le vent faisant
ployer la végétation à perte de vue), les personnages semblent constamment en mouvement, avançant et marchant encore, mais sans direction fixe ni destination déterminée… Submergés parfois par la
grâce et la beauté, ils s’agenouillent devant le soleil et semblent prier à la gloire de la nature tout entière. Dumont le philosophe nous offre-t-il une vision panthéiste de la divinité ?

On reste en tout cas dans le doute le plus absolu à l’égard du personnage principal, cet homme mystérieux, SDF « errant » au milieu des paysages désolés, qui a pris sous son aile une jeune fille
de ferme… Il semble accomplir des miracles et des guérisons, mais ses méthodes sont pour le moins discutables : il « exorcise » une petite fille dans un corps à corps ambigu ; il viole une
passante un peu trop « nature » et libérée (qui a « le diable au corps », si l’on peut dire) pour la punir de ses instincts de pécheresse (?) ; et il tue quiconque s’approche d’un peu trop près
de la chair de sa protégée (son père qui visiblement l’abusait, un homme qui l’a embrassé sans son consentement…) Chaque fois, on assiste à des moments de pures violences, filmés avec une crudité
dérangeante, qui possèdent une ambivalence ontologique et questionnent profondément la nature humaine… « Nature humaine » dont la présence de cet homme étrange, mi-ange mi-démon, semble être là
littéralement pour la « révéler », dans tous les sens que ce terme suppose !

Ainsi, le mysticisme apparent de « Hors Satan » n’est probablement pas à prendre au pied de la lettre. Dumont propose un symbolisme plus métaphysique que chrétien et s’attache plus volontiers à
nous parler de l’homme que de figures divines… Il conserve toujours dans sa démarche un fort rapport au réel. Quand le « héros » éteint les « flammes de l’enfer » (en réalité un incendie dans les
champs derrière eux) en faisant « marcher sur l’eau » la fille de ferme, il y a une astuce : elle marche en fait sur un muret séparant deux plans d’eau… Même chose avec la résurrection finale :
elle n’est appréhendée que par rapport à la réaction humaine qui s’ensuit…

Si le cinéma de Bruno Dumont demeure exigeant et déstabilisant aux yeux de spectateurs inaccoutumés à sortir des sentiers battus de réalisations par trop conventionnelles, sa force et son audace
en font pourtant l’un des cinéastes les plus passionnants de notre temps, digne héritier d’un Bresson, poursuivant une route solitaire, difficile et escarpée, qu’il serait pourtant dommage de ne
pas suivre pour tous les cinéphiles dignes de ce nom…



 



Mise en perspective :



- Hadewijch, de Bruno Dumont (France, 2009)



- Retour sur Hadewijch : la mort du cinéma d’auteur ?



- Flandres, de Bruno Dumont (France, 2006)































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jeudi 1 septembre 2011

[Carte blanche] Les blancs ne savent pas sauter, de Ron Shelton (vu par le libraire)


Comme il le dit sur son site pour se présenter, l’auteur du blog « les libraires se cachent pour mourir » est un « libraire qui se
livre » (mouarf !) Et quel libraire ! Au gré de billets trépidants et palpitants (oui, oui, les deux à la fois !), il nous conte ses mésaventures de libraire, dans sa librairie de mangas et de
bandes dessinées… Il porte toujours un regard délicieusement décalé et humoristique sur son travail et surtout sur ses clients, dont il se moque gentiment (ou parfois pas) pour notre plus grand
plaisir… Il peut en profiter aussi pour s’enthousiasmer à propos de ses dernières lectures. Sa plume fougueuse et pleine de vie rend son blog rudement chouette : tentez le coup, vous verrez
vous-mêmes qu’on y revient et qu’on en redemande ! Pour sa carte blanche estivale chez Phil Siné, il a décidé de dire la vérité : même si la liste de ses films préférés en « jette » en société,
il préfère pourtant se jeter à la maison sur le DVD de son « plaisir coupable » à lui, « Les blancs ne savent pas sauter » !



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Les blancs ne savent pas sauter, de Ron Shelton (Etats-Unis, 1992)



Carte blanche du libraire qui se cache



Blog : Les libraires se cachent pour mourir



Parfois, quand certains sont assez intrépides pour m’inviter à des cocktails habillés, il arrive que l’on parle cinéma. C’est plutôt logique, les conversations entre plus ou moins inconnus
tournent toujours autour des mêmes choses, et une fois qu’on a parlé de son boulot, de sa bonne affaire immobilière et de la couleur des chaussettes de sa gonzesse, eh bien il reste généralement
des petits fours et du champagne et il faut donc meubler autant que possible.

