mercredi 6 juillet 2011

[Festival] Inside Paris Cinéma 2011 # 3


paris cinema 2011
voltiges.jpg



Lundi 4 et mardi 5 juillet, c’était bien sûr la « compétition », encore et toujours, pour le studieux juré que je suis… Après deux premiers films plus ou moins hermétiques, desquels on avait presque tendance à se sentir exclu,
on a heureusement pu voir que le niveau des films montait tout doucement au fur et à mesure que la sélection se dévoilait : du coup, on a eu droit à un film « pas mal », un autre plutôt
bien(venue et hospitalier), pour finir avec un dernier de « haute voltige », si je puis me permettre !

La séance de 19h de lundi faisait salle comble pour le film japonais de la sélection : « Hospitalité », de Koji Fukada. Une
belle communion de jurés également, puisque tous les jurys étaient quasiment complets : nos cinq « collègues » du «
grand jury »
composaient une belle « brochette » un rang devant nous, le « petit jury » de
blogueurs
presque tous réunis, puisque nous n’étions pas moins de six sur sept cette fois-ci ! (L’occasion de découvrir d’ailleurs un ultime membre, très discret jusqu’alors…) Sinon, le film
était plutôt bien, à la fois drôle et traçant mine de rien un bel hymne à la tolérance… J’y reviendrai prochainement dans ces colonnes ! A noter que la présence des réalisateurs à chaque séance
des films de la compétition est vraiment une super initiative, mais l’interprète japonais incompréhensible de la précédente édition du festival a
encore frappé
pour « Hospitalité » : on sent qu’il a fait beaucoup de progrès (!), mais c’est quand même toujours pas trop ça… C’est assez comique, certes, mais pas forcément pertinent pour
comprendre ce qu’essaie de nous expliquer le cinéaste…

A 21h ce même soir, on s’en prenait plein la tronche avec « Sur la planche », un film marocain de Leïla Kilani. Tourné avant
les révolutions en Afrique du Nord de ce début d’année, on sent pourtant déjà un caractère d’urgence dans la mise en scène du long métrage : actrices filmées à fleur de peau, caméra à l’épaule,
mouvements permanents… Le film est pas mal du tout, avec bon nombre de séquences très fortes et écorchées, malheureusement dispersées dans un grand tout qui paraît parfois un brin longuet. On
comprend en outre un peu trop vite où le film veut finalement nous amener… Un beau portrait d’une jeune fille poussée à bout par la misère qui l’entoure en tout cas, et le concept même de «
filles-crevettes », ludiquement détourné, reste cruellement ironique.

Le mardi, la compétition nous offrait son meilleur atout pour le moment, suédois qui plus est : « Voltiges », de Lisa Aschan.
Même si l’on peut regretter les conditions de projection (suite à une malencontreuse perte de la copie du film, celui-ci est proposé dans un format un peu pourri, il faut l’avouer…), cette
histoire de rapports de domination et de découverte des corps adolescents, portée par une forme tour à tour froide et sensuelle, ou par une mise en scène souvent joliment contemplative, demeure
une surprise étincelante ! Je n’en dirai pas plus, comptant bien vous en proposer une chronique plus complète bientôt…

Et puis comme il n’y a pas que la compétition dans la vie, j’ai également assisté mardi à ma « première » avant-première… Il était temps ! Il s’agissait de « Miss Bala », un film mexicain de Gerardo Naranjo, que je vous avouerai avoir choisi essentiellement parce que le beau
Gael Garcia Bernal, producteur du métrage, venait présenté la séance en compagnie de tout
son petit corps… Bon, c’est vrai qu’il avait une horrible couette derrière la tête et qu’il boitait comme un grabataire (il est encore convalescent d’une opération du genou, bichette…), mais ses
petits airs charmants, ses notes d’humour plutôt plaisantes et son sourire ravageur ont largement pu rattraper tout ça ! En plus, il est venu s’asseoir trois sièges devant moi pour assister à la
projection, un peu comme si son corps était irrésistiblement attiré par le mien (à moins que ce ne soit moi qui avait repéré le siège réservé « Gael Garcia Bernal » avant de choisir ma place dans
la salle ?) : du coup je l’ai vu mettre ses petites lunettes dans le noir et il est passé à trente centimètres de moi en quittant la salle pendant le générique de fin… Grave kiffant ! Quant à «
Miss Bala », on va dire vite fait que « c’est bien mais pas top » : sujet intéressant (une jeune femme qui rêve de devenir miss se trouve au mauvais endroit au mauvais moment et sombre dans
l’horreur, manipulée par un cartel de la drogue : description d’une terrible réalité pour une population mexicaine prise en étau entre des gangs violents et une police corrompue), actrice
convaincante (Stephanie Sigman), efficacité de scènes d’action musclées… mais de sérieuses longueurs, qui rendent le film pas aussi passionnant qu’il aurait pu l’être.

Terminons cet « inside » par l’affirmation que l’ambiance festivalière est désormais bien là ! On sait que les meilleurs films restent encore à découvrir, mais le Festival a bel et bien pris son
rythme de croisière… Croiser Isabella Rossellini entre deux séances, sympathiser avec le jury des étudiants (mais bizarrement pas encore avec le jury des « stars », comme c’est bizarre…), sortir de « Voltiges » et rentrer en métro avec une partie de la
sympathique équipe de Paris cinéma, qui ressemble finalement un peu à une grande « famille », gaie et rassurante… Purs instants « voltigineux » !



 



N'hésitez plus : il vous reste jusqu'au 13 juillet pour vous rendre au Festival Paris cinéma... Il y a forcément une projection pour vous
!



 



Les étoiles du Festival :



- Hospitalité, de Koji Fukada (Japon, 2010)
star.gif



- Sur la planche, de Leïla Kilani (Maroc, France, Allemagne, 2011)
star.gif



- Miss Bala, de Gerardo Naranjo (Mexique, 2011)
attention.gif

star.gif



- Voltiges, de Lisa Aschan (Suède, 2011)
star.gif

star.gif



 



Précédemment :



- Inside Paris Cinéma 2011 # 0 : la conférence de presse



- Inside Paris Cinéma 2011 # 1 : la soirée d'ouverture (avec le film "Polisse")



- Inside Paris Cinéma 2011 # 2 : la Nuit du cinéma et les débuts de la compétition































  • Plus










mardi 5 juillet 2011

[Critique] Polisse, de Maïwenn



polisse



Polisse, de Maïwenn (France, 2011)



Sortie nationale le 19 octobre 2011



Note :
star.gif

star.gif

star.gif



Prix du Jury au Festival de Cannes 2011




Le cinéma de Maïwenn est un cinéma vraiment unique : c’était vrai pour « Pardonnez-moi » et « Le bal des actrices », et ça l’est tout autant pour ce « Polisse » palpitant… Sur un mode
documentaire (caméra à l’épaule et séquences tellement naturelles qu’on les jurerait prises sur le vif !), elle y décrit le quotidien au sein d’une équipe de la Brigade de protection des mineurs
: interrogatoires de pédophiles, recueils de témoignages d’enfants violés, mais aussi fausses déclarations ou interventions plus musclées sur le terrain sont au programme quotidien des agents de
cette police très particulière… On les voit jongler entre vie privée et professionnelle, et bien plus souvent mélanger le tout pour le pire et le meilleur. Ils font un métier fatalement très
prenant, véhiculant les pires horreurs et pulsions humaines, desquelles il est bien difficile de faire abstraction en rentrant le soir à la maison… On les voit surtout rire malgré les situations
hyper glauques qui les cernent au jour le jour : ils ont toujours cette volonté nécessaire de s’amuser, comme si la déconne était une catharsis pour éviter de sombrer par empathie dans la déprime
de ceux qu’ils aident…

De film en film, Maïwenn cherche toujours la vérité… Mais elle le fait toujours avec des procédés éminemment manipulateurs ! Ici, en transformant une fiction en vrai faux documentaire, mettant en
scène des situations tirées du réel mais réinterprétées entièrement par des acteurs, elle livre finalement une forme de « super » documentaire : non pas le montage orienté de centaines d’heures
de rushes que l’on espère voir former un tout exhaustif et cohérent, mais au contraire le filmage du déroulé très exact du nombre de scènes adéquates pour rendre compte du réel dans sa totalité !
C’est un peu comme si elle parvenait au documentaire parfait, soit une œuvre complètement fausse et « fabriquée », mais embrassant justement au mieux la vérité… Vicieux, n’est-ce pas ?

Le résultat de tout ça, c’est un film remarquablement intense et dramatique, où la fabrication même des émotions résonne comme absolument pure et « vraie »… Chaque scène a ainsi l’air tirée de la
vie et l’on ne peut qu’en être profondément bouleversé : une mère à la rue qui ne voit d’autres solutions que d’abandonner son enfant dans un foyer, des violeurs d’enfants sans culpabilité à
faire froid dans le dos ou d’autres au contraire qui paraissent plus fragiles, et puis des figures d’enfants qui parlent avec leurs mots de choses qu’ils ne devraient pas connaître… Criant et
troublant de vérité ! Souvent ambigu, le film est aussi très fort lorsqu’il nous laisse entre drame et comédie, sans que l’on sache si l’on doit rire ou pleurer de ce que l’on voit, ou peut-être
bien faire les deux à la fois ? Il y a notamment cette scène hallucinante où toute l’équipe se retrouve morte de rire devant une jeune fille qui leur explique avoir dû sucer une bande de garçons
pour récupérer le portable qu’on lui avait volé… « Mais c’était un beau portable », affirme-t-elle avec ferveur. « Et pour un ordinateur, tu fais quoi ? », lui balance un policier en
s’esclaffant… Maïwenn est très forte pour nous laisser dans cet entre-deux perturbant et incroyablement subtil. Elle nous manipule clairement par la puissance des images, comme à travers ce
parallèle final entre un petit garçon qui parvient à se reconstruire et une agent de la brigade qui elle abandonne la lutte de façon à la fois très douce et très brutale, curieusement… Mais c’est
dans cette manipulation-là et dans ses procédés filmiques presque pervers que « Polisse » trouve son intérêt et que sa réalisatrice nous prouve qu’elle sait faire du grand cinéma, habile et
marquant !

Maïwenn interprète un personnage clé dans son film : elle est photographe, chargée de réaliser une série de clichés sur la brigade… Elle est donc le regard extérieur sur les choses, exactement
comme lorsqu’elle endosse le rôle de cinéaste. Et à l’image de son film, elle incarne un être tout en ambiguïté et en faux-semblants : a priori prude et stricte, elle dissimule une fille plus
sauvage et vivant en couple libre… Elle vivra d’ailleurs une relation intense avec un membre de la brigade, qui commence par la détester. Il lui reproche notamment de ne prendre que des photos
sans intérêt et que tout le monde attend… Du coup, elle l’écoute : et en écoutant l’avis de l’autre, on entre alors dans un travail plus collaboratif, exactement comme ce que doit être le cinéma
! Et Maïwenn s’est justement entouré de brillants collaborateurs, qui sont visiblement comme une famille de cinéma, dans laquelle tous les talents fusionnent à la perfection… Tous les acteurs du
film apparaissent ainsi toujours justes et éminemment attachants, chacun avec ses drames et ses difficultés, que l’on apaise par la collectivité ! Le casting impressionne, d’autant qu’on parvient
à tous les aimer d’amour fou tous ces acteurs et actrices qui mènent une ronde sans fin dans un film qui va vite, très vite, grâce à la magie d’un montage efficace : Karin Viard (paumée dans un
divorce douloureux), Marina Foïs (en mal d’enfant…), Joey Starr (qui n’a jamais été aussi bon que depuis qu’il est devenu acteur), Nicolas Duvauchelle, Riccardo Scamarcio (le bel étranger d’«
Eden à l’Ouest »), Jérémie Elkaïm (toujours aussi mignon avec ses airs précieux et tellement sexy quand
il s’entraîne au tir), et tant d’autres talents… le film en devient tout bonnement vertigineux !



 



Mise en perspective :



- Festival Paris Cinéma 2011 : la soirée d'ouverture avec "Polisse"































  • Plus










lundi 4 juillet 2011

[Festival] Inside Paris Cinéma 2011 # 2


paris cinema 2011momie_azteque.jpg



Samedi 2, c’était la Nuit du cinéma au Forum des Images… Outre avoir échangé quelques mots avec Anne
Barjot, la pétillante secrétaire générale du Festival (Notre Maîtresse à tous, en sommes !), et en avoir ramené mon second sachet d’épices pour guacamole (vraiment, personne n’en veut ?), j’avoue
y avoir surtout fait une soirée « papy pépère », le sommeil se faisant sentir après la seconde projection… du coup, j’ai pu me mettre au lit avant minuit, alors que les projections se
poursuivaient, elles, jusqu’à 6h du mat’ ! (Petit joueur je suis, oui, je sais…)

Quoiqu’il en soit, j’ai pu y découvrir deux long-métrages hors norme, l’un issu de la programmation « ciné bis mexicain » et l’autre de celle sur « les femmes vampires »… Pas de « roman porno » japonais pour moi, donc, mais plus assurément des thèmes qui me ressemblent et me
correspondent, très orientés série B donc !

Pour commencer, un film culte du cinéma d’épouvante mexicain des années 50 avec « La momie Aztèque », dont le succès
engendra toute une trilogie (notamment un épisode au titre savoureux : « La momie contre le robot »). Malgré une mise en scène très figée et quelques séquences d’exposition assez ennuyeuses, de
nombreux éléments involontairement comiques font sourire aujourd’hui… à se demander si le film a vraiment fait peur à quelqu’un à l’époque de sa sortie ? On notera aussi la post-synchronisation
catastrophique du métrage, dont la bande son s’avère très parcellaire et par là même hilarante : on voit parfois les personnages ouvrir grand la bouche sans que l’on entende leur hurlement de
peur… Bref ! Une petite bisserie fauchée, pas désagréable, mais à vrai dire un peu dispensable…

La seconde projo que j’ai choisi, celle qui me faisait d’ailleurs le plus saliver, fut quant à elle un pur émerveillement ! Il s’agissait de « La fiancée de Dracula », le tout premier film de Jean Rollin que je découvrais (mais l’un des derniers qu’il a réalisé cependant).
Vous aurez peut-être compris mon enthousiasme si vous avez parcouru mon dernier «
Jour du Saigneur » en date, dans lequel je chronique le film, sans quoi je vous invite à le découvrir en cliquant ici même
… On pourra cependant regretter que le film ait malheureusement été
projeté dans la plus petite salle des lieux (30 places !), très vite saturée d’ailleurs. Mais notons tout de même que le Forum assure en programmant trois films en hommage à Jean Rollin (disparu en fin d’année dernière) durant
toute la durée du festival, alors ne vous privez pas !

Dimanche 3, j’ai pu commencer à me plonger dans la Compétition du festival, à laquelle j’ai le
devoir d’assister dans son intégralité en tant que membre du jury (des
blogueurs)
 … Deux projections, avec pour chacune d’elle la délicieuse présence à quelques places de moi seulement d’un élément tout à fait
charmant du « vrai » jury : le « garçon formidable » Mathieu Demy pour la première et la très belle Pauline
Lefèvre (actrice que l’on sait vénérée par le rédacteur de Silence Action, même s’il n’en a encore jamais parlé sur son blog… par timidité, très
certainement !), très joliment coiffée pour l’occasion, pour la seconde… Au milieu de toutes ces célébrités, je me suis d’ailleurs moi-même senti un peu « star », au moins pour un instant,
lorsque de prestigieux collègues blogueurs, tel que Monsieur Passeur critique et Monsieur
Chistoblog
, sont venus me saluer spontanément, sans que je sache vraiment ce qui m’arrive… Un peu pris au dépourvu par tant de gloire, j’avoue n’être pas sûr d’avoir paru suffisamment
sociable à leurs yeux et qu’ils n’en auront point été vexé… Quoi qu’il en soit, merci de vos égards les gars, c’est cool ! Et s’il y a des amateurs par ailleurs, n’hésitez pas à venir me dire
bonjour pendant le festival, à me faire mousser, à m’admirer, à vous agenouiller à mes pieds… Bref, en un mot : à m’aimer ! Oh oui, aimez-moi encore !!

Et les films dans tout ça, me direz-vous ? Eh bien, plutôt que de parler de déception, on préfèrera dire que ces deux premiers films de la Compétition possèdent chacun une démarche intéressante…
« Curling » de Denis Côté est une bien curieuse immersion dans l’enfermement et la solitude d’un père et de sa fille au milieu
des grandes étendues de neige canadiennes. Une mise en scène sobre et une esthétique assez sombre crée une atmosphère oppressante et parfois poétique. Un film rempli d’étrangetés et de questions,
notamment sur la nature de ce père moustachu qui refuse à sa fille la confrontation au monde. S’il en perd sa moustache à la fin, sa fille pourra heureusement sortir de cette petite mort où il la
laissait, du moins d’après ce que semble promettre la dernière scène… Bizarrement, je suis sorti du film sans savoir exactement ce que je pouvais en penser : heureusement, un débat avec le
réalisateur m’a permis de mieux comprendre sa démarche, incluant notamment une forte participation du spectateur… Ma théorie du père serial killer ne serait donc pas à exclure complètement !

« La ballade de Genesis et Lady Jaye », de Marie Losier, évoque plusieurs années de la vie de l’artiste Genesis avec sa
bien-aimée Lady Jaye… Outre un montage d’images un peu « arty » dégénéré et particulièrement épileptique par moments (un coup à se prendre des migraines oculaires, pour sûr !), ce documentaire
m’a semblé partir dans trop de directions différentes pour véritablement convaincre. La réalisatrice nous a expliqué avoir commencé à filmer le quotidien de Genesis sans trop savoir où elle
allait, et c’est peut-être bien là le problème de son film : alors qu’elle tenait peut-être un sujet en or (le concept de « pandrogynie », une volonté de deux êtres de se ressembler parfaitement
pour se montrer leur amour, tout juste effleuré par le long métrage), elle se contente de « coller » ensemble des choses qui ne sont pas forcément inintéressantes, mais qui mises bout à bout ne
ressemblent finalement pas à grand chose… Le tout est sans doute aussi trop plein de bruit et de fureur, alors que l’émotion aurait très largement pu (dû ?) l’emporter avec un tel personnage.
Dommage…



 



N'hésitez plus : il vous reste jusqu'au 13 juillet pour vous rendre au Festival Paris cinéma... Il y a forcément une projection pour vous
!



 



Les étoiles du Festival :



- Polisse, de Maïwenn (France, 2011)
star.gif

star.gif

star.gif



- La momie Aztèque, de Rafael Portillo (Mexique, 1957)
attention.gif

star.gif



- La fiancée de Dracula, de Jean Rollin (France, 2000)
star.gif

star.gif



- Curling, de Denis Côté (Canada, 2010)
attention.gif

star.gif



- La ballade de Genesis et Lady Jaye, de Marie Losier (Etats-Unis, France, 2011)
attention.gif



 



Précédemment :



- Inside Paris Cinéma 2011 # 0 : la conférence de presse



- Inside Paris Cinéma 2011 # 1 : la soirée d'ouverture (avec le film "Polisse")































  • Plus










dimanche 3 juillet 2011

[Critique] La fiancée de Dracula, de Jean Rollin


jour du saigneurfiancee_de_dracula.jpg



La fiancée de Dracula, de Jean Rollin (France, 2000)



Note :
star.gif

star.gif




Rare représentant de la série Z en France, on peut dire que le cinéma de Jean Rollin, à mi-chemin entre le gore fauché et l’érotisme grossier, ne manque pas de superbe ! A l’orée des années 2000,
il signe un film à la hauteur de sa réputation sur le mythe du vampire : « La fiancée de Dracula »… On y suit les folles mésaventures d’un professeur et de son jeune disciple partis à la
recherche du Comte Dracula, que l’on dit encore vivant. Ayant eu vent par une « parallèle » (?!) de la présence de sa future promise dans un couvent de bonnes sœurs en furie, ils comptent se
servir d’elle pour retrouver et tuer le maître des ténèbres…

Filmé à la va comme je te pousse, interprété par des acteurs joyeusement exécrables, « La fiancée de Dracula » est un pur festival pour tout amateur de série B digne de ce nom ! Nos deux « héros
» pénètrent un monde plein de personnages fantastiques complètement excentriques (un nain « fou », une bonne sœur jouant du bilboquet, d’autres fumant le cigare ou la pipe, une « ogresse »
hystérique…) et vont vivre sur leur route des épisodes absolument délirants… On pense à la mère supérieure des nonnes de « l’ordre de la vierge blanche » qui allume sa cigarette avec un briquet
crucifix musical et clignotant (très conceptuel, vous conviendrez…), à une bonne sœur se transformant en sœur « bonne » lorsqu’elle se met à se pavaner en robe sexy pour chasser les démons, à
l’ogresse dévorant un nourrisson dans un landau, ou encore à ces squelettes devant un échiquier, dont le prochain coup permet de faire « échec et mat » et d’ouvrir un passage secret donnant accès
aux appartements de Dracula « himself »…

Mais le film de Jean Rollin ne se cantonne pourtant pas à une simple énumération ludique de potacheries déviantes et risibles : le cinéaste sait y imposer son style et un univers tout à fait
unique et fascinant… Bien sûr, il y a cet érotisme décalé et diffus comme une marque de la « patte » Rollin : on note la présence éclair de Brigitte Lahaie (actrice porno fidèle au cinéma du
réalisateur), le lesbianisme latent des bonnes sœurs ou encore l’étalage à l’écran de nichons en veux-tu en voilà ! Le cinéaste de l’étrange avouera lui-même ne pas avoir choisi le thème de
Dracula par hasard pour ce film : "Le vampire est un personnage romantique et surtout séduisant. La morsure sanglante est un symbole érotique. Le vampire provoque la passion et la sensualité.
Tout ce qui l'entoure peut-être un véhicule poétique".

« Poétique » : le mot est lâché ! Car de la poésie, certes très particulière et « underground », il y en a en nombre dans cette « Fiancée de Dracula »… A travers des décors macabres et désolés,
un montage des plus surprenant ou encore des effets spéciaux approximatifs, Rollin nous plonge dans une atmosphère inspirée et souvent proche du surréalisme… Alors on pourra penser (avec un peu
d’audace) à un cinéaste comme Bunuel, certes, mais peut-être plus encore à un poète comme Cocteau : la séquence de l’apparition de Dracula dans une horloge est à ce titre une pure merveille comme
on n’en voit plus !

Bien au-delà du simple cinéma bis peu glorieux, le film de Jean Rollin sait ainsi imposer une originalité sans faille qui lui confère un cachet indéniable et surtout une identité visuelle que
l’on peut sans hésiter qualifier de « culte »… En regardant « La fiancée de Dracula », on peut avoir l’image étonnante et absurde d’un film de David Lynch qui aurait été revu et corrigé par le
franchouillard Max Pécas. On pense aussi beaucoup à un
Bernard Launois lorsqu’il devient un génie malgré lui en réalisant « Il était une fois le diable »
… On se retrouve alors dans une zone d’incertitude assez déstabilisante et pourtant plutôt
excitante, à savourer un film vénéneux, dont on ne saura jamais vraiment avec certitude s’il tient du navet le plus déplorable ou du chef-d’œuvre le plus absolu : on ne pourra en aucun cas le
situer entre les deux, mais on aura bel et bien le devoir de le classer dans les deux à la fois !



 



Mise en perspective :



- Le jour du Saigneur































  • Plus










samedi 2 juillet 2011

[Critique] My little princess, d’Eva Ionesco



my_little_princess.jpg



My little princess, d’Eva Ionesco (France, 2010)



Sortie le 29 juin 2011



Note :
star.gif




Quand sa mère revient dans sa vie, la petite Violetta, 10 ans et élevée par sa grand-mère, est tellement heureuse qu’elle accepterait n’importe quoi. Ce qu’elle fait, d’ailleurs, en acceptant de
poser pour sa mère, à travers des photographies mises en scène de plus en plus troublantes et ambiguës… La réalisatrice Eva Ionesco plonge dans sa propre enfance pour mettre en scène avec « My
little princess » le drame qu’elle a elle-même vécue : celle d’une petite fille manipulée et exploitée par sa mère, qui l’utilise au sein de photos aux limites de la pédopornographie… Même si le
viol n’est pas avéré, la perte d’innocence demeure elle inhérente pour cette petite fille au prénom apparemment prédestiné (VIOLetta), que l’on oblige à grandir beaucoup trop vite.

Cette étrange relation entre une mère et sa fille, perturbante et presque incestueuse, Eva Ionesco la filme avec une infinie subtilité et une intelligence admirable. Ce qui aurait pu ressembler à
une psychothérapie personnelle pleine de rancœur se révèle finalement le portrait de deux êtres perdus et perturbés qui ne savent pas s’aimer malgré toute la volonté qu’ils y mettent… Pour
incarner cette mère malade, Isabelle Huppert est une fois de plus exceptionnelle, toujours sur la brèche, souvent insondable par son comportement entre douceur mélancolique et furie hystérique. A
ses côtés, on est bluffé par la petite Anamaria Vartolomei, qui réussit une performance hallucinante : non seulement de parvenir à donner la réplique à Huppert quand on est une gamine de 10 ans,
mais surtout d’incarner aussi justement ce personnage de femme-enfant, aux pauses et aux comportements éminemment choquants… On se dit que la direction d’acteur n’a pas du être de tout repos
pendant le tournage !

Si tout n’est pas parfait dans la mise en scène de « My little princess », certaines séquences fortes s’avèrent très parlantes ! Si le film interroge en partie les limites de l’art, à savoir si
l’on peut tout montrer au nom de l’art, on se doute de l’opinion de sa réalisatrice, spécialement lorsque celle-ci nous décrit un univers le l’art particulièrement salace, composé de vieux
vicieux et autres marginaux aux mœurs détraqués… Pourtant, on sent que le regard n’est pas celui d’un juge ! En témoigne les multiples facettes qui constituent le personnage de la mère : «
physiophobe » non sans raison, hantée par la mort ou déclamant qu’« un père constitue un des handicaps majeurs de la nature », un mini-twist final viendra non pas l’excuser mais rappeler que l’on
ne devient pas un « monstre » sans avoir été victime d’autres monstres avant ça… Le film devient alors un grand cri de rage contre un monde où l’on a bien du mal à trouver des coupables pour
tenter de réparer le mal qui a pu être fait. « My little princess » trouve sa force dans cette façon de combattre tous les clichés : croyant que sa fille, devenue folle à hurler, va se jeter par
la fenêtre, la mère ferme les yeux et se met à crier… comportement irrationnel, mais justement typiquement humain. Le spectateur lui-même croit aussi à cette mort soudaine et la suite n’en est
que plus inattendue et percutante !



 



Mise en perspective :



- Copacabana, de Marc Fitoussi (France, 2010)



- Sans queue ni tête, de Jeanne Labrune (France, 2010)



- Lolita, de Stanley Kubrick































  • Plus










vendredi 1 juillet 2011

[Carte blanche] West Side Story, de Robert Wise (vu par Ex-Prof)


Enseignante à la retraite, Ex-Prof tient pourtant toujours un blog pour nous parler de son métier visiblement passionnant ! Entre les dernières nouvelles de
l’éducation nationale (plutôt malade en ces tristes moments d’obscurantisme) et d’autres infos grappillées ici et là sur la grande marche du monde, elle n’hésite pas non plus à nous faire part de
ses dernières lectures, de sa sensibilité à la nature ou de son expérience de la vie au quotidien, tout simplement… Pour cette carte blanche, elle se souvient de « West Side Story », un film
qu’elle a tant aimé et qui la plonge à chaque fois dans d’agréables souvenirs émus.



carte blanche
west_side_story.jpg



West Side Story, de Robert Wise (Etats-Unis, 1960)



Carte blanche d'Ex-Prof



Blog : Blog de prof



Une époque, un film...

C'était... c'était en 1963 ou 64, peut-être... Oui, je sais, vous n'étiez pas nés... mais moi, j'avais atteint le grand âge de 14 ans, déjà, à cette époque...

J'étais interne, et un week-end, j'eus l'immense surprise de voir débarquer un cousin d'une vingtaine d'années : celui-ci, muni des indispensables autorisations de mes parents, avait projeté de
m'emmener à Paris voir West Side Story...

A l'époque, le film était toujours en exclusivité au Georges V, les exclusivités étant considérablement plus longues qu'aujourd'hui. Avais-je entendu parler de ce film ? Je ne m'en souviens pas.
De toutes façons, le plaisir de "sortir" avec ce cousin que j'aimais bien, avec qui j'avais joué quand nous étions plus jeunes, malgré la différence d'âges, m'aurait conduite à le suivre
n'importe où !

Dès les premières images, dès les premières notes, je fus immédiatement séduite. Que dis-je, séduite ? Clouée sur mon (confortable) fauteuil, devrais-je dire ! Il faut dire que j'étais passionnée
de danse, et c'était sans doute ma première rencontre avec la danse "moderne" (je vous parle là d'une époque préhistorique où des tas de gens - y compris mes parents - n'avaient même pas la télé
- laquelle ne disposait que d'une chaîne...). La musique aussi était nouvelle pour moi, mes parents n'écoutant (sur mon électrophone offert à l'occasion de mon brevet, ou à la radio) que de la
musique classique...

C'est donc tout un monde étranger que je découvrais là, dans un décor inconnu d'escaliers d'incendie et de terrains de sport encadrés de très hauts grillages. Premiers contacts avec un monde de
bandes, de racisme, de violence, dont toute mon enfance campagnarde avait été épargnée... Une autre planète...

Bien sûr, je fus émue par la belle histoire d'amour, par la scène finale (où je réprimai courageusement - et difficilement ! - mes larmes, ne voulant pas les montrer à mon cousin !) ; bien sûr,
je tombai immédiatement amoureuse de Georges Chakiris (et un peu de Nathalie Wood)... Mais ce ne sont pas là mes scènes préférées... Celles-ci sont ailleurs : la chanson-danse des Jets ("When you
are Jet, you are Jet all the way..."), le superbe "Quintet" où "Tonight" est repris - oh combien différemment ! - par les Jets, les Sharks, Anita, Maria et Tony, le terrible moment où Bernardo se
fait tuer (oh ! la musique et le silence marquant cet instant !), le violent "Keep cool !" où perce la folie après la mort...

Combien de fois ai-je vu West Side Story ? A chaque fois que j'en ai eu l'occasion ! Une douzaine de fois, sans doute... Dont une en version française (quelle horreur ! il a fallu que je trouve
d'urgence un endroit où revoir la version originale, pour oublier celle-là !) et une... à la télé, bien plus tard (autre horreur : la taille de l'écran, mal prévue pour le format du film).

J'ai évidemment acheté le disque... Il m'a même fallu en acheter un autre au bout de quelques années, le premier commençant à crachouiller sérieusement, à force d'avoir été écouté...

Je ne crois pas qu'un film m'ait impressionnée aussi durablement que celui-là...



 



Index des cartes blanches estivales 2011































  • Plus










[Festival] Inside Paris Cinéma 2011 # 1


paris cinema 2011
polisse.jpg



Mais que fait la poliss du Festival ?



Clap de départ pour le Festival Paris Cinéma, 9e édition ! Après la conférence de presse le
mois dernier
, votre serviteur était convié ce jeudi soir à la soirée d’ouverture, avec la projection de « Polisse » de Maïwenn (Prix du Jury au dernier Festival de Cannes), en présence de
l’équipe du film…

Tout avait pourtant si bien commencé ! Tapis rouge devant le Gaumont Opéra, retrouvailles pleines d’émotion avec une partie des membres du Jury des blogueurs (oui oui, celui-là même dont je fais moi aussi partie cette année… c’est d’ailleurs un peu
grâce à ça que j’étais présent ce soir-là, soit dit en passant !), un joli sac du festival rempli de cadeaux (le catalogue complet du festival – normalement payant pour la populace –, deux ou
trois revues partenaires dont on taira bien sûr les noms ici…), ainsi que de quoi manger (un petit sachet sucré-salé d’un traiteur visiblement réputé – qui m’a servi de repas du soir mais qui ne
m’a à vrai dire guère enthousiasmé (faut dire que je n’aime pas les olives… et c’était avec des olives, pas de bol !) –, ou encore un mélange d’épices pour guacamole en sachet (mais ça, je ne
sais pas quoi en faire, alors si ça intéresse quelqu’un, contactez-moi !) Un peu plus tôt dans la journée, j’avais même obtenu mon accréditation : un super pass à mon nom avec un beau bandeau
rouge estampillé « Jury », sans doute le même qu’a obtenu Mathieu Demy et le reste du «
vrai » jury
(mais avec des noms différents tout de même, puisque tout le monde ne s’appelle pas « Phil Siné » !) Et surtout – oui SURTOUT ! –, on nous avait « placé » dans la salle, à un rang
d’honneur avec vue imprenable sur l’écran… Trop la classe, quoi !

Et pourtant, patatra ! Juste avant que les festivités ne commencent, évacuation précipitée du Jury des blogueurs de la salle des invités, direction la « salle du peuple », là où l’on entasse ceux
qui paient leurs places… Tout ça parce qu’une actrice un peu réputée (appelons là A. Demoustier ou Anaïs D., afin de préserver son anonymat) et ses amis n’avaient pas de places dans la salle
archi-blindée des VIP ! Moi à qui l’on avait refusé un « + 1 » (ça veut dire un « invité » pour les non-initiés), je me retrouvais soudainement parmi des rangées de sièges pleines de « + 2 » et
de « + 100 » absolument anonymes… Bon, je ne m’attendais pas non plus à être traité comme la star que je ne suis pas, mais ce petit « cafouillage » technique, ni très agréable ni rempli de tact,
m’a soudainement bien remis les pieds sur terre ! D’ailleurs, pourquoi c’est le Jury des blogueurs
qu’on vire en premier : notre existence purement « virtuelle » nous permettrait moins que les autres d’avoir une « vraie » place dans la « vraie » salle avec les « vrais » invités ? Je n’ai
clairement rien contre les organisateurs (qui sont tous très gentils et qui ont vraiment l’air de faire ce qu’ils peuvent : notre « référente » avait d’ailleurs l’air très gênée de la situation…
mais oui, on t’aime encore, Alexandra !), m’enfin tout cela fut une rétrogradation bien frustrante… Trop la loose, quoi !

Mais bon, c’est vrai que l’équipe du film est quand même venue nous saluer (vraiment très brièvement cependant) avant la projo, c’est vrai que Maïwenn est un personnage assez extravagant, que
l’on ne se lasse pas d’observer à l’état sauvage, et que voir Jérémie Elkaïm passer si près de mon
propre corps a quelque chose de rudement excitant… C’est vrai aussi que la présence de Niels Schneider, le bel ange aux cheveux bouclés des « Amours imaginaires », portant joliment un élégant chapeau tout juste deux rangs
devant moi, avait quelque chose de rassurant (genre "il y a quand même une star dans la salle !") et de revigorant… Il faut bien se consoler après tout, d’autant que le film sur l’écran
était absolument remarquable et que je vous en reparlerai bien sûr très bientôt !

A suivre : Le festival commence pour de bon samedi, avec notamment une « Nuit du cinéma » dès 20h au Forum des
images
, remplie de porno nippons (ni mauvais ?), de momies de série B et de vampires lesbiennes… ça promet !



 



Précédemment :



- Inside Paris Cinéma 2011 # 0 : la conférence de presse































  • Plus