Ça n’aura échappé à personne que la mode est aux séries, c’est donc un passage obligé, mais ça ne permet pas de briller en société vu que tout le monde regarde les mêmes choses au même moment en
faisant les mêmes remarques. Sur le cinéma, en revanche, on peut un peu plus se la raconter. Au risque de passer pour un gros snob élitiste, mais c’est pas bien grave, le snob élitiste est
capable de tout assumer, y compris les regards remplis de jalousie passive des ploucs de salon qui ne voient pas où est le problème dans le fait que « Taxi 2 » fait plus de 10 M d’entrées, c’est
bon, c’est du divertissement, le problème avec toi c’est que tu sais pas t’amuser (ben voyons), c’est comme avec les César, dès que c’est une comédie et que c’est populaire, on vote pas pour,
c’est dégueulasse etc. etc. Dans ces cocktails, donc, quand on me demande quel est mon film préféré, j’alterne selon mon humeur entre « Citizen Kane » (c’est du N&B, c’est (pas le meilleur)
Orson Welles, c’est Rosebud, tout le monde en a entendu parler sans jamais l’avoir vu, ça en jette), « Persona » (c’est Bergman, c’est épuré (c’est le moins qu’on puisse dire), c’est la puissance
de tout plein de choses austèrement fascinantes, ça en jette) ou « Stalker » (c’est
Russe, c’est exotiquement austère, c’est de la SF, c’est lent (mais lent), bref ça en jette). Tout ça c’est une posture. Oh je les aime sincèrement, ces films, mais quand je suis tranquillement
en survêtement le dimanche soir après avoir passé une rude journée à ne rien faire, je ne me précipite pas sur ces Dvds pour me vider la tête de tout ce vide. Non, pour ça il y en a d’autres. Et
celui que j’ai le plus vu, qui fait tomber mon masque d’élitiste prout prout qui en jette en permanence, celui que je connais encore plus que par cœur, celui que je n’emmènerais pas sur une île
déserte parce que bon, faut pas déconner, rien ne vaut un bon livre, ce film, donc, autour duquel je tourne depuis tout à l’heure tellement il est sacré et que j’ose à peine le nommer, c’est «
Les blancs ne savent pas sauter ».

Je laisse tous ceux qui n’ont pas baigné dans le sillon de Jordan, Magic & George Eddy faire une recherche sommaire sur Internet pour mieux s’imprégner de certaines images de ce chef d’œuvre
de Ron Shelton (oui, c’est lui qui a fait « Bull Durham » (de nouveau, je vous laisse chercher)).

Sorti en 1992 et enregistré par mes soins en 1993, je l’ai vu, revu, rerevu, rererevu ,re(x17)vu jusqu’à saturation, saturation que j’attends encore d’atteindre près de 20 ans après. Alors,
comment se fait-ce que ce film est aussi formidable ?

Il ne l’est pas.

C’est là que sa beauté réside. Il y a bien un poil d’érotisme bienvenu en la personne (des seins) de Rosie Perez, un léger suspens lié à ce grand n’importe quoi de participation à Jeopardy, de
l’amitié, de la trahison, un débat passionné autour de Jimmy Hendrix et du port de la casquette et des gros méchants qui veulent récupérer leur argent. Woody Harrelson est Paul Newman, Wesley
Snipes est Tom Cruise et Ron Shelton n’est pas Scorcese, mais on s’en fiche. On s’en fiche parce que y’a tout plein de matchs de basket, sur les playgrounds, avec des tournois, des passes
improbables, de l’humour, ça chambre de partout, on vibre, on compte le nombre de pas (les règles du basket ne sont pas toujours super respectées), on essaie d’oublier tant bien que mal que le
père Wesley ne sait pas jouer, à la base, et surtout on rêve et s’identifie. Enfin pour peu qu’on soit un jeune blanc mâle incapable de dunker (enfin ‘faire un tir en ricochet’ si j’en crois les
sous-titres) mais qui est super fort quand même.

Pour peu qu’on ait un peu de temps à perdre devant un film même pas en noir et blanc, qui n’impressionne personne, qui en jette à peine, mais qui est terriblement attachant dans ses imperfections
très peu camouflées. D’ailleurs j’y retourne, c’est moins une perte de temps que tous ces cocktails pompeux.



 



Index des cartes
blanches estivales 2011































